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ET L'AURORE

impérial ou imulé toutes ments de la édifices reliise bâtie par

cet art en quelque manière se renouvela. Tandis que, dans le l'eu de la bataille, l'art religieux, persécuté, retrouvait quelque chose de plus vivant, tle plus spontané', de plus populaire, une école nouvelle se formait, avec l'encouragement des empereurs, de Théophile (829-842) en particulier; et cette école, plus consciente des modèles antiques, des thèmes profanes, des motifs purement ornementaux, allait avoir une longue fortune. Quand Byzance, ébranlée mais vivifiée par cette crise formidable, retrouva, avec le triomphe de l'orthodoxie, la paix et la prospérité-, elle était mûre pour la plus brillante des renaissances.

Jamais peut-être, même au temps de Justinien, l'empire byzantin ne fut [dus puissant, jamais sa civilisation ne fut plus magnifique qui' durant les deux ren Is a nuées qui vont de la fin du IX.0 siècle à la fin du xi°. Il ne reste rien malheureusement des édifices civils de ce temps, de cet admirable pal.ii les souverains de Byzance avaient ac< les recherches du luxe, tous les raffin décoration. II ne reste rien des grand; gieux de la capitale, de la Nouvelle É; Basile I"', de cette église des Saints-Apôtres restaurée vers le même temps et qui était une des merveilles de Constantinople. Mais de la prodigieuse floraison de monuments qui s'épanouit alors par l'empire tout entier, de ces innombrables constructions sacrées où l'architecture ra jeunie s'essayait en de nouvelles et élégantes combinaisons, nous avons, dans les petites églises de Constantinople (Saint- Théodore Tiron (x' siècle), Pantocrator, Pammakaristos (xn° siècle), dans celles de Salonique (Saints- Apôtres) ou de laGrèce (Saint-Luc, Daphni), conservé quelques forts remarquables modèles. Avec une ingéniosité merveilleuse, les constructeurs du xe et du xie siècle s'efforcent dans ces édifices de renouveler le type incomparable créé à Sainte-Sophie : pour donner à leurs constructions plus de légèreté et de grâce, ils multiplient les coupoles qui en couronnent le faite et, par L'adjonction de sveltes tambours cylindriques, les projettent plus hardiment dans le ciel; aux massifs piliers qui supportent la coupole ils substituent à l'intérieur des colonnes plus légères; sur la froide monotonie des murailles

extérieures ils sèment les fantaisies décoratives de la brique et de la pierre alternées. Mais ce qui frappe surtout, c'est la richesse 'le la décoration, le goût de luxe qui partout s'épanouit. Avec son revêtement de marbres précieux, avec les mosaïques qui tapissent les parois et les voûtes, avec ses pavements multicolores et ses clôtures ciselées, la grande église du couvent de Saint-Luc montre toute l'éblouissante magnificence de l'art byzantin au commencement du xi* siècle. Les mosaïques de Daphni (fin du xie siècle) attestent mieux encore peut-être la perfection savante dont cet art est capable; et par-dessus tout Saint-Marc de Venise, qui reproduit le plan de l'église des Saints-Apôtres à Constantinople. offre, avec ses cinq coupoles, la richesse de ses marbres, de ses orfèvreries, de ses mosaïques, les rellets de pourpre et d'or dont elle s'illumine, l'exacte image de Byzance pendant les siècles de sa nouvelle splendeur.

Dans tous ces ouvrages, auxquels il faudrait joindre encore les mosaïques de Sainte-Sophie (ixe siècle) ou de Nicée (ixe et xie siècle), les mêmes tendances artistiques se révèlent. Assurément cet art est essentiellement un art religieux : c'est vers ce temps que, sous l'influence de l'Église, des règles précises commencent à s'établir, qui déterminent d'après une conception liturgique le système de la décoration des édifices sacrés; c'est vers ce temps qu'un canon, qui tend à devenir immuable, apparaît et fixe pour chacune des compositions artistiques un type iconographique bientôt consacré. Mais sous les thèmes que fournit l'Eglise, on sent sourdre puissamment le grand courant de la tradition antique, qui dans les sujets chrétiens introduit un tour d'élégance, de noblesse, de grâce inattendues, tout le charme de la beauté hellénique retrouvée. Ce qui apparaît en même temps, et qui n'est guère moins remarquable, c'est un sentiment du pittoresque qui se plaît à animer de paysages et d'architectures le fond monochrome des mosaïques anciennes, une science du coloris qui, à l'imitation des miniatures, fait pénétrer dans la grande peinture la variété des tons les plus harmonieux, un goût de réalisme enfin et d'observation précise qui se manifeste par la transformation des types et des costumes traditionnels. Sans doute, dans ce mélange du christianisme, de la tradition antique el des influences orientales, selon que les éléments divers se combinent en îles proportions différentes, l'art prend tantôt un caractère de plus majestueuse uniformité, et tantôt il se fait plus souple, plus naturel et plus libre. Deux écoles sont en présence, l'une plus profane, plus curieuse des traditions antiques, plus éprise de portraits, de peinture d'histoire, de modèles vivants; l'autre plus docile aux influences monastiques,

LA BASILIQUE DE SAINT-MARC, A VENISE Commencée à la fin du xi* siècle.

d'une inspiration plus réglée el plus sévère, plus asservie à des types conventionnels el à des thèmes strictement déterminés : l'une vient du palais ni des ateliers où l'on travaillait pour les souverains, l'an Ire dos monastères et des ateliers où l'on travaillait pour l'Église. Celle dernière Unira par l'emporter; à mesure que le \iie siècle approche, la renaissance à demi profane du début perd insensiblemenl de sa vitalité; niais de ce grand effort, qui atteste tant de souplesse, tant de volonté de se renouveler, il

splendeur de cette cité qui, selon le mot de Villehardouin, « de toutes les autres était souveraine ». Les poêles d"Oecidenl ne se lassaient point de peindre la ville incomparable, telle que se la figurait l'imagination populaire, excitée par les récils des voyageurs et des pèlerins; le moyen âge entier rêvait do Constantinople comme d'une ville de merveilles, entrevue dans un miroitement d'or. C'est là .que les marchands de Venise et d'Amalfi allaient chercher les étoffes admirables qu'ils répandaient en

LES MURAILLES BYZANTINES DE CONb T AN I I N O P L E Murs do Manuel Comnèno : su* siècle

reste quelques œuvres supérieures, d'une réelle et incontestable beauté'.

Dans tous les ouvrages de ce temps les mêmes tendances contraires apparaissent. Regardez les beaux manuscrits de l'époque, le Grégoire de Nadanze delà bibliothèque Nationale, enluminé pour l'empereur Basile 1er (i\c siècle), le splendide Psautier de Paris Xe siècle;, le Ménologê du Vatican ou le Psautier de Venise, exécutés pour Basile II (fin du xe siècle et tous ces monuments surtout des arts mineurs où excellaient les artistes byzantins, triptyques, plaques et coffrets d'ivoire aux délicates sculptures, émaux cloisonnés d'or enrichissant les orfèvreries e( les icône-, bronzes niellés d'argent, étoiles de pourpre et de soie historiées de broderies : partout c'est le même mélange do traditions antiques traduites en un dessin ferme, en un chaud et lumineux coloris, d'observation pittorcsqvie el précise, inspirée surtout des modèles orientaux, de sécheresse monastique aussi et de gauche laideur; parloui c'est la môme splendeur de l'ornementation ; partout enfin c'est le môme art vivant et varié, non point enlisé '■n une monotonie immuable, mais capable d'effort original, d'évolution et de progrès.

Aussi bien la capitale byzantine était-elle au x° et au xie siècle le véritable centre du monde civilisé, « le Paris du moyen âge ». Les étrangers qui la visitaient ne tarissent point en admiration sur sa richesse, la beauté de ses édifices, le nombre de ses églises et de ses reliques, le luxe de ses habitants, sur la prodigieuse

Occident ; c'esl là que les hommes pieux el magnifiques commandaient pour les églises de Leurs villes les orfèvreries rares, les splendides portes de bronze surtout, dont aujourd'hui encore toute l'Italie méridionale est pleine. C'est de Byzance que venait tout ce que l'Occident barbare connaissait en fait de luxe précieux ei raffiné; c'est elle qui pour loul L'Orient slave était la grande

initiatrice. I.'arl byzanli pouvait donc manquer d'exercer

autour de Lui une large inOuence. C'esl lui qui a mis sa marque sur les plus anciens édifices de la Russie chrétienne ; Sainte-Sophie de Kief \r siècle) est une pure église byzantine, el les mosaïques el les fresques qui la décorénl sont L'œuvre de maîtres byzantins. L'Arménie el la Géorgie sont remplies d'édifices de style byzantin, de monuments incomparables de l'orfèvrerie el de l'émaillerie byzantines. Les Arabes de Syrie el d'Espagne n'ont pas moins follement subi cette inlluence, el l'Occident chrétien n'y a point échappé. On a fort discuté de notre temps sur le rôle exact que Byzance a joué dans le développement de l'art Latin du moyen âge : c'est ce qu'on appelle lu question byzantine. En

fait, quoi qu' n ait dit, il esl indéniable que l'Italie du Sud,

profondément hellénisée au \e siècle, a gardé pendant des siècles Les traditions de l'art byzantin; que Venise, toute grecque de mœurs el de costumes, a édifié en l'honneur de saint Marc une pure église byzantine, et que les mosaïques qui décorent la basilique de l'apôtre ou celle de Torcello sonl île purs ouvrages byzantins lin du Si" et du xnc siècle). En Sicile, les mosaïques de

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