HOGARTH. — UNE SCENE DU M A III AGE
vraiment peu communes et qui sont d'une saveur extrême.
Les principales séries sont la Carrière de la prostituée (1734) (the Harlot's Progress), la Carrière du débauché (llie Rake's Progress), en 1735, et surtout le Mariage à la mode, de 1745 à 1750. Cette série raconte une histoire lamentable : mariage de raison entre deux jeunes gens, qui ne se connaissaient même pas avant le contrat; les désillusions du lendemain; le petit lever de la comtesse, souriant à un avocat devenu son amant; [e duel du comte avec ce dernier, où le mari trouve la mort, à la suite de son déshonneur; enfin la mort de la comtesse ellemême, qui s'empoisonne lorsqu'elle apprend que son amant était un gredin. C'est un sujet lugubre, mais qui l'est plus dans les mots que dans l'image; à voir, en effet, les petits personnages d'IIogarlh dans leurs occupations, à étudier les apparments où il les place, leurs vêtements, leur attitude si naturelle et d'un humour inédit jusqu'à ce jour, on se prend à oublier l'action si triste où ils sont mêlés, lit c'est par là que ces petites toiles restent des œuvres d'art intéressantes et curieuses, différant en cela de tant de peintures de Greuze, où la leçon, pour n'être pas voilée avec assez de tact et d'esprit, devient si facilement fastidieuse et rebutante.
Il n'y a pas d'intention moralisatrice dans l'œuvre de Josuuh Reynolds, qui s'est contenté d'être un spectateur aimable de la société contemporaine. Le maître cslnédans le Devonshirc, à Plympton, en 1723, d'un maître d'école, qui le destinait à la médecine. Mais le jeune homme, attiré par l'art, préféra suivre les leçons du peintre Thomas lludson. Puis il séjourna trois années en Italie, revint en Angleterre, en passant par Paris et, désormais, tout à ses portraits, travailla sans relâche, produisant près de huit cents œuvres, toutes du plus haut intérêt. Il mourut en 1792. Les honneurs avaient depuis longtemps récompensé ce labeur colossal, dont la quantité n'avait heureusement pas diminué la qualité'. Il lui élu président de la Royal Araderay en 1708, et créé chevalier par George III. Lnlin, eu 1784, il remplaça A I Lui Itamsay dans sa charge de premier peintre du roi.
(in comprend qu'il soit impossible de citer tous les portraits de Reynolds qui s'imposent à l'admiration. Mentionnons seulement, comme tout à fait remarquables, les poi trails de mistress Siddons; de la petite princesse Sophie-Mathihle ; de Kelly résilier, la célèbre actrice, (igurée en Cléopàtre ; de lady Spencer; de mistress Itobinson, maîtresse du prince de Galles; de la Jeune fille nu manchon, et de celte Nelly O'Brien, que l'on a comparée à la Joconde de Vinci.
Parmi les portraits d'hommes, il n'y a aussi que l'embarras du choix. Voici ceux de Jeffry Hammérst, de lord Anson, Joseph Baretti, Edward Bosçawen, Richard Burke, George-Augustus Eliolt, lord Healfield, Goldsmith, James Hàrris, Pembroke, etc. qui rallieront tous les suffrages.
Ses portraits de femmes sont des poèmes de grâce el d'élégance. L'altitude générale a une suprême distinction; les figures sont jolies, parfois d'une morbidesse qui les rend même plus que jolies.
Comme il convient, les portraits d'hommes n'ont pas celte grâce troublante et capiteuse. Reynolds a représenté ses personnages le plus souvent dans leurs occupations coutumières, de suite que leurs gestes ne sont pas indifférents ni cristallisés, mais hautement caractéristiques de leurs fonctions, de leur manière d'être, et même de leurs manies. Vraiment, c'est merveille qu'un artiste sans tradition, dans un pays où l'art avait si peu d'histoire, soit arrivé ainsi, du premier coup, à une perfection de métier et à une originalité si surprenantes.
Et cependant Thomas Gainsborough lui dispute la première place et l'obtient même, selon quelques-uns. Mais pourquoi abaisser l'un pour élever l'autre? Il naquit à Sudbury, dans le Suffolkshire, en 1727, d'un fabricant île draps, qui le laissa tout à
r HAIT D Dl I 1
son aise vagabonder dans la campagne el étudier cette nature qu'il devait révéler au public anglais. 11 entre à quatorze ans dans l'atelier du graveur Cravclot, établi à Londres, puis devient élève d'Ilaymann, ami d'IIogarlh. Il revient à dix-neuf ans au pays, épouse Margarel Burr, une jolie fille qui lui apporte des rentes, construit un atelier dans le pays de Balh, en 1700, et y travaille pendant quatorze ans. En 1774, il se réinstalle à Londres, réclamé par tous les amateurs d'art ; on le nomme membre de la Royal Academy, en 1768, et il meurt vingt ans après, aimé de tous, jouissant d'une réputation universelle, que méritait son œuvre considérable el admirable.
Il est très différent de Reynolds. D'abord, son œuvre est plus variée, puisqu'il fut paysagiste ; et, comme portraitiste, on ne doit pas le confondre avec son émule. Gainsborough est plus naturel, plus vrai, plus expressif peut-être, en tous cas plus ému ; sa technique est moins savante, son dessin est parfois gauche ; niais, dans ses productions, on sent toujours le promeneur grave el solitaire des forêts du Suffolk, qui puisa dans le spectacle de la nature les enseignements sérieux et même mélancoliques réclamés par son tempérament réfléchi, et dont la vie mondaine de Londres ne parvint jamais à détruire la féconde influence.
Parmi ses plus beaux portraits, on peut citer ceux de mistress Siddons, de mistress Sheridan et de mistress Tickell, de miss Graham, de Georgiana Spencer, duchesse de Devonshire, qui sont toute grâce, toute émotion et toute distinction. Il convient également de ne pas oublier celui de inaster Bultall, magnifique symphonie bleue, composée pour montrer combien Reynolds se trompait quand il proscrivait le bleu comme dominante dans iiii pol irait, non plus que la magnifique image de George, prince de Galles, de Henry, duc deRuccleugh, caressant un griffon, etc.
Ses paysages, si différents de l'académisme de Richard Wilson, ne sont pas moins admirables que ses portraits. Ils sont tous inspirés des environs de Bath et des forêts du Suffolk. Le plus souvent, des personnages les animent, comme dans le Lieur de fagots, les Paysans allant au marché, les Bohémiens, les Enfants de la chaumière, VA breuvoir ; parfois ils sont solitaires, études où la nature seule se livre aux regards émus du peintre et du spectateur .
lté moindres artistes vécurent en même temps que ces grands peintres : George Romney (1734-1802), excellent peintre d'histoire et de portraits; John Russel (1744-1806) ; sir William Becchey 1733-1839); John Hoppner (1758-1816), peintre en vogue de l'aristocratie; John Opie ^701-1807); West (1738-1820), peintre d'histoire, etc.
Il y en eut d'aussi grands qu'eux : sir Thomas Lawrence (1769- 1830 . élève de Reynolds, qui s'éleva aussi haut (pie celui-ci dans la faveur publique el qui peut lui être comparé pour l'habileté du métier, l'élégance de sa facture' et aussi pour son manque d'émotion ; c'est le Lawrence si connu des portraits de lady Dover, de l'acteur Kemble dans Hamln, de la comlesse de Shaflesbury, de master bambdon, etc. C'est sir Henry Raeburn 1750-1823 . portraitiste de grande valeur, qui se rapprocherai! davantage de Gainsborough. C'est encore sir Edwin Landseer 1709-1852 . excellent peintre d'animaux; le vieux c.r., me 1769-1821 ; sir Àugustus Wall Calcott (1779-1844). C'est surtout le grand John Constable 11770-1837;, un enfant du Suffolk, comme Gainsborough, comme lui simple, vrai, ému, poétique, et qui a donné de la nature de son pays des images si admirables de sincérité dans l'observation et l'expression; c'est enfin ce tourmenté et étrange Turner (1775-1851), sectateur de Claude Lorrain, passionné de lumière, plus même, fanatique du soleil et des phénomènes atmosphériques, et qui a peint tant d'œuvres éblouissantes de clartés, saisissantes d'imprévu, d'une imagination fougueuse, comme il n'y en pas d'exemples dans l'histoire entière de l'art.