IX A P II A Ë L . LA PÊCHE MIRACULEUSE
Carton de tapisserie.
la plus rapide que le monde eût jamais vue Bramante mort, en 151 i. le poids di la succession du grand architecte retombé sur Raphaël. Il si; donna à ses fonctions de surintendant des travaux de Home avec, la conscience qu'il mettait en toutes choses; il devint archéologue et rêva de restaurer la ville des Césars. Son nouveau maître, Léon X, n'avait pas dans ses desseins la grandeur farouche de .Iules II; amateur d'art, il désirait parer tout ce qui entourait sa vie plutôt qu'attacher son nom à des œuvres de géant.
Raphaël fut chargé de Imites les besognes; il les accepta toutes, jusqu'aux esquisses de décors et aux projets pour des fêtes d'un jour. Obligé de faire dessins sur dessins, trouvant à peine, pendant des mois entiers, le temps de metl i e la main au pinceau, il crée sans se reposer. C'est après 1514 qu'il voit se révéler à lui, comme une apparition, la plus glorieuse de ses madones, la Vieryc dit Suint-Sixte (musée de Dresde). C'esl alors que, composant des cartons de tapisserie
destinés à la décoration de la chapelle Sixline, il traite un sujet.
nouveau dans l'ail chrétien, la représentai les Actes des
Apôtres, et retrouve la grandeur sévère el simple de Giotto.
Pour la loggia que lui-même a bâtie, il dessine toute i Bible
en fresques minuscules, à peine visibles dans l'entrelacement des groltesclii.
La source de vie qu'il avait alimentée en puisant à tous les courants de l'art italien se lassa enfin, à couler sans trêve. L'artiste, qui ne cessait d'enrichir sa science par l'étude de nouveaux modèles, fut gagné par les influences les plus périlleuses pour un peintre : celles de la sculpture antique el de Michel-Ange. Quand il fit achever sur ses dessins la décoration de la villa de Chigi et celle de l'appartement pontifical, il laissa voir tout ce qu'il avait perdu de sève. Les motifs ingénieux et nobles qui abondent sur le plafond de la » Farnésine » sont alourdis par des figures de dieux massives et empâtées. Dans la Chambre du Vatican dont la décoration, par une flatterie assez pauvre à l'égard de Léon X, est tirée de l'histoire de papes lointains qui ont porté le nom de Léon, Raphaël oublie l'École d'Athènes et le Châtiment d" f/ëlindore , la composition et le mouvement. L'Incendie du Bourg, transporté dans une antiquité héroïque, devient l'Incendie de. Troie; niais une scène qui aurait pu prendre une grandeur tragique n'est plus qu'une suite d'académies,
Phol. lïrofri.
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disposées sans ordre, comme des statues retrouvées dans des ruines.
Ce travail opiniâtre usa l'artiste bien plus que la vie épicurienne à laquelle il se trouvait mêlé. Raphaël mourut à trentesept ans, comblé de gloire. Sa courte vie avait été un exemple de labeur incessant el de probité artistique; son génie, servi par une facilité unique, avait résumé en lui toutes les conquêtes de l'art, depuis Giotto jusqu'à Michel-Ange. Raphaël avait été pendant quelques années un portraitiste profond et un peintre lumineux d'épopées raisonnables. Son œuvre d'artiste est peut-être la seule, dans l'histoire, où la pensée, loin d'étouffer la vie, ne lasse qu'un avec elle. Son influence sera sans doute aussi durable que celle des chefs-d'œuvre grecs; mais dans un héritage aussi riche, les générations d'artistes ont pu trouver des modèles étrangement différents. Les élèves de Raphaël, qui exécutèrent ses dernières œuvres el qui vécurent par ses dessins, semblèrent ignorer la grandeur simple du Triomphe du saint sacrement et les superbes audaces de la Chambre d'IIéliodore. Ils furent attirés par l'étalage de nudité solide et • le force matérielle qui, dans les dernières compositions du maître épuisé, remplaçait l'art de l'ordonnance et les raffinements de la pensée.
Le plus habile el le plus fécond de ces élèves fut le seul artiste de premier rang que Home ail produit au xvic siècle : Jules Romain [1492-1546). Son coloris pesant avail comme enfumé, pendant plus de quatre ans, les tableaux elles fresques dessinés par le maître ; il acheva,
après la ri de Raphaël, la décoration
de l'appartement de Léon X, en peignant dans la plus grande des Chambres la Bataille de Constantin, qui fut pour deux siècles le modèle des tableaux de bataille.
Lui-même composa des Saintes Familles sur le modèle de celles que Raphaël avait peintes à Rome. Attiré à la cour de Mantoue. Jules Romain bâtit poulie duc le palais du ï et peignit dans les salles du palais V Histoire des dieux et des géants. C'est à peine si, dans ces compositions énormes et faciles, encombrées d archéologie, il flotte quelque souvenir du paganisme éléganl de la Farnésine.
Les dieux eux-mêmes sont des Titans :
ils descendent des héros de la Sixline. En vérité, ci' que Raphaël a légué à ses successeurs immédiats, c'est l'ail dont lui-même avait subi l'ascendant, l'art redoutable de Michel-Anse.
Chambres <lu Vatican.
. — PO II TRAIT DE DANTE Fracmc-nt «lu l'arnntxe.
JULES 1IOM.1 I \ .
Palais du T, à Mantoue. LES GÉANTS FOUDROYÉS PAR JUPITER