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LA.RT DU X V 1 1 T SIÈCLE

que la statué. "L'artiste a été plus grand que son modèle. Houdon fut un réaliste, témoin le Bu/fou, le Franklin, les curants de Brogniart, le Mirabeau du Louvre, mais un réaliste tempéré par le sentiménl de la mesure. Ses bustes ne dissimulent aucune des tares physiques de l'homme, niais rien de caricatural ne lui fait l ien perdre de sa dignité.

11 n'est pas possible de citer tous les bustes remarquables qui nous sont restés de cette époque, tant on retrouve d'oeuvres signées de noms moins retentissants et qui valent presque ceux desartistes célèbres.

Le buste de Mmc du Barry par Pajou, celui de la mère du sculpteur Dumont, onldes pendants qui soutiendraient la comparaison avec les plus célèbres.

Non seulement le Louvre et les musées de province, mais les collections particulières, les archives artistiques des familles pourraient réunir une galerie de portraits de marbre ou de terre cui te d'un merveilleux intérêt.

LA PEINTURE

Lorsqu'on parle de la peinture au xvni" siècle, des noms surgissent aussitôt en notre imagination : Watteau, Chardin, Boucher, Greuze, Fragonard, peintres des fêtes galantes et des scènes d'intimité bourgeoise. Ce n'est pas que la peinture religieuse ou la peinture d'histoire aient été abandonnées. Au contraire, les Coypel, J.-Fr. de Troy, François Lemoyne, Jean Restout, Natoire, pui- chardin. —

sent à pleines mains leurs sujets dans la

Bible et dans le dictionnaire de la Fable. Les galeries de Versailles et du Louvre se couvrent de grandes compositions qui célèbrent les exploits des dieux et les triomphes des déesses; ce sont œuvres de mérite assurément, mais il leur manque l'enthousiasme païen de la Renaissance. Sur les murs des églises, dans toute la France, la vie de Jésus et des apôtres est racontée dans ses détails dramatiques; mais les artistes sont tous gens de beaucoup d'esprit, et l'esprit n'inspire qu'un tragique glacé. La moindre petite toile du Poussin a plus d'émotion et de grandeur que leurs orageuses compositions où le drame, au lieu d'être dans l 'âme des personnages, c'est-à-dire dans lame du peintre, n'est que dans la violence ou l'horreur de la situation. Le génie de la peinture décorative ne revit plus que dans l'Italien Tiepolo, qui retrouve à Venise, à Padoue, à Gênes, à Madrid quelque chose des puissantes inspirations de Véronèse.

Mais l'esprit du xvur siècle répugne à l'emphase théâtrale. La société française n'aime que la conversation, les assemblées de salon, les jeux de société, lee billets doux, les déjeuners sur l'herbe, tout ce qui met en contact et l'ait pétiller la gaieté badine de ces grands seigneurs si élégants et de ces duchesses si moqueuses. Elle admire, en passant, les grands tableaux d'hislm ie. mais son errur est à Watteau, à Lancret, à Boucher, au bonhomme Chardin, qui a tant d'esprit qu'il en donne jusqu'à ses natures moites. Depuis Watteau, qui ouvre le siècle, jusqu'à

Baudoin, Lawrein.ee et Fragonard, qui le ferment, les sujets galants remplissent les cabinets des amateurs français et étrangers, payés d'un bon prix, et les peintres d'histoire sesuicidentou meurent dans la misère et le désespoir.

Watteau (1(>8i- 1721) , élève et ami de Cl. Gillot, le peintredclacomédie ilalienne, créa les types des conversations galantes avec un génie inépuisable. Il s'empara de la défroque des comédiens i tal iens expulsés de Paris, la chiffonna d'autres plis, en habilla ses amis et ses amies et les lit mouvoir dans un décor poétique de parcs, de charmilles, de pelouses, de fontaines jaillissantes. Il inventa ainsi ce qui devait s'appeler, de longues années après sa mort, le costume, le genre Louis XV.

Le poète de la joie fut un malade :

consumé parlaphlisie, hypocondriaque, fuyant de logement en logement la société de ses rare s , m a i s fidèles amis, il mourut à

trente-neuf ans après un labeur immense. Son œuvre, gravé par les soins de son protecteur, M. de Julienne, ne comprend pas moins de deux cents compositions et plus de trois cents études.

Fr. Boucher ( 1703-1770) continua le genre, mais en le changeant de théâtre. Ce n'est plus la commedia ilelC arte des Italiens, c'est la mythologie et la paysannerie de l'opéra-comique. Il les répète d'un pinceau infatigable dans une suite de tableaux, trumeaux, encadrements, tapisseries, porcelaines, invariablement peuplés de bergers et de bergères, de Vénus, de Diane, d'amours, épuisant pour les peindre les gammes du rose, du blanc, de tout ce que la palette donne de colorations tendres et fraîches. Le monde qu'il évoque fut essentiellement artificiel; mais il cadrait parfaitement avec le milieu où il devait paraître. On ne conçoit pas aisément les figures austères ou grandioses de la Renaissance ou du xvne siècle fixées sur les murailles des pa-

R 1 : NUlUClTE

LE MISÉE D'ART

villons Louis XV au milieu des couronnes de roses, des rinceaux entr'ouverts, de rocailles nacrées. Boucher fit la peinture de son temps avec une pointe de libertinage équivoque, inconnue à Watteau. Ce côté polisson de son talent fixa sa réputation. En réalité, il vaut mieux qu'elle. Il est telle de ses études qui fait songer à Rubens, ou telle de ses scènes bourgeoises, comme le Café du Louvre, que Chardin aurait pu signer, tant la facture en est lumineuse, solide et grasse. On serait mal venu à lui reprocher un genre qui était si bien dans l'esprit du temps, que les peintres les plus graves, comme J.-Fr. de Troy, Subleyras, Carie Van Loo, si mornes dans leurs tableaux historiques ou religieux, créent, en se jouant, de petits chefs-d'œuvre d'esprit, de grâce et de couleur avec un Déjeuner d'huître*, les Contes de La Fontaine ou une Halle de chasse.

Watteau avait eu comme imitateurs Pater et Lancret, qui recueillirent bien des étincelles de sa fantaisie ; Boucher transmit aussi quelque chose de son badinage libertin à Baudoin, son gendre, dont les gouaches, reproduites par les meilleurs graveurs du temps, forment une collection de scènes de mœurs d'une rare valeur d'art. Mais il eut son véritable continuateur dans Fragonard. Honoré Fragonard ( 1 7^i"2- 1 800) , pensionnaire de Rome, doté d'une forte éducation académique, abandonne, dès son retour d'Italie, les thèmes antiques et, pendant plus de vingt ans, jusqu'à la Révolution, peint sans se lasser des scènes légères, pleines de sous-entendus. Tous ces tableaux, où domine le blanc avec toutes ses variations, sont d'une facture opulente, œuvres du plus solide métier, car il est à remarquer que tous les peintres de galanterie au xvinc siècle furent les familiers de l'antique ou îles maîtres de la Renaissance.

Enfin, au seuil de la Révolution, un dessi nateur grave n i . Morea u le Jeune, raconte avec un charme exquis les dernières modes et les derniers usages de la société française. Ses tableaux du temps, d'une décence et l'une grâce achevées, constituent une série de scènes d'intérieur bourgeois d'une telle élégance qu'on ne sait si la plupart d'entre ellcsne sont pas prises dans le

monde le plus élevé de la cour de Versailles. Il achève le xviiie siècle et son talent, comme celui de Fragonard, s'éteint avec le monde où il avait vécu.

Si les peintres que nous venons de citer travaillaient, en général, pour une élite aristocratique, pour une classe mondaine tourbillonnant dans un éternel plaisir, la bourgeoisie, si forte et si sage, eut aussi son artiste, un des plus grands de l'École française.

Siméon Chardin (1099-1779), fils d'un menuisier du roi, sans

Musée «lu Louvi-

greuze. — pouthait DE L AUTISTf PAU LUI-MÊME!

éducation académique, mais doué merveilleusement par la nature, débute par une série de natures mortes d'une exécution étonnante et de tableaux d'intérieur d'une parfaite justesse d'observation. La stupéfaction des artistes ses rivaux fut telle, devant cette maîtrise, que plusieurs se demandèrent s'il ne possédait pas certains secrets pour exprimer les formes et les couleurs avec tant de vérité. Son secret était dans son génie. Ses natures mortes, égales comme peinture à ce que les maîtres hollandais nous ont laissé de plus accompli, leur sont supérieures par la composition, par le milieu qu'elles fonl ^u|>|>hsit. par la vie qu'elles n'ont pas par elles-mêmes, mais qu'elles évoquent autour d'elles. Ces tables servies, ces dessertes de repas, éveillent en nous l'image et le caractère du convive absent. Nul aussi ne posséda à un degré supérieur le sens de l'observation aiguisée, du geste surpris dans sa familiarité inconsciente.' Et tout cela rendu avec une largeur de pinceau, avec une science de l'atmosphère et des reflets qu'aucun autre peintre n'a peut-être atteintes. Ses épisodes de la vie privée, comme le Bénédicité, la Mère laborieuse, V Économie , la Pourvoyeuse, le Jeu de l'Oi/e, ont le droit d'être comptés parmi les chefs-d'œuvre de l'art français.

La valeur, unique en son genre, de l'œuvre de Chardin ne peut être véridiquement appréciée que si on lui compare celui de Greuze. Greuze (1725-1805) essaya de continuer Chardin, mais ne possédant ni son regard, ni sa palette, il lit intervenir la littérature dans ses compositions. Obéissant aux préoccupations

de sensiblerie que J.-J. Rousseau avait mises à la mode, il dramatisa ses sujets. Dans la Malédiction paternelle, le Retour du fils maudit, la Lecture de la Bible, il veut attendrir, il veut faire pleurer, mais l'émotion véritable lui manque, et il est aussi froid dans ses mélodrames bourgeois que lesCoypel ou les Van Loo dans leurs tragédies pseudo- classiques.

Quant à sa couleur, le temps ne l'a sans doute pas épargnée, car ce qui nous apparaît aujourd'hui n'est qu'une tonalité bleuâtre d'où sont absentes toute chaleur et toute vie; mais il y reste encore la grâce de

l'époque. Greuze acquit de son vivant une immense réputation; elle ne s'est pas soutenue jusqu'à nos jours : il n'est plus pour nous qu'un peintre aimable.

Les portraitistes du xviue siècle n'eurent pas la mâle vigueur de leurs devanciers. Largillière et Rigaud partagèrent leur longue carrière moitié entre le xvii", moitié entre le xvni<>, mais leur talent ne suivit pas les idées nouvelles. Ils continuèrent jusqu'au milieu du règne de Louis XV le style grave et pompeux de Louis XIV. Inaccessibles à toute transformation artistique, ils

Musée du Louvre.

ACCOUDEE DE VILLAGE

L'ART DU XVIIIe SIÈCLE

restèrent jusqu'à la fin fidèles à leur première manière. Malgré la chronologie, ils appartiennent tout entier au siècle précédent. Les véritables portraitistes du temps s'appellent Nattier, l'artiste préféré des femmes de la cour de Versailles et de la famille royale, qu'il peignit sous les traits de Flore, d'Hébé, de l'Aurore et même de Madeleine au désert; Aved, au pinceau si clair et si élégant; Tocqué, l'auteur du beau portrait de Marie Leczinska et des princesses de la cour de Russie; et surtout Latour (1704-

1788) . Latour n'eut peut-être pas un talent supérieur à celui des artistes que nous venons de citer; son originalité fut l'emploi du pastel dans le portrait. La Vénitienne Rosalba avait introduit en France l'usage de cette matière d'un éclat et d'une fraîcheur incomparables. Latour l'adopta, en développa les ressources avec une extrême habileté, jusqu'à s'en servir pour les portraits en pied comme celui de Mmo de Pompadour, et se créa ainsi une place à part parmi ses rivaux. Il n'y rencontra qu'un rival, Perroneau, et qu'un maître, le vieux Chardin, qui, à la fin de sa longue existence, sentant sa main trop incertaine pour rendre le détail infini de ses natures mortes, fit d'un Irait de pastel large et robuste son propre portrait et celui de sa femme, et exécuta ainsi deux chefs-d'œuvre qui n'ont jamais été égalés.

Le paysage n'occupe pas au xvme siècle le rang éminent qu'il a pris à notre époque. Si Lan tara ne vaut qu'une cilalion à côté de nos maîtres de l'époque romantique, Moreau l'aîné, par sa Vue de Saint-Cluud, du Louvre, marche de pair avec eux. Mais le grand paysagiste du temps fut Joseph Vernet (1712-

1789) . Ses marines sont célèbres et méritent de l'être. Personne n'a rendu avec plus de vérité les mille aspects de la mer. Les porls de France sont des pages capilales non seulement pour leurexactitude, mais pour leur valeur d'art, pour les

scènes charmantes dont il les a animées. Vernet pressentit en même temps le paysage moderne. Ses petites vues du Tibre, du Louvre, font penser aux vues d'Italie de Corot dans sa première manière.

Lorsque nous aurons cité Oudry, le dessinateur des Fables de La Fontaine, le peintre des chasses royales, Fr. Desportes, l'animalier, Ch. Parrocel, le peintre des batailles, nous aurons mentionné tous les genres où s'essayèrent et s'illustrèrent les artistes de l'époque de Louis XV.

Ce fut Louis David (1748-182b), continuateur de Vien, qui, au Salon de 178b, donna par le Serment des Eoraccs la formule de la réaction classique qui ferme l'histoire artistique de la fin du xvnic siècle. Ce renouveau de l'antique, ce commencement d'apologie des vertus républicaines est l'expression du mouvement général des esprits vers un autre idéal politique. On est à la veille de l'Assemblée des notables. David, sans le savoir, et tout en croyant simplement rajeunir son art, crée celui qui conviendra à la société nouvelle. Le Sautent des Iloraces pourrait aussi bien dater du Directoire ou de l'Empire que de 178b.

Bien que onze années seulement se soient écoulées depuis la mort de Louis XV, que Latour, Greuze, Fragonard, Baudoin, Moreau le Jeune soient encore vivants, l'art aristocratique de la première moitié du siècle semble à la veille de disparaître devant les oeuvres austères et pesantes d'une école de peintres qui

Phot. Neurd.

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