VAN DER HELST. - LE BANQUET DE LA GARDE BOURGEOISE
L'ART HOLLANDAIS DES XVIe & XVIL SIÈCLES
Hollandais, avons-nous dit. L'appellation est un peu prématurée. Mais les provinces qui composent la Hollande actuelle avaient déjà, dès le xvi° siècle ef même auparavant, des tendances et un caractère qui n'étaient pas identiques à ceux des provinces destinées à dévenir la Belgique. Dès la seconde moitié du xvi° siècle, la futui'e Hollande luttait pour secouer le joug espagnol; elle devail y réussir. Les deux arts « hollandais i> et " flamand », sans cesser d'avoir des caractères communs, se séparèrent de bonne heure. G'esl l'art exclusivement hollandais que nous allons étudier, en lui donnant, pour la commodité du discours, un nom qui ne devait être le sien que plus laid.
L'histoire, comme la nature, olTre toujours des Usines de démarcation peu tranchées. Il n'y a guère de précis, chez elle, que les conquêtes militaires, les asservissements officiels. Pour tou| le reste, mœurs, croyances, mouvemeul philosophique, littéraire, arlislique. les limites sont vagues et confuses. En Ire l'art du xv" siècle hollandais el celui du xvie, entre les peintres nationaux et les italianisants, il serait impossible dv,lablir u laie
de séparation précise.
Lucas de Leyde (1494-1533), graveur illustre, mais en même temps peintre de grand talent, créateur du tableau dè genre, est
encore prof lément hollandais, bien qu'il ait subi, mais sans
s'y asservir, l'influence d'Albert Durer. Pieter Aertsen, de Haarlem.dit Pierre Le Long(1508-1575), dans sa peinture religieuse et ses grands tableaux de genre conserve la tradition nationale au milieu d'une véritable inondation d'italianisme, provoquée par Jan van Scorel (1495-1502), que cinq années seulement de séjour à Rome avaient converti au nouvel art.
Pendant que Maerten Jacobsz van Heemskerk i '1498-1574 }, Cornelis Cornelisz, dit Cornelis de Haarb in l*î«»2-1638j et la nombreuse famille des Bloemaert "remplissaient la Hollande de compositions religieuses et mythologiques médiocrement adaptées de l'art italien, l'art national se perpétuait- dans le porlrail.
Nous ne pouvons citer tous les peintres qui au xvic siècle tra-
tout le cours du xv° siècle, nous avons vu les peintres des Pays-Bas créer deschefs-d'œuvre qui semblent ne rien devoir à personne, des chefs - d'oeuvre « nationaux ■ •, pour employer une expression qui recèle un germe d'erreur mêlé à une certaine dose de vérité.
A celte même époque, u n grand nombre de peintres flamands avaient
visité l'Italie et n'eu avaient rapporté qu'une vive émulation, un vif sentiment de leur propre valeur. Au xvi" siècle, le voyage en Italie est plus à la mode que jamais. .Malheureusement, les peintres " italianisants » reviennent de là-bas avec la mémoire peuplée d'attitudes conventionnelles. Ce qui les a frappés dans les chefsd'œuvre de Raphaël et de Michel-Ange, ce n'est pas la grande part de vérité noble qu'ils renferment, c'est la petite part d'exagération qu'on y trouve quelquefois, petite part qui devient très grande chez les successeurs de ces maîtres sublimes. Et c'est précisément à ces successeurs dégénérés que les peintres hollandais vont demander des conseils, des leçons, pis que cela, des exemples !
Musée du Louvre.