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LA DISPUTE DU SAINT SACREMENT. FRESQUE DU VATICAN, ROME

Le peintre, dont la mobilité est toujours en éveil, se transforme avec les événements et les idées qu'il a m i >si ■ > n de donner. La composition régulière est brisée. An milieu de la fresque d'Héliodore un grand vide est laissé, devanl les profondeurs du temple, le vide que le tourbillon céleste a fait en fondanl sur le sacrilège. Les groupes rejetés à droite et à gauche forment un contraste saisissant : d'un côté le calme du pape, spectateur des vengeances divines, de l'autre la mêlée. Les contrastes des mouvements sonl accentués par des contrastes de lumière. Au-dessus des paisibles montures de saint Léon et des cardinaux, le ciel est pur; audessus des chevaux cabrés des barbares s'avance une nuée noire. La fresque tout entière de la délivrance de saint Pierre est un effet de nuit, dont l'obscurité est traversée par la lueur qui rayonne de l'apparition et par la clarté de la lune reflétée sur les armures sombres des gardes. Le coloris a revêtu une richesse nouvelle; les rouges sont nourris et ardents. Raphaël s'est encore détourné vers de nouveaux modèles : il a trouvé dans son propre collaborateur, Sebastiano del Piombo, un Vénitien amoureux des couleurs opulentes; il a vu la voûte de la Sixtine achevée et dévoilée. Sans reproduire encore les formes titanesques des héros de Michel-Ange, il veut faire montre d'énergie; et voici qu'en s'animant il devient le peintre le plus fécond en effets vigoureux et en oppositions violentes.

Ces deux cycles de fresques, si profondément différents que seul le génie le plus simple et le plus changeant a pu les exécuter à la suite l'un de l'autre, n'avaient pas suffi à absorber pendant cinq ans l'activité de Raphaël. Il peignait encore des Saintes

RAPHAËL. — . LA V I E n 0 E

Familles où la vieille sainte Elisabeth venait présider en aïeule, prèsde la Vierge mère, aux jeux des deux enfants; il prenait pour

lèle de la Vierge à la chaise une forte paysanne romaine, à

laquelle il laissait son voile rayé el ses larges manches rouges.

Tou jours prêt à satisfaire à une com- , . mande ou à un désir, il peignait, en

même temps que les portraits à fresque de la Chambre d'Héliodore, des portraits à mi-corps d'une couleur fine et riche. En face d'un modèle illustre, comme en face d'une composition encyclopédique, il était peintre d'âmes. L'élégance grave de Baldassare Castiglione revit dans son pol irait en noir et en gris (musée du I. ouvre), avec une (leur de mélancolie dont les pages du « Cortigiano » n'ont pas gardé le parfum. Lue lumière d'intelligence traverse le regard louche d'Inghirami, * le prélat savant et voluptueux (Volterra ; réplique au palais Pitti). Le cardinal Alidosi est le type accompli des hommes de race affinés par la culture de la Renaissance (musée de Madrid!. I.e Jules II, seul et sans cortège, affaissé dans son grand fauteuil et dardant un regard dur dans L'ombre de ses sourcils, le Léon X. accompagné de deux cardinaux élégants, paré lui-même comme un jeune pii m e de l'Eglise et jouant de ses mains belles et grasses avec la loupe du savant, sont des pages d'histoire plus précieuses que les chroniques des maîtres de cérémonies. En travaillant pour le pape et pour sa cour, Raphaël trouvait encore le temps de commencer les décorations de la villa d'Agostino Chigi el d'y peindre Galathéo parmi les divinités de la mer, une mythologie blonde et chaste, d'uni1 grâce virgilienne. l'n événement changea le cours de celte carrière de peintre,

Palais Pitti, Florence.

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