L'ÉCOLE FLAMANDE DU XVII0 SIÈCLE
Phot. Alinari. Pinacothèque de Turin.
VAN DYCK
POllTRAIT DES EM'AX'l'b DE CHAULES KO I l) ' A N G i.ETEltlt E
vaut, par le rapprochemehl de nuances qui se complètent, à ces merveilles des coloris qui sont un charme indéfinissable pour l'œil et un perpétuel régal pour l'esprit. C'est là ce qui fait de Kubens un grand, un très grand maître. Non pas parfait. Qui donc prétendrait l'être? Certes il n'a pas la profondeur de Léonard, l'exquise pureté de Raphaël, la sobriété puissante de Titien, encore inoins la concentration de Rembrandt. Il est au contraire tout en dehors. Mais il faut bien avouer que si son incomparable facilité, son besoin d'extériorité l'entraînent à des incorrections nombreuses, celles-ci s'enveloppent de vibrantes et délicieuses harmonies, qui surprennent, confondent et ravissent.
Dix ans après son second mariage Rubens mourut, chargé d'honneurs et de gloire, en pleine maturité de son fougueux talent, le pinceau à la main, achevant son Martyre de saint Pierre, et laissantâ ses fils, suivant l'expression si juste de Fromentin, « le plus opulent patrimoine, le plus solide héritage de gloire, que jamais penseur, au moins en Flandre, eût acquis par le travail de son esprit ».
Dans l'Ecole flamande du xvn° siècle, Rubens n'estpas seulement un grand maître. 11 est le « maître » par excellence, le « verbe », si j'ose dire ainsi! Il s'élève à une hauteur telle que la seule chose dont on soit surpris, ç'estque d'autres artistes co'mptentencore autour dé lui, et que tous ne disparaissent pas dans le radieux criai de son apothéose. Réservons donc une part de nos regards pour van Dyçk, pour G. de Crayer, pour Jordaens, pour Corneille de Vos, pour Gérard Zegers, pour Th. Rombouts, pour Antoine Sallacrls, pour A. Janssens, pour François Snyders, pour Pierre Boel et pour une centaine d'autres peintres d'un rare mérite - car jamais siècle en une seule province ne fut aussi fécond en artistes île réel talent. — Accordons l'attention dont ils sont dignes à tous ces vaillants producteurs, tous contemporains de Rubens, ses élèves ou ses continuateurs; mais tous influencés à des degrés différents par son contagieux génie, gagnés par sa théâtrale ordonnance, par son besoin de mise en scène, par l'ampleur de ses attitudes; s'inspirant de sa fougue, de ses recherches du pittoresque et imitant le flamboiement de ses lignes et de sa magnifique couleur, au point de former mieux qu'une école, au point de constituer une véritable famille.
Parmi ceux qui, sortis de son atelier, furent, au temps de sa production furieuse, ses collaborateurs directs et assidus, on a retenu les noms d'Erasme Quellin, de Jean van Roccke, de
Corneille Schut, de Vallerant Vaillant, d'Abraham van Diepenbeeck, de Théodore van Thulden, de Franchoys, île Pierre van Mol, de Gérard Douffct, etc., qui, tous ou presque tous, possédèrent assez de talent pour mériter — en un temps moins éblouissant — sinon une gloire indiscutable, du moins une notoriété de bon aloi ; mais dont la juste renommée est quelque peu obscurcie par celle du disciple favori de Rubens, par celle d'Antoine van Dyck, qu'une faveur spéciale du sort a de tout temps associé à la gloire de son maître.
Van Dyck naquità Anvers en lbD'J. Ses admirables dispositions pour la peinture se manifestèrent dès sa plus tendre jeunesse. 11 avait à peine dix ans qu'il entrait dans l'atelier de van Balen, et quinze lorsqu'il fut admis dans celui de Rubens. Reçu à dix-neuf ans confrère de Saint-Luc, il part à vingt et un ans pour l'Italie el retrouve à Venise, dans les œuvres de Titien et de Paul Véronèse, l'idéal déjà caressé à Anvers. Sa belle figure, ses jolies manières, son élégance, presque autant que son talent, lui concilient les sympathies de tous. De grandes familles, les Renlivoglio, les Barberini, les Colonna, s'intéressent, à lui. A Gènes, il exécute plus de quarante portraits, et quand il rentre à Anvers, il est presque célèbre. Là, à côlé de son maître, il trouve le moyen de se faire une place brillante. Il peuple les grandes églises de Vienjes àax donateurs, de ChrUls en croix, de Madones. Si l'on ne rencontre pas dans ses beaux ouvrages l'exubérante vaillance du chef de l'école, il possède du moins une distinction légèrement maniérée, une grâce louchante, une élégance native, un charme en un mot qui ne laissent pas de séduire les beaux seigneurs et les grandes daines avides de posséder leurs portraits. C'est ci' dernier genre de succès qui va décider de sa carrière. C'est lui qui le l'ait nommer peintre de l'archiduc, el plus tard (1632) appeler à Londres, où, pour ses débuts, il peint Charles Ier et toute la famille royale. C'est à lui qu'il doit non seulement sa réputation si vite acquise, mais sa rapide fortune
Phot Braun, Clément et C'«. Collection du comte Spencer.
VAN DYCK. — P0RTI1AIT DE LA BAllOSNE SPENCtlt
Musoc do Bruxelles.