PORTAIL OUEST DE LA CA TIIÉDUALE UE BOUIIGES
subsislanl «!<• voûtes appareillées sur nervures. Morienval est le prototype rudimentaire du style gothique, le germe primordial de l'éclosion future. Mais, entre l'abside de Morienval el le chœur de l'église abbatiale de Saint-Denis, édifié parSuger, l'illustre ministre de Louis \ II. et consacré m 1144, il va un demi-siècle de tâtonnements et d'efforts. Entre ces deux jalons, qui cantonnent la première époque d'évolution du style gothique, il y a une- chaîne serrée dont les maillons se retrouvent tous, sans exception, dans celte région d'origine donl il vient d'être parlé. Quelques-uns «le ces maillons portent une date certaine, comme la petite église de la Noèl-Saint-Marlin (1124), comme l'oratoire de lîcllel'ontaine I l*2o), comme le cli.eurde Saint-Martin des Champs, à Paris; d'autres, par leur similitude avec b-s monuments datés ou par leur enchaînement même, s'inscrivent dans des dates approximatives qui ne peuvent guère varier de plus d une dizaine d'années. Le processus est complet, certain, chaque jour enrichi par une découverte nouvelle. par une constatation surérogatoire. Citons, parmi les témoins les plus authentiques et les mieux caractérisés du style primitif, avant le chœur de Suger : l'église Saint-Étienne à Béarnais, le porche de Saint-Leu-
d'Essércnt, le chœur de Poissy, celui de Saint-Mac! le
Ponloise, l'église de Cambronne, celles de Bury, de Tracyle-Val, de Saint-Gervais de Pontpoînt, de Berzy le-Sec, do Saint-Evremond de Creil, le narthev de Saint-Denis.
Bien que relativement moderne, le chœur de la basilique édifiée par Suger reste d'une insigne importance. C'est le premier édifice où le système nouveau apparaît dans toute la virtualité de ses conséquences, dans la vigueur juvénile de ses méthodes, dans la certitude de ses ambitions. L'inauguration du chœur de l'abbatiale de Saint-Denis, célébrée en présence d'une foule d'évêques el de grands dignitaires venus des quatre coins de la France, d'un grand nombre de prélats étrangers el du roi lui-même,
Tut le signe ostensible et retentissant d'un grand événement architectural, le point de départ d'un élan qui allait être irrésistible. Revenus dans leurs foyers, ces hauts personnages ne pouvaient oublier un spectacle aussi mémorable. Beaucoup avaient été frappés de l'originalité de l'édifice, de ses dimensions spacieuses, de l'élégance inconnue de ses proportions : au milieu de la fièvre de construction du xu" siècle, ils s'en souvinrent. L'art gothique était né.
Ce fut alors une magnifique éclosion, une germination colossale, comme l'humanité n'en avait pas encore vu el comme elle n'en reverra sans doute jamais. La .royauté, l'épiscopat, les communes récemment affranchies rivalisèrent d'ardeur, d'enthousiasme pour appliquer les pratiques victorieusement expérimentées. Joignez à cela la ferveur des âmes, la vogue des pèlerinages, l'apogée du culte de la Vierge, le développement de la richesse publique par l'affranchissement .les communes et la naissance d'un tiers état actif et intelligent, une prospérité générale enfin, jointe à l'action personnelle de ce grand bâtisseur qui fui Philippe Auguste, el vous aurez une idée de ce qu'a pu être ce mouvement.
Sous Louis le Gros et sous son successeur Louis VII. on voit de grandes el superbes églises s'édifier à l'image de celle de Saint-Denis : l, ||eS les églises de Sainl-Cermeren-lîray. de Saint-Pierre de Montmartre, achevée sous les auspices d'Adélaïde de Savoie, et de Saint-Germain des Prés, à Paris, consacrée en 1163, de Saint-Loup-de-.\aud ; telles les basiliques de Noyon, de Sens (celle-ci due au fameux Guillaume de Sens qui devait porter le style gothique en Angleterre) et de Senlis -, tels encore la collégiale de Saint-Quiriace, à Provins, le transept de la
l'Ii^t. Mon. hist.
PORTAIL PfOUp Dli LA CA J ULDUALfc l>fc HLJMS
ART GOTUIQUK - FRANCL XIII' SIÈCLE
Phot. Neurdcin.
UNE FACE LATÉRALE ET l'aBSIDE