POU TU AIT DE PHILIPPE IV
plaisent dans la représentation des scènes de martyres cl d'égorgements; ils magnifient les pauvres, les déshérités, les contrefaits el les impotents.
L'ARCHITECTURE
A la fin du xvic siècle l'exagération et le maniérisme apparaissent dans l'architecture espagnole : dès les premières années du xvii0, ils se dessinent et prennent forme. Les architectes de cette époque, comme leurs aînés, crurent bon d'aller étudier en Italie, où ils se mirent sous la férule des Algardi, des Borromi.ni et des Bernin, dont les ouvrages suscitai en I une admiration universelle. Ils rapportèrent clans leur pairie le ^oùl déplorable de ces artistes, et leurs prodxictions ne sonl que des adaptations plus ou moins bâtardes, plus ou moins maladroites du style gréco-romain, préconisé sur les bords de l'Arno el du 'fibre, dont ils exagérèrent encore la lourdeur el le manque de caractère. Mènera le Jeune (1.622-1685), né à Séville, élève le sanctuaire de] Pilar à Saragosse, immense édifice à base rectangulaire, surmonté de onze coupoles, dont l'intérieur nu et obscur est glacial : Juan Martine/, ne trouve rien de mieux à faire que de couvrir les façades el les retables des églises de Sainte- Claire, de Saint-Laurent et de Saint-Pierre de Séville d'angelots, de festons et d'astragales; Grescerici, né à Rome à la fin du xvi° siècle, mort à Madrid en 1660, appelé en Espagne pai le cardinal Zapata et créé bientôt marquis de la Torre par Philippe IV, émerveillé; de ses talents, surcharge de guirlandes et de feuillages hors de saison les sévères profils de l'Escurial; fray Juan Bautista agit avec la même désinvolture à l'égard des eba-
L'ÉGLISE SANTA MARIA DEL PILAfl,
S A II A r. O S S E
piteaux d'ordre dorique de l'église San Isidro el Real de Madrid :
Ximénès Donoso (1628-1690), que is retrouverons plus lard
comme peintre, à < [ n i "ii « 1 < • î t cependant le bel escalier du cabinet d'histoire naturelle de la capitale, alourdit de trois étages lourdement décorés le noble portique de granit, édifié en IS590j de la Panaderia de cette même ville : Recuesta, sans plus de style, décore r relise des frères Mineurs de Séville; Herrera Barnuevo (1619-167 I , dont il va être aussi question comme peintre et comme sculpteur, dresse dans nombre d'édifices religieux ses lourds et fastueux retables; Del Olmo élève dans les mêmes données le retable de la chapelle de la Sainte-Forme à l'Escurial; Teodoro
Ardemans ( 1 *>*»'• - 1726), celui de
Saint -lldefonse.
Narciso Tomé, renchérissant sur le mauvais goût général, établit dans la ca I b é drale de Tolède l'encombrant el
grotesque ti ans parent qui porte sa réputation aux nues et lui vaut du chapitre de Léon la commande du grand retable de ce sanctuaire. Ce sont d'aussi malheureux principes qui dirigent Figueroa dans ses plans de l'église conventuelle de Saint-Paul de Séville; Dardero, dans ceux de l'église d'Urdès; Arroyo, dans l'édification de l'hôtel des monnaies de Madrid.
Phot. Laurent. Musée de Séville. La clllltc est en-
j. m. montanes. — saint bruno core plus pro- (Statuette en bois.) fonde et irrémé-
diable avec Izquierdo, Hurtado, Pedro de Ribëra, qui dessine à Madrid les déplorables façades de l'hospice de l'hôtel des gardes du corps et de l'église Saint-Sébastien; avec Josef Churriguerra, né à Salamanque vèrsle milieu du siècle et morl en \~ï->, auquel on est cependant redevable de la superbe plaza Mayor de sa ville natale", si généralement admirée. Il esl vrai que ce dernier, qui a eu le triste honneur de léguer son nom à ce lourd styîe rococo, dont l'exubérante richesse et l'incohérente fantaisie dépasse en extravagance et en folie tout ce que l'on peut imaginer, esl le moins churriguerriste de tous les architectes de son temps.
LA SCULPTURE
La sculpture espagnole au xvnc siècle n'a guère emprunté aux maîtres de la Renaissance. Elle est avant tout autochtone, elle est aussi naturaliste el religieuse, ce qui s'accorde beaucoup plus qu'on ne le croit généralement. Elle procède néanmoins jusqu'à un certain point des mailles de l'époque précédente, d'Esieban Jordan et de Juan de Juni (1507?-1577); puis de Gregbrio Fernandez et de Juan Bautista Monegro.qui tous deux devraient de [déférence être classés dans le xvu* siècle, puisque le premier est mort probablement en 1636 et le second en 1621. Reculant d'ordinaire devant le marbre et la pierre, les sculpteurs espagnols travaillèrent particulièrement le bois, que, très souvent ensuite, ils peignirent cl dorèrent. Ils exécutèrent aussi de nombreuses sla-
I lies, l e v èl u e s
d'habits véritables, dont ils ne taillaient ou modelaient que la tôle, les mains et les pieds. C'est surtout de cette façon qu'ont été' faits les groupements de statues, appelés pasos, représentant les principaux personnages de la Passion, figurant dans les cérémonies et processions de la semaine sainte, que l'on trouve dans la plupart des églises et chapelles de la Péninsule.
riiot Laurent.