H ONDE DE SINGES
Dessin à la plume d’Albert Durer. (Musée de Bâle.)
l’extrait qui précède, c’est pour les besoins mêmes de la discussion que nous allons aborder.
Dürer ne nous a rien dit lui-même des lieux qu’il a visités. 1. Paris, Quantin, 1881.
On sait, par un passage de l’humaniste Scheurl, dans son introduction en latin aux œuvres de Pirckheimer, que Di'iror alla à Colmar, où il fut reçu très cordialement par trois des frères de Martin Schongauer, qui était mort depuis peu de temps. Lejeune peintre venait trouver, comme un disciple, celui qui avait apporté dans l’art une expression nouvelle. Une grande déception l’attendait au moment où il mettait le pied sur le sol de cette douce contrée d’Alsace. Il put voir les dernières œuvres du maître, mais il ne lui fut point permis de jouir de son entretien et tic ses conseils.
Parmi les frères de Martin, se trouvait, suivant Scheurl, celui qui était peintre, Ludwig; deux autres étaient orfèvres. Un quatrième frère, Georg Schongauer, qui pratiquait aussi l’orfèvrerie, habitait Bàle depuis plusieurs années ; Scheurl ajoute qu’il traita le voyageur avec la même cordialité; Dürer vint donc à Bàle après avoir visité Colmar.
Les historiens d’art allemands s’accordent à placer vers la fin de cette tournée d’apprentissage un premier voyage de Dürer à Venise; on sent l’importance de ce fait pour l’étude du développement intellectuel de ce maître. Aucune information directe ne vient appuyer cetle supposition; aucun texte ne nous montre Dürer passant au delà des Alpes, et M. Charles Ephrussi a pu dire : « L’hypothèse d’un premier voyage en liai ie, en 1 49 i, nous paraît donc devoir être complètement écartée. »
M. Daniel Burckhardt a repris, dans un livre récent, la thèse de M. Charles Ephrussi, et l’a soutenue avec beaucoup de chaleur, à l’aide d’une argumentation très serrée, rassemblant avec soin tous les témoignages; il revendique pour Bàle l’honneur d’avoir abrité Dürer pendant une partie du temps que dura son absence1.
Devenons à ce séjour à Bàle;" c’est pour nous le point essentiel du livre que nous signalons. Il nous paraît admissible que Dürer ait été attiré par cette ville. Fils d’un orfèvre lui-même, il se plut dans la société de Georg Schongauer; il fit quelques études avec lui, le trouvant par son métier bon conseiller en matière de gravure, et Dürer aurait travaillé pour les typographes et les imprimeurs bâlois.
1. Albrecht Dürer’s Aufenthalt in Dascl, 1492-1494, avec nombreuses illustrations. Munich, Hirth, 1892. La critique allemande du Nord maintient avec beaucoup de vigueur l’hypothèse du départ de Durer pour l'Italie. Le sujet demeure controversé, et livré aux conjectures qui répondent aux préférences de chacun. Janitschek place ce voyage au commencement de 1491 ; d’autre part, M. Labriel von Térey ( Albrecht Durer' s venetianischer ■ Aufenthalt. E. Heitz, éditeur à Strasbourg) le fixe à la période 1494-1495.
Ces travaux, M. Burckhardt les énumère avec complaisance; c’est d’abord un frontispice pour une édition des Lettres de saint