ÉGLISE SAINT-BICHEL. A TA VIE
ùe ce inonde d'êtres hideux accrochés aux chapiteaux et aux corniches une impression de terreur. Les colonnes, les cuves baptismales sont portées par des Irons qui rugissent, des animaux qui s'entre-dévorent. Expression naïve d'un temps. L'homme du xic siècle voir Raoul Glaber) vit dans un
demi-rêve. Sans cesse il croit apercevoir le malin sous une figure monstrueuse et ne sait pas distinguer ses songes de la réalité. L'artiste nous montre ici le fond de son Ame.
En même temps que la sculpture décorative, la grande sculpture monumentale fut retrouvée. La ligure humaine reparut aux portait des églises. On ne sait à quelle école il faut faire honneur de cette heureuse audace. Il est probable que c'est en All-
vergne et en Languedoc qu1 Loi 1 chercher h s premiers essais de cet ail perdu. Au xu" siècle les sculpteurs du Languedoc étaient déjà des maîtres. Le tympan de Moissac. nii le Dieu de l'Apocalypse apparaît au milieu des symboles évangéliques et des vingt-quatre vieillards, est une œuvre il. oit l'effet est grandiose et le détail liés savant. Certaines figui'es du trumeau ont la finesse et le poli du bronze. Dans tout le Midi, à Cahors, à Souillac Lot . à Beaulieu (Corré/.e , à Toulouse, se montrent des œuvres apparentées aux merveilles do Moissac. Certains chapiteaux du musée de Toulouse sont ce que l'école a produit de plus parfait. L'art s'y montre tout à fait affranchi, palerme libre d'exprimer à sa guise la vérité du
LE STYLE ROMAN
LA CONQUETE DE L ANGLETERRE Bande brodée de Baveux (xi« siéçle).
geste el le mouvement. Sur un dé ces chapiteaux on voit te vieil Hérode qui prend le menton de Salomé.
Une séule école peul rivaliser avec celle du Languedoc, c'esl l'Ecole bourguignonne. La région deCIuny lui une sorte d'Attique. Le portail il'' Cliarliéu peul se comparer, pour la finesse el la nervosité de l'exécution, aux œuvres il'' la vieille école athénienne. Plus au n<>rcl, dans le Morvan, les tympans d'Autun ri.
PAVEMENT E N MOSAÏQUE A L ÉGLISE DE SAN MIN1ATO, Pli ES DE 1 1.0 11 EN CE (xiil* siècle.)
de Vézelay témoignent d'un génie moins affiné, nuis plus dramatique. Le tympan de Vézelay représente Jésus-Christ envpyanl son Saint-Espril à ses apôtres. Le tympan d'Autun esl consacré au Jugement dernier. Le sculpteur d'Autun esl gauche, inexpérimenté, il ignore les proportions du corps humain, el pourtant sa puissance dramatique éclate. De petites âmes s'accrochenl i la robe de l'ange; deux mains monstrueuses et terribles sortent de l'autre monde pour saisir le péchçur.
L'école provençale qu'on a cru la plus ancienne des écoles de sculpture romane est probablement la plus récente. Ses deux
œuvres capitales, le portail de Saiht-Trophi i le portail de
Saint-Gilles sont sans doute des dernières années du xir siècle. L'ensemble esl éblouissant, mai- nulle pari on ne seul l'imitation
de la nature. C'est le défaut de la lourde sculpture allemande. Il n'y a qu'en France que l'on sache s'inspirer de la réalité, et c'est aussi en France que, dans quelques années, la sculpture va an iver à sa perfection.