ART ITALIEN DESSINS AT" SIÈCLE
ne se contente pas de rapprocher sur un même plan dos personnages de l'histoire sacrée et des Florentins costumés à la mode de 1425: il anime les uns ri les autres de la même vie. Il fait d'un lier poi trail, qui; dit-bn, étail son propre portrait, une figure d'apôtre largement drapée. Il peint deux ligures nues, dont les proportions et le modelé trahissent l'étude sur nature. VAdum et YÈve de Masaccio, à peu près contemporains de l'Adam et de l'Ère des frères van Eyçk, diffèrent profondément de 1' « académie' » dessinée parles peintres néerlandais avec une minutie brutale: les deux figures nues ont la simplicité el la noblesse de lignes d'une sculpture. Les autres personnages des fresques du Carminé ne sont plus, comme ceux de Giotto, des mannequins au geste expressif et au masque énergique : les Apôtres, comme le Florentin à chausses collantes qui représente h' centenier, donnent l'impression du nu drapé. I ».i us le fond di s tableaux, la géométrie des architectures a fait place aux contours souples el vivants d'un paysage profond. Cependant les compositions gardenl l'unité que leur avalent imposée les mailles du xivc siècle ; les visages nul la même gra\ ilé, les draperies la même ampleur. Dans la petite chapelle du Carminé. Masaccio a uni la pensée du siècle qui venait de s'achever et la science technique
que devait raffiner le siècle qui s'ouvrait. Celle combinaison, réalisée par le peintre florentin dans l'ardeur de sa jeunesse, sembla se dissoudre, quand il mourut, à peine âgé de vingt-sept ans. Elle ne se reforma qu'un siècle plus tard, pendant la vie, (''gaiement courte , de Raphaël.
Les souvenirs du xiVsiècle, auxquels l'œuvre de Masaccio doit sa grandeur épique, alimentèrent jus-
MASOLINO. HERODIADE APPOINTANT qil'aU milieu dU
LA TÊTE DE SAINT JE AN - BAPTISTE XV" siècle des
Fragment d'une fïes'iuo Oc Csstigliouo J'Oloua. peintres médio-
cres, qui ne conservaient des maîtres de Sienne que la mièvrerie, et des giottesques florentins que la raideur. Pourtant, à côté du Siennois Sano di Pietro, qui semble retomber dans
uned cet riante
enfance, un moine florentin remplit
soll couvent de
San Marco d'un long cycle de fresques qui, par la
prof leur des
sentiments exprimés et la noblesse de l'ordonnance dramatique, sont les chefs-d'œuvre de l'ail plein de pensée qu'avaient inauguré les fresques de la basilique d'Assise et de 1' « Arona », à Padoue. Fra Giovanni da Fiesole, que la postérité, ci
l'Église ont béatifié sous le nom de Fra Angelico, ne se contenta pas de peindre, avec un choix de couleurs pures, des visages si blancs el des draperies si claires qu'une lumière du ciel semble transparaître au travers. .Narrateur exquis des légendes, âme douce incapable de comprendre le mal et d'exprimer, même chez les bourreaux elles damnés, la cruauté el la terreur, le dominicain de Fiesole sut aussi traduire avec le pinceau les douleurs et les extases des plus nobles âmes. La grande Crucifixion, qui dans le couvent de San Marco couvre toute une paroi de la salle du chapitre, expose, dans le groupe des docteurs et des fondateurs d'ordre qui contemplent la croix, toute une psychologie des saints telle que seul pouvait la concevoir un saint. Plus hardi, dans sa candeur, que n'avait été Giotto, Fra Angelico ne craignit point de modifier les compositions traditionnelles et jusqu'aux données des lexles sacrés, pour exprimer pleinement lesémolionsqu'il éprouvait lui-même en présence