PAYSANS DANSANT
Dessin à la plume. Ecole du Bas-Rhin. (Musée de Bâle.)
des sujets familiers et rustiques. Est-il l’auteur de cette fantaisie burlesque? Est-ce un de ses élèves, serrant son genre de près? Quoi qu'il en soit, nous suivons, à travers cette composition, l’introduction du réalisme villageois sur les bords du Rhin.
1. M. Alfred von Wurzbach, dans une étude publiée par le Jahrbuch viennois, (Jahrb'uch der Kunsthistorischcn Sammlungen des allerhæchsten Kaiserhauses), XVIIe volume, a cru pouvoir identifier le maître E. S. avec le maître des monnaies de l'empereur Frédéric Ht, Erwein von Stege. Nous signalons cette conjecture, en rappelant que certaines conclusions «les travaux de M. von Wurzbach ont été plus d'une fois contestées.
Ne faut-il pas s’attacher aussi à quelques croquis provenant du Nord? 11 y avait, certes, dans les essais des anciennes écoles, bien des éléments différents, qui se trouvaient préparés pour contribuer à la formation et à l'avènement des grands artistes qui allaient surgir à Augsbourg ou à Nuremberg. Albert Dürer lui-même pouvait y tremper son vigoureux talent.
Un exquis dessin à la pointe d’argent, qui nous montre trois études de Vierge, nous est présenté comme appartenant à l’école nurembergeoise de la première partie du xv® siècle, école déjà bien savante, grâce au rôle joué par l’ancienne capitale franconienne. M. Daniel Burckhardt signale les parentés qu'offrent ces esquisses, où semble revivre, à nos yeux, le tendre idéalisme de ■Cologne, avec le tableau d’autel de l’église Saint-Laurent, à Nuremberg, et avec d’autres compositions qui respirent la même suavité.
Dürer est un génie profondément personnel; il ne s’en est pas moins imprégné quelque peu, audébutdc sa carrière, de certaines influences ambiantes. Et celle de Martin Schongauer a été très puissante sur lui. On la découvre nettement dans ses premières œuvres, dans les Trois lansquenets, dans les Cavaliers traversant un défilé, et dans certaines figures un peu lines, un peu allongées, drapées d’étoffes aux plis tombants, où subsistent la grâce, la noblesse délicate des types que le maître de Colmar aimait à retracer.
Nous arrivons ici, en rappelant encore le nom de Schongauer, à une question épisodique, que nous voyons naturellement se poser, pendant que nous étudions les grands courants qui ont passé sur l’art germanique. Nous voulons parler du voyage d’Albert Dürer à Colmar et de son séjour à Bâle. Tous les biographes ont raconté que le jeune peintre, alors dans sa vingtième année, était parti de Nuremberg pour faire sa tournée d’apprentissage; ce voyage, entrepris avec l’assentiment du père de l'artiste, dura près de quatre ans. La Chronique de famille rédigée par Dürer a été publiée et traduite dans la Gazette des Meaux-Arts ; c’est un véritable mémorial où abondent les renseignements intimes1.
« Quand mon apprentissage fut terminé, dit Dürer, mon père me lit voyager jusqu’au jour où il lui plut de me rappeler. Je partis après Pâques, en 1490, et c’est en 1494, après la Pentecôte, que je revins. »
Personne n’a oublié les faits principaux de la biographie de
I. Gazette des Beaux-Arts, lrc période, tome XIX, pp. 541-545.
l)iircr, et 1 on connaît quelques-unes (les appréciations de M. Charles Ephrussi, dans son livre, Albert Durer et ses dessins1. Si nous citons