‹ Le musée d'artChapitre 304 sur 311 · L'ART INDIEN · texte numérisé non relu

L'ART INDIEN

'art de l'Inde s'ouvre à l'histoire après l'invasion d'Alexandre le Grand. Le vieux culte védique, par le carac.tère individuel de ses cérémonies ne réclamait ni constructions permanentes, ni matériel luxueux. I.e bouddhisme, en instituant le culte des reliques, créa l'art religieux. Les restes des saints, pieusemenl enfermés dans des urnes ou des cassettes, étaient déposés sous une calotte do terre entassée, revêtue parfois de Iniques ou de plâtre et soutenue par une plinthe de lu i ques ( stùpa , tope ). Au pied de l'Himalaya central, la région du Téraï, où naquit. le Bouddha, est encore jonchée des débris de ces constructions primitives. L'image somptueuse que les premiers informateurs grecs et les contemporains d'Alexandre ont tracée de l'Inde donne à penser que les mis indiens avaient déjà de véritables palais ; mais la nature des matériaux employés condamnait ces édifices à une prompte destruction. Dans ces vallées d'alluvions où la civilisation avait prospéré, la pierre était rare; on n'y employait guère que la brique, cuite au four ou simplement au soleil, et surtout le bois. L'invasion macédonienne, qui souda pour un temps l'Inde à l'Orient hellénique, y propagea le goût des monuments durables. Açoka le Maurya (vers 250 av. J.-G.) dressa un grand nombre de piliers monolithes (bits), exécutés avec une technique parfaite, élégamment proportionnés, assis sur un piédestal et surmontés de statues. Introduite dans l'architecture, la pierre y remplace le bois en le copiant; le tope primitif garda sa forme, mais les bar-

Mu.séci fiuimi't, Pari PI VIN lié HINDOUE

rières de bois qui l'entouraient et le défendaient sont remplacées par des grillages de pierre, calqués sur le modèle traditionnel et décorés à profusion de sculptures, de motifs, d'écussons, de médaillons ; l'histoire sainte est racontée avec une naïveté qui n'exclut pas la maîtrise sur ces panneaux où toutes les phases Je chaque épisode se juxtaposent dans le même cadre.

Les portes de bois disposées aux quatre points cardinaux autour du tope et qui consistaient simplemenl dans un croisemenl de poutres verticales et horizontales, tel qu'on le voit figurer encore sur les estampes japonaises, se transforment en portes de pierre sans modifier aucune de leurs lignes, et, sans se laisser arrêter par la dureté de la matière, les sculpteurs fouillent, oùvragenl à l'infini les montants et les traverses de pierre : témoin la porte de Sanchi dont nems avons à Paris un excellent moulage.

La création et le développement des ordres religieux, qui continuent en la transformant la tradition des anciens ermites, font naître un genre nouveau dans l'architecture; les grottes et les cavernes des montagnes, retraites consacrées de la sainteté, s'aménagenl pour loger des communautés. Bientôt la montagne, éventrée, abrite dans ses parois mêmes des couvents cl des temples. L'architecture hypogée semble trouver sa formule définitive vers le i"r ou le nu siècle de l'ère chrétienne; elle la réalise surtout dans la chaîne des Ghats occidentaux, en arrière des grands poils, précurseurs de Bombay, que fréquente le commerce hellénique. Le souvenir des contractions de bois obsède encore longtemps les auteurs de ces édifiées souterrains, et leur habileté tend à marier les deux genres. Le désir d'introduire plus de lumière, secondé par les progrès techniques, amène à dégager latéralement le temple pour percer des jours de côté (Éléphanta); puis, par une véritable aberration, on aboutit à tailler dans la montagne des temples monolithes, à quatre façades découpées dans la roche vive, merveilles de patience, de fantaisie et de richesse (Ellora).

Cependant, le tope primitif a poursuivi son développement. La plinthe s'est exhaussée en terrasse; l'hémisphère s'est varié, a recherché des courbes plus savantes ; les ornements des jours de

NtUM sont incorporés h l'édifice; ln sommet, garni tantôt du parasol, tantôt de la roue de la loi, finit par s'élancer en clocheton; les éléments adventices compliment le corps primitif et tendent à l'annuler. Une forme nouvelle surgit. Un facteur étranger s'introduit vers la même époque dans l'art de l'Inde. L'invasion des populations scythiques, qui s'offrent spontanément

à toutes les influences, et le développement du commerce maritime avec l'Orient romain, amènent sur la frontière nordouest l'éclosion d'un art nourri de formules helléniques, mis au service des légendes bouddhiques: on l'appelle gréco-bouddhique ou indo-grec, ou, de son local, art du Gandhclra.

Le bouddhisme eji décadence perd, avec la direction d es.àin<'>.

la direction des arts.

L'hindouisme, qui l'a vaincu, le remplace.

Les types définitifs des temples du nouveau culte ne .tardent pas à se constituer :

le nord et le sud de l'Inde se séparent résolument. Le nord adopte une sorte de dôme allongé, étiré, renforcé de bourrelets en saillie sur les lignes verticales, coiffé d'un coussin qui imite le fruit de l'âmalaka. Cette espèce de tour repose sur une base polygonale, qui forme la chapelle de la divinité. Le reste de l'édifice consiste dans une sorte de vestibule qui fait portique ou galerie. Le temple du sud, plus fidèle ;i sa destination primitive, garde encore l'aspect extérieur d'une habitation monumentale; il se dicsse eu étages superposés, disposés en reli ait graduel jusqu'au sommet, et offre ainsi l'aspecl d'une pyramide à gradins ; chacun

des Étages, percé de nielles ou de baies, se développe en galerie à

jour; les architectes s'ingénient à y ménager des jeux saisissants de lumière et d'ombre, et les sculpteurs rivalisent à couvrir ces vastes surfaces d'épopées en pierre ou en stuc. Ce style transporté hors de l'Inde y enfante des merveilles; sans parler des pagodes de la Birmanie ou du Siam, qui perpétuent les formes de l'Inde antique, il faut mentionner les merveilles d'Angkor au Cambodge et de Boro-Boudour à Java.

L'architecture des Arabes, introduite dans l'Inde par la conquête musulmane, s'y unit avec l'art local : elle apporte avec elle le minaret élancé, le dôme en bulbe et l'arche en pointe. L'art indo-arabe couvre l'Inde de mosquées, de palais, de cénotaphes, où les monuments des vaincus prêtent trop souvent leurs débris aux constructions des vainqueurs. Le chef-d'œuvre du genre indoarabe est le Ta j-Mahal. élevé par Shah Jehan à Agra, et qui réunit dans un ensemble sans rival la perfection de la forme et la justesse de l'expression, la splendeur des matériaux, le charme du paysage.

La sculpture dans l'Inde confond son histoire avec celle de l'architecture, à qui elle sert d'auxiliaire. L'Hindou semble avoir ignoré la statue traitée pour elle-même; mais l'art du modelage était fort répandu et faisait partie de l'éducation libérale. 11 en

la po h te de sanciii

était de même pour la peinture. Les souterrains rocheux d'Àjanta conservent encore une magnifique galerie de fresques exécutées vers le vie siècle et qui commandent l'admiration autant par la vigueur du coloris que par la science de la composition. Les récentes découvertes en Asie centrale ont révélé des fresques directement issues de l'École indienne à Khotan, à Turfan, etc.

Les manuscrits anciens, enrichis d'enluminures, sont venus aussi récemment attester l'habileté et le goût des peintres et miniaturistes du vin' siècle.

Les arts industriels perpétuent dans l'Inde, presque sans les modifier, leurs antiques traditions; les conditions économiques et l'organisation sociale des castes s'entendent pour maintenir intact tout le legs du passé. Il est impossible d'entrer dans le détail de leurs productions dans une revue aussi rapide; il surlira de rappeler les genres : la plupart de ces articles ont chance d'être déjà familiers au lecteur, qu'il les ait rencontrés dans les magasins, les bazars ou les expositions : je citerai les bois ouvragés, taillés, sculptés, percés, laqués, incrustés iboîtcs, coffrets, panneaux, trônes, mobilier général); les bibelots en ivoire (éléphants, tigres, vaches, divinités, bateaux, peignes); la por lerie; cet art essentiel à la vie hindoue, car la religion interdit d'employer deux fois le même vase de terre auxjisages dûmesliqùes; l'émail, surtout en ehamplevé -et en cloisonné; les cuivres èt. les. bronzes (vaisselle, candélabres, lampes, aiguières, statuettes, surtout de Bénarès) ; l'orfèvrerie et la joaillerie (filigrane, bracelets, anneaux, broches, ceintures, colliers), les armures; enfin les tissus, le [dus populaire des produits industriels de l'Inde, et qui ont marqué leur empreinte durable dans Imis les vocabulaires européens (mousselines, cotonnades, brocarts, chales, tapis, broderies).

Toutes ces œuvres de l'art hindou expriment sous des formes variées le même génie et les mêmes caractères : une imagination surabondante qui ne veut pas s'imposer de réserves, une entente instinctive des masses, des lumières, des couleurs; à l'origine, une inspiration qui demande ses ressources à une intuition rapide, mais qui se refuse à une observation interne et à une analyse organique, qu'il s'agisse de reproduire le corps humain, les animaux ou les plantes; dans La suite, une main patiente, affinée par l'hérédité professionnelle, au service de modèles éternellement répétés avec, une fidélité servile, et maigre les résistances d'inertie opposées par la caste el par la vie d'une population surtout agricole, les influences du dehors forçant leur voie par la conquête et s'absorbanl lentement dans les arts des vaincus qu'elles enrichissent c1 qu'elles modifient insensiblement, sans parvenir à en transformer le fond. Entre les écoles d an à l'anglaise de Bombay ou de Calcutta et le potier de village qui continue h répéter les formes el les ornements de l'Inde primitive, les conciles à traverser sont assez, épaisses pour préserver l'originalité de l'Inde aussi longtemps'que peut y durer une domination étrangère.

STl VA / A' L& VI.

Page 1