SCENES
it'uros de l é
DE I. APOCALYPSE jliso de Saiiit-Saviu (Vienne).
L'intérieur des i par sa nudité, lui la voûte ; celles de Saint-Savin. dans le Poitou, qui romontenl probablement au xie siècle, peuvent nous en donner une idée.
L'artiste, qui a le sentiment du grand, et qui dessine purement, nous y raconte, d'après la Bible, li s origines du monde. Partout ailleurs celte fragile décoration n'a laissé que des hai es. Des lapisseries couvraient I a n u di 1 é d e s murs. C'est dans la cathédrale de Itayeux qu'était
exposée celle
longue bande de
broderie où esl ra c i> n t-ée I n u I e
l'histoire de ia
c |uête de l'Angleterre par les Normands. Le pavé était un
décor savant. Les lustres afl'edaienl la forme de couronnes de lumière el symbolisaient la Jérusalem céleste. Les candélabres étaient des chefs-d'œuvre : le fragment qui subsiste à Reims semble un rêve de l'extrême Orient. La crosse de l'évoque, la sonnette de l'acolyte, l'encensoir du célébrant étaient des œuvres d'un ai l exquis. Les châsses, les reliquaires émaillés attestaient l'habileté des orfèvres de Limoges, qui étaient alors laineux dans toute l'Europe. Les évangéliaires avaieiil dos reliures d'ivoire mi d'or relevées de pierres précieuses. Ces livres eux-mèmés, copiés avec amour, étaient presque toujours ornés de miniatures. Le pins beau de Puis les manuscrits romans, VHortus deliciarum, écrit el enluminé par Herrade de Landsberg, abbesse du couvent de Sainte-Odile en Alsace, a malheureusement été détruit en 1X70. luis du siège de Strasbourg. Ses compositions se distinguaient tour à tour par la majesté ou par la naïveté. L'inspiration de la
pieuse abbesse lin
suggérait les images les plus variées et les plus
saisissantes,
qu'elle reinlail avec une vraie science du dessin el une grande richesse de colorations. L'art duportrail étaitalors encore dans l'en lance, comme on peut s'en convaincre en recardant
Vue. bibl. de StrasBoUra
LA MOUT DU l'ECU EU 11 '
Miniature de VHoriw iktliciarum [xiu* siècle;.
la miniature qui représente les nonnes confiées aux soins d'Herrade. Ces tètes semblent toutes coulées dans le même moule : elles ont le même nez busqué, les mêmes yeux grands ouverts, la même expression. C'est que le style roman ne savait pas encore' étudier et interpréter la nature, comme le lii si brillamment son successeur, le style gothique.
Il reste un mol à dire de I'iconographie. Les sculpteurs, les peintres, les m i nia I u l istes, les orfèvres, quand ils représentent les personnages él les scènes sacrés, obéissent à îles règles lixes. l'es règles étaient ausAi universelles qui' le christianisme lui-même : elles étaient religieusement observées d'un bout à l'autre
de l'Europe ; limbe . c'est-à-dire un
cercle entourant la tête, servait à marquer la sainteté. Jamais les saints n'étaient représentés sans nimber.
Mais pour que Jésus-I !hi isl pût se distinguer à première vue des apôtres qui l'entouraient, le nimbe qu'il portait était crucifère, c'est-à-dire timbré d'une
croix. L'auréole, lumière «pu
émane .le toute la personne, seule de nimbe du corps entier, appartenait aux trois personnes de la Trinité, à la Vierge, aux âmes des bienheureux et exprimait la béatitude éternelle. La nudité des pieds était un des signes auxquels on reconnaissait Dieu, Jésus-Christ, les anges, les apôtres, l ue main sortant des
nuages en faisant le geste de bénédiction et entourée d'un nimbe crucifère élâil le signe de l'intervention ili\ine, l'emblème de la Pi o\ idence. Uc petites figures d'enfants, nus, sans sexe, rangées CÔte à cote dans les plis du manteau d'Abraham siguiliaienl la vie future, l'éternel repos.
I. ordonnance des grandes scènes de l'Évangile était i m nuiable. L'artiste n'j pouvait rien changer. S'il avait à représenter la l'èno.
il devait tirer
li'UH Côté de la table Jésus et ses apô-
avait à représenter Jésus , la Vierge et
repres
de Reims r>E CANDÉLABRE
Catlt&lrale de Rein i a I i c. i: l> i: SAINT It E M I Dr, Kligraiics, émaux ^xur siècle)
1res et de l'autre Judas. S il en croix, il mettait, à sa droit le porte-lance; à gauchi', saint Jean et le porte-éponge.
Toutes ces règles étaient codifiées el étaient enseignées aux moines artistes en même temps que la technique de leur art. Ainsi l'artiste, en interprétant les scènes de la Bible, ne s'abandonnait jamais à sa fantaisie, ne se laissait jamais guider parle sentiment du pittoresque. Son art était un enseignement, une forme de la théologie plus accessible à Ions. Les scènes de l'Ancien Testament, par exemple, n'étaient pas représentées pour leur beauté propre, mais poulies symboles quelles laissaient entrevoir. Si on nous montrait le sacrifice d'Abraham, c'était pour nous faire penser au sacrifice de
Jésus-Christ. Les artistes ne faisaient que se
conformer à la doctrine des Pères de l'Eglise,
qui enseignaient que l'Ancien Testament est une figure du Nouveau. Le Nouveau Testament lui-même n'était pas senté tout entier : on avait choisi dans la vie de sus-Christ quelques traits essentiels qui correspondaient au cycle des fêtes (le l'Eglise.
Plusieurs épisodes empruntés aux Evangiles apocryphes s'intercalaient dans la série des scènes
évangéliques. .Nous s Les si bien habitués à
voir figurer le bœuf et l'âne dans les représentations de la Nativité que nous ne réfléchissons guère qu'aucun des évangélisles n'a signalé la présence des animaux
près de la crèche. C'est, en effet, dans le seul Évangile apocryphe de la Nativité de Marie el de l'enfance tin Sauveur qu'il en est fait mention. Une autre tradition, très naïve, sur la naissance de Jésus- Christ apparaît aussi quelquefois dans les églises romanes. Près de la Vierge, étendue sur son lit, on voit deux femmes qui s'empressent autour de l'enfant Jésus et le lavent dans une cuve. Ce sont les sages-femmes qui, d après les Apocryphes, auraient été appelées pour certifier la virginité de Marie. Plusieurs autres scènes ont la mêi rigine :
la chute (les idoles à l'entrée de la sainte famille en Egypte, la descente de Jésus-Christ aux limbes. Mais aucun des personnages du .Nouveau Testament ne doit plus
à la légende que la Vierge. C'est aux Apocryphes que les altistes de l'époque romane empruntèrent presque tous les épisodes de la vie de Marie, ainsi que l'histoire de ses parents, sainte Anne el saint Joachim. Uiiaut au merveilleux
récit de l< ri de la Vierge,
il ne prendra une l'orme ilaslique qu'à L'âge suivant, La légende des saints, qui sera pour les artistes du XIIIe siècle une matière inépuisable, commence à inspii er les artistes romans. Une foule de chapiteaux sculptés, à Moissac, à Toulouse, à Sain I- Benoil-sur-Loirw, nous mon
lient la vie et la moi'l des
confesseurs et des martyrs.
apôtres aussi commencent à apparaître, mais ils ne se distinguent pas encore les uns des autres et ne portent aucun attribut.
ngraphie des églises romanes semble un pou pauvre à côté des cathédrales gothiques; cependant la plupart des sujets qui s'épanouiront plus lard si magnifiquement y sont déjà en germe-. Partout d'ailleurs on suit une forte discipline el le respect des règles consacrées. On se tromperait donc si l'on cherchait la
liberté dans cet ai l dll Ml" siècle. Il ll'esl
qu'une sorte de liturgie. L'altiste c pie
peu : mais il y a dans sou œuvre quelque
chose d'ilhpeiS el ''I de plofollil qui cil
fait imite la grandeur.
EMILE M KLE.
Munoc do Cluuy.
c H o s s i; i: N I VOIKlï Travail français (xii* siècle).
Musée de Reims CHANDELIER EN 13 R O IS Z E
ixi siècle.)