G. -H. MOHONI. — P OUTRAIT D'UN TAILLEUR
LA RENAISSANCE ITALIENNE DU XVIe SIÈCLE
de musiciens, à la manière des fêtes champêtres de Giorgione. Le prestige de l'art intellectuel et classique de Raphaël troubla ces peintres de la vie magnifique et voluptueuse. Garofalo travailla à Home entre 1509 et 1512, au moment où Raphaël décorait la Stanza délia Segnatura; le peintre ferrarais revint dans sa pairie avec des ambitions qu'il était incapable de soutenir; sa fresque, le Triomphe de la religion, fut une pauvre imitation du Triomphe du saint sacrement. De son côté Dosso Dossi se souvint des fresques de Jules Romain à Mantoue dans ses peintures mythologiques et archéologiques du château de Ferrare, dont la couleur est froide et le dessin pesant. Il donne, comme Garofalo, un exemple frappant du danger que couraient les artistes, en se détournant de Venise, pour recevoir l'inspiration de Rome.
Un peintre de Ferrare, Francesco Bianchi, fut le principal maître de l'artiste qui a rendu célèbre le nom de Correggio, son village natal. Antonio Allegri, le « Gorrège » (1495-1534), n'alla point à Hume; il sembla ignorer les compositions de Raphaël et les marbres antiques ; tout en continuant avec une audace que servait la plus féconde facilité les découvertes de Léonard de Vinci et des Vénitiens dans la lumière et dans l'espace, il fit connaître à l'Italie, pendant sa courte vie, le parfum nouveau d'une grâce toute « moderne ».
Corrège, après avoir travaillé à Mantoue, s'établit à Parme en 1518. Dans cette ville retardataire il fut à lui seul toute la Renaissance. Il y débuta en peignant dans le parloir d'un couvent mondain, celui des nonnes de San Paolo, une décoration mythologique (1518). L'année précédente il avait achevé l'un de ses tableaux de sainteté les plus exquis, le Mariage mystique de sainte Catherine, qui est au Louvre. Depuis lors il se partage, comme Titien, entre les sujets religieux et les sujets profanes. Corrège traite les uns et les autres avec la même nonchalance aimable Indifférent à toute pensée, incapable d'un sentiment profond, il n'a point celle gravité de sénateur de Venise que Titien conserve devant la nudité des déesses amoureuses, comme devant les assemblées solennelles des saints. Le sentiment religieux n'est pour Gorrège que tendresse langoureuse, et la volupté que coquetterie. Léda et ses compagnes (musée de Dresde) jouent avec le cygne divin; la Vierge joue avec l'Enfant, entourée de saints et de saintes qui prennent des attitudes penchées, des gestes
Phot. Ilanfstaengl. Musée de Dresde.
Lli C O 11 II k G li . — LA MADONE DE SAINT FOANÇ01S
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Phot. Alinari. Pinacothèque de Parme