UNE BATAILLE
C. Dolci (1616-1686), Cigoli, Biliverti, «te. Au contraire, deux villes qui jusque-là avaient peu participé au mouvement de la peinture en Italie, ÏS'aples et Gènes, ont alors leurs meilleurs peintres.
A Gènes, citons : Bernardo Strozzi, dit il Capucino ou il Fraie Genovese (1581-1644), dont le coloris brillant et harmonieux semble annoncer Murillo; les Caiiona, décorateurs intrépides dans le genre de Corlone ; Castiglione (1616-1670), qui a peinl de nombreux tableaux d'autel, mais se plait surtout à représenter des animaux dans de grands paysages (Caravane, au Louvre; Entrée des animaux dans l'arche, palais Brignole, Gènes1.
l.'Kcole napolitaine présente plus d'intérêt. Elle a pour chef un peintre puissant, liihera l5XX-165iii. dont cm s'occupera à propos de l'Ecole espagnole; mais qui a laissé son empreinte profonde sur l'art île sa ville d'adoption : Naples, dans la politique comme dans les arts, est comme la transition entre les deux péninsules. Après lui. Salvator Uosa (HI15-1673i, qui bus de l'insurrection de Masaniello 1047 fut avec Cargiuioli et d'autres artistes le lieutenant de son maître Aniello Falcone dans le " bataillon de la mort ... Il ni' faut donc pas s'étonner qu'il excelle dans la peinture de bataille. Quoiqu'il prétendit au litre de peintre d'histoire, c'est surtout ses paysages qui assurent sa gloire. Là, plus que dans ses batailles, il a été vraiment créateur. Il a su donner à la nature un sentiment dramatique inconnu avant lui. Bien différent est Luca Giordano, dit Fa Presto (1632- 1705), le pinceau le plus prompt et le plus souple qui fut jamais; il a été à l'occasion un excellent décorateur, comme on le voit à l'Escurial et mieux encore au palais Riccardi, à Florence.
LES ARTS MINEURS
L'Italie n'a plus de gravure de style, mais elle a encore des virtuoses de la pointe et du burin, Antonio Tempesti (1555-1630), Pierre Testa (1610-1650), Biscaïno (1632-1657) etStefano délia Bella (Etienne de la Belle), qui a laissé plus de douze cents pièces dont six planches pour la Mirame du cardinal de Richelieu (1641). Cependant deux étrangers, le Français Jacques Callot et le Hollandais Corneille Blœmaert sont alors les plus célèbres graveurs de l'Italie.
Malgré le mauvais goût croissant, la souplesse d'intelligence et de main de la race italienne continue à s'affirmer dans les arts d. ■eoratifs et industriels, comme le prouvent les fastueuses orfèvreries, où domine l'inlluence du Bernin, et plus encore ces magnifiques cabinets où les ébénistes italiens font disparaître le bois sous les ornements étrangers (ciselure, mosaïque, émaux, écaille, corail, métaux précieux, nacre, marbre, onyx, agate, lapis, etc.). En dépit des abus du système on ne peut oublier que les intarsiatori de Sienne et des artistes tels que le Florentin
Buontalenti, le Romain Ph. Caffieri (1634- 1716), qui travailla pour Versailles, ouvrent la voie à l'Ecole française de Boulle.
Les verreries de Venise (fabrique de Murano) sont recherchées dans le monde entier : fabrique vénitienne établie en Chiraz (1590) pour les lampes de mosquée ; fenêtres du tombeau de Chah-Abbas II à Koum (1666). Il en est de même de ses dentelles (beaux modèles d'Elisabeth Cattanea Parasole vers 1610). Tandis que Venise s'adonne surtout à la dentelle à l'aiguille, Milan et Gènes préfèrent la dentelle au fuseau. La ferronnerie a reçu un coup très sensible des progrès de l'artillerie, et les grands personnages mettent de moins en moins leur luxe dans la richesse de leurs armes. Cependant les armuriers italiens font encore de véritables œuvres d'art (épée donnée à Henri IV par le pape à l'occasion de son mariage; armure offerte à Louis XIV par Venise et signée Francisais Garbagnaus fecii 1668.
I>es fabriques de tapisseries sont développées ou fondées à Florence par Ferdinand 11 (1621-1670); à Rome par Urbain VIII entre 1630 el 1635). La mosaïque s'efforce à reproduire des tableaux qui n'ont pas été conçus à cet effet. En dépit de cette erreur, la Sain/t Pétranille de Cristofori, d'après Guerchin, à Saint-Pierre, a un grand mérite. Dans la mosaïque en pierres dures appliquée aux meubles, Florence produit des œuvres d'un luxe inouï. La table des Offices exécutée de 1613 à 1615 par Jac. Antelli, d'après Litrozzo. a coûté près de 500.0(10 francs.
L'ai I de la décoration et de La machinerie théâtrale a été créé en Italie par B. Peruzzi. Le « grand Bernin » ne dédaigna pas de s'en occuper. Le peintre-ingénieur Torelli, appelé en France, travaillera poui Mazarin el Fouquel el aura pour rivaux dans son pays les deux Bibbiena.
Dans la céramique. Caste! Durante et Urbino (avec les Patanazzi) jettent un dernier éclat, mais ne peuvent tenir longtemps contre la fabrique napolitaine de Castelli, les faïences de Venise que distinguent l'élégance et la logique de la décoration et celles de Oerut.i près l'éroiise à qui appartient la vogue commerciale, malgré la concurrence désastreuse que depuis l'afllux îles métaux précieux, à la suite de la découverte de l'Amérique, l'orfèvrerie fait à la céramique. Au début de la période, Florence et Venise prétendent, mais à tort, quoi qu'en dise Davillier, avoir découvert le secret de la porcelaine de Chine.
Malgré les noms et les œuvres que nous avons cités, malgré la renaissance qui marque le temps des Carraehes, à la fin du XVIIe siècle, les arts, qui se sont plus longtemps défendus, n'en sont pas moins entraînés dans la décadence politique et nationale. Sans doute l'Italie n'est pas seulement « la terre des morts » et elle continue à produire plus d'un esprit distingué, mais elle est devenue ce qu'était la Grèce dans le monde romain. Ce que l'on va y chercher, c'est le souvenir du passé.
BOGER P E Y RE
Pliot. Brogi.