LANSQUENETS DÉGUISÉS K N F E >1 .M E S
Dessin par Manuel Dcutsch, (Musc'e de Bâle.)
Graf fut un isolé. A l’époque où Holbein sc montrait un génie si largement universel, Urs fut 1 homme de la fantaisie, des inventions burlesques et baroques. Dans ce genre libre et restreint, il exerça pourtant une sorte d’influence, servie surtout par scs gravures. Plusieurs artistes reproduisirent ses types, et même les personnages élancés et aux dehors bizarres qu’il plaçait dans ses sujets religieux. Le maître anonyme qui a peint, à Muttcnz, les fresques de 1 ossuaire, et qu’il ne faut pas confondre avec 1 auteur des peintures de l église, peut figurer parmi ses imitateurs.
Entraîné par la sincérité de son tempérament, Urs Graf devait, tont comme l’avait fait du reste Manuel Deutsch, rendre quelques autres aspects de son pays ; il a été, en dessinant les fonds de certaines de ses compositions, un délicat paysagiste, plus précis et plus léger que Hans Leu. Dans les collections du Musée de Bàle, nous retrouvons une vue de ville qui semble prise d'après nature. Nous avons une autre preuve de ce genre de talent dans le dessin reproduit plus haut, et qui nous montre des lansquenets en faction ; ils sont postés derrière des fascines, non loin des rives d'un lac, au bord duquel se déroule la perspective d’une cité de la Suisse avec ses tourelles, ses remparts, ses églises et une jetée fortifiée se dressant sur l’eau.
L’œuvre de Holbein, c’est la magie du Musée de Bâle. 11 y a une joie profonde à contempler ces admirables peintures, dans lesquelles se montrent l’épanouissement subit, l’éclosion fraîche et vive du génie d'un artiste. Après les essais des précurseurs, après les audaces d’inspiration et les heureuses trouvailles de maîtres spontanés et sincères, nous avons devant nous une compréhension vaste de toute chose; une merveilleuse plénitude d’esprit, un pouvoir suprême de féconder et de renouveler le domaine artistique. Et ce rare talent si aisé et si limpide se développe sans peine; le maître porte dans ses créations une grâce souriante. Holbein possède à un haut degré le charme qui manque à tant d’artistes de l’école allemande. 11 apporte un sentiment nouveau, où se retrouvent toutes les douceurs de la Renaissance.
Aussi la venue de Holbein est-elle dans l’histoire de l’art germanique un véritable événement. L’élargissement qu’on lui doit s’est opéré sans recherche, à l’aide d’énergies toutes naturelles. Les sensations que le noble artiste exprime devant ses contemporains jaillissent des sources les plus pures. Ses œuvres rayonnent, et on laisse derrière soi les obscurités, les ombres qu'une belle lumière vient dissiper : on se croit déjà, avec Holbein, au seuil du monde moderne.
Sans doute nous ne voulons pas reprendre ici les choses à l’origine. Nous n’avons pas à revenir à ce qui a été dit par quelquesuns de nos critiques, et il convient de passer rapidement sur les points connus, sur les généralités de l’œuvre et de la biographie. Mais sans négliger les travaux antérieurs, les élucidations récentes,
il nous appartient encore de nous attachera ce qui se rapporte à noire Lut, à ce qui louche à la gloire du Musée de Baie. Nous devons suivre notre peintre dans sa laborieuse existence de jeune homme, et noter soigneusement ses premiers efforts et ses successives révélations1.
Quand il arrive àBàle, c’est un « compagnon », un apprenti bien doué, fils d’un excellent artiste augsbourgeois : il est conduit par sa