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BELLE DU TITIEN

LE Ml SKI: D'ART

l'hnt. Alinari. A<*ad'<mfe des beaux-art*. Veni*"1.

pàiiis bokdone. — le pêcheur présentant au doge l'anneau de saint m a h c

péri dans un incendie, 1ns grands arbres, tordanl leurs branches sous un ciel d'orage, avaienl des gestes tragiques. Le ]>lus souventlc ciel el les bois sonl calmes; l'heure choisie par le peintre est le suir vénitien, l'heure de miracle où, le soleil une fois éteint, un second couchant i 1 1 11 1 1 1 î 1 1 • ■ la lagune cl répand largement sur l'occident ces teintes vertes el ruses que l'Arétin décrit dans un paysage qu'il a vu avec îles yeux font pleins des couleurs <le Titien. L'homme 'et la nature se trouvent unis par le peintre dans une même vie puissante et comme divine.

C'est la vie toujours, plutôt que l'intelligence, qui triomphe dans les portraits de Titien. Certains de ces portraits, les maî- 'resses de princes, Lniira Dianti, au Louvre, ou la Delta du duc dTrliin.au musée des Offices, ne sont <|ne les nude vêtues. Beaucoup d'anonymes en noir ou en gris, tels que Yllmume au aant du I. ouvre, montrent dos types virils d'une énergie sévère et attristée. Quelques-uns de ces portraits soni d'une exactitude implacable, connue ceux du duc ei de la duchesse d'Urbin, exécutés en IS37 (musée des Offices). D'autres enlin, par la seule impression de réalité vivante qu'ils donnent, entre mille tableaux de musées, deviennent aussi instructifs pour l'historien que les papes de Raphaël. Une force intelligente et sauvage déborde de toute la personne de l'Arétin, le bandit de lettres que Titien, son ami, peignit tel qu'il était, avec sa carrure de taureau et sa face de satyre. Les destinées de l'Italie au xvi" siècle, les années d'énergie glorieuse et celles de décrépitude misérable sont résumées, d'un côté dans le portrait de Jules II au palais Pilti, de l'autre dans l'esquisse de Titien conservée au musée de Naples, et qui mon Ire l'an] III hébété dans son fauteuil, en Ire son lils el son petittils, un cardinal et un prince à l'échiné souple et au regard vicieux.

La renommée de Titien connue portraitiste s'était répandue en dehors de l'Italie. Charles-Quint, en venant à Bologne en 1532 pour l'entrevue ménagée avec le pape, manda Titien près de lui : pour l'attacher à son service, il lui conféra les titres augustes de comte palatin et de conseiller aulique. En 1ÎJ48, le vieux peintre se rendit à Augsbourg, où la diète était réunie : il fit plusieurs portraits de Charles-Quint : l'un, assis, est à Munich; l'autre, héroïque et équestre, est à Madrid. Revenu dans sa patrie, le peintre de l'empereur mena la vie d'un prince.

A l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans Titien peignait encore. II fallut pour l'abattre une peste qui décima Venise (1576).

Pendant les soixante ans qu'avait duré son règne, il avait eu pour tributaires tous les peintres de la République vénitienne. La plupart se tinrent si près de lui qu'on a peine souvent à distinguer les œuvres des disciples et celles du maître. Ceux qui conservent une personnalité sont Giovanni Antonio de Pordenonc, Ruonvicirfo de Brescia, dit le Morelto, le consciencieux portraitiste G.-B. Moroni, les Bonifazio de Vérone, dont l'aîné a peint, dans le Festin du mauvais riche, conservé à l'Académie des beaux-arts de Venise, une image brillante du luxe épicurien de son temps. Le plus séduisant de ces maîtres qui reflétèrent Titien, comme des miroirs d'éclat différent, est sans doute Paris Bordone (1500-lo70). Ses portraits ont un air de volupté lassée qui devient quelquefois douloureux et farouche. Son tableau de l'Académie de Venise, le Pêcheur remettant l'anneau miraculeux au doge, sous un* architecture solennelle; devant une assemblée de sénateurs, est sans égal pour la douceur dorée de la lumière et pour l'éclatant concert des rouges el des pourpres.

L'art vénitien rayonna, c ne un foyer dévie et de lumière,

au delà des frontières de la « 'ferre ferme » de Venise. A Crémone, Boccacçino continuait la tradition de Bellini. A Ferrare, un maître dont le nom est sorti depuis peu de l'obscurité, Ciovan Battista Benvenuti, surnommé L'Ortolano le jardinier), amollit et fondit la sécheresse de Costa dans la couleur voluptueuse des Ciorgione et des Palma. Dans son tableau de la National (îallery de Londres, la Vierge entre deux saints, le jeune guerrier en armure noire, accoudé sur le pommeau de son épée nue, est un frère pensif du beau saint Libéral de Caslelfranco. Sa Défaite de croix de l'ancienne galerie Borghèse est digne de la jeunesse du Titien. Les successeurs de l'Ortolano à Ferrare, Benvenuto da liarofalo l/iHij-l'i'ifl el Giovanni Dosso Dossi (1479-1542) commencèrent de même l'un el l'autre par l'imitation des maîtres vénitiens. Dosso Dossi peignit le grand retable conservé à la pinacothèque de Ferrare, un tableau de velours noir et de satin, avec des éclairs d'acier; il composa des groupes de buveurs et

National Gallory. Londre't.

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