MUHILLO. LA CONCEPTION IMMACULÉE DE LA VIERGE
réunies par la famille royale lui suffit et l'aida à dégager sa personnalité. De dure et froide sa couleur devint chaude et vaporeuse, de commun et indécis son dessin se lii ferme cl élégant. Si Murillo n'est pasle premier peintre de sa patrie, si Velazquez e1 même Zurbaran, Ribera, Alonsô Cano lui sont supérieurs par liicn des côtés, il n'en reste pas moins le plus aimable, le plus tendre, le plus pieux. Parmi ses meilleures productions, il faut placer au premier rang, à Séville, dans la cathédrale, Saint Antoine de Padnxie; dans la chapelle de l'hôpital de La Caridad, le Frappement du rocher et le Miracle de lu multiplication des pains et des poissons ; au musée provincial, Saint Thomas de Viltanueva distribuant îles aumônes, le Christ se détachant île la croix et embrassant saint François d'Assise; à Madrid, au musée du Prado, Sainte Elisabeth de Hongrie soignant des teigneux, la Sainte Famille à Coiseau, V Adoration des bergers, Y Enfant prodigue, Suint lldcfonse recréant delà Vierge la chasuble miraculeuse, V Apparition de la Vierge à saint Bernard, Y Education de la Vierge. Murillo est fort bien représenté au musée du Louvre par une superbe Conception de la Vierge, la Cuisine des anges, une Suinte Famille et le Jeune Mendiant ; les principales paieries de l'Europe possèdent presque toutes des ouvrages de cet artiste supérieur.
Alonso Cano 10111-16(37; mérite d'être classé parmi les premiers peintres de l'Espagne au xvnc siècle. Il naquit à Grenade d'un constructeur de. retables, <|ui l'emmena à Séville pour le faire entrer dans l'atelier du sculpteur Martinez Montaîïes et en même temps à l'Académie de peinture que venait de fonder Pacheco. Nous n'avons pas à raconter sa vie très mouvementée, parsemée de furieux orages, qu'il vint terminer dans sa ville natale en qualité de chanoine de la cathédrale. Ses œuvres doivent avant tout nous intéresser. Nous avons parlé plus haut de ses sculptures ; ses peintures, d'un dessin des plus châtiés, d'une coloration chaude, sont certainement les plus idéalistes de l'Ecole espagnole ; beaucoup moins fougueuses que celles de ses confrères et compatriotes, elles semblent presque manquer d'accent à côté
d'elles. I.e musée du Prado à Madrid renferme neuf compétitions d'Alonso Cano, parmi lesquelles il faul citer le Christ mort soutenu par un ange, le Christ à la colonne, Saint Benoit, Saint Jean écrivant l'Apocalypse, etc. Quoique les ouvrages de cet artiste ne soient guère soi lis de sa patrie, on voit quelques toiles de lui aux musées de Munich, de Berlin, de Saint-Pétersbourg et en Angleterre'.
Après ces maîtres hors de pair l'Espagne a produit nombre de peintres qui, sans arriver à leur hauteur, n'en sont pas moins des artistes de très grande valeur; d'abord le gendre et élève de Velazquez, Juan Bautista Martinez de] Mazo ^1 61 o ? -166"/ . qui succéda à smi beau-père dans la charge de peintre de la chambre, auquel on doit de nombreux portraits de Philippe IV et des divers membres de la famille royale, ainsi que quelques paysages, entre autres la célèbre Vue de Saragosse, du musée du Prado, étoffée de personnages par Velazquez; Juan de Pareja r606-1670 , connu sous le surnom du mulâtre de Velazquez, dont il fut l'esclave et le broyeur de couleurs, qui peignit le si remarquable tableau de la Vocation de saint Mathieu, du même musée ; Antonio Pereda (lo!M)-166(J), à qui l'on doit le Songe de la vie, conservé à l'Académie de San fernando de Madrid; Juan Carreflo de Miranda 1614-1683 , qui remplaç a Velazquez et Mazo auprès de Philippe IV dans les dernières années de la vie de ce souverain ; le musée du
Prado n tre de très beaux portraits de cel artiste, entre autres
c eux de Charles II et de la reine1 Marie-Anne d'Autriche; Mateo Cerezo (1635-1675), remarquable coloriste, donl le musée du Prado possède une Assomption delà Vierge.
Pendant que ces artistes brillaient à la cour, d'autres, aussi remarquables, décoraient les églises et les couvents des différentes parties de l'Espagne et surtout de l'Andalousie. Ce sont, à Séville, les deux émules de Murillo : Francisco de Herrera le Jeune (1622-1685), fils de Francisco de Herrera le Vieux, coloriste brillant, mais dessinateur maniéré, qui après des démêlés avec son père s'était enfui en Italie. Il peignit pour la cathédrale de Séville les Docteurs de VÉglise mimant le saint sacrement et un Saint François s' élevant dans les airs soutenu par les anges; on voit encore de lui au musée du Prado un Triomphe de saint Ermenegilde. L'autre rival de Murillo, Juan Valdès Leal (1630-1691), élève d'Antonio
Musée du Louvre.