‹ Le Musée de BaleChapitre 7 sur 14 · LA SAINTE FAMILLE, PAH A. DÜRER · texte numérisé non relu

LA SAINTE FAMILLE, PAH A. DÜRER

de ses habitants, Durer, non plus que Martin Schongauer, n'est point représenté au Musée par de nombreux souvenirs. Son influence, il est vrai, s’est exercée puissamment sur toute une génération d’artistes

suisses dont nous reparlerons plus loin. Mais, quant à ce qui est de son œuvre, nous devons à regret nous en tenir à quelques pièces.

C’est d’abord une Sainte Famille , scène religieuse, scène intime, d’un sentiment très réel. Cette œuvre semble avant tout pénétrée de souvenirs italiens, ce qui ne surprend pas, puisque, datée de 1509, elle est postérieure au séjour que l’artiste lit à Venise en 1500. On voit, dans cette composition, la Vierge dans une salle de la Renaissance, ayant à ses pieds des anges musiciens et des lapins, hôtes familiers du logis. L'Enfant Jésus tient à la main une pomme et un oiseau. Derrière la Vierge, saint Joseph est accroupi sur une table, près d’un pot de grès, attitude bien germanique. Un perroquet, que Durera cru un oiseau de Judée, est perché sur une guirlande suspendue entre deux piliers. Ce dessin, relevé d’aquarelle, s’est un peu décoloré à la longue ; on y reconnaît une variante d’un sujet traité plusieurs fois par le maître, et repris dans son atelier.

Un autre dessin, sur papier grisâtre, relevé de blanc et daté de 1502, nous montre la Crucifixion. Nous y retrouvons une esquisse de la partie centrale du tableau d’autel placé à Ober-Sanct-Veit, près de Vienne, et qui fut exécuté par Durer, avec la collaboration de Hans Schauifelcin. Les dessins pour les volets appartiennent au Musée Stœdel, à Francfort. La composition que nous avons sous les yeux est pleine de mouvement et animée par de nombreux personnages. Elle est profondément pathétique par les gestes des saintes femmes éplorées, par le va-et-vient des soldais romains, par les mille détails de l’action, à laquelle la foule participe avec une étrange intensité. Tout vit d’une façon géniale, dans ce terrible épisode; Durer semble avoir mis ses pensées les plus religieuses et les plus poignantes, dans l’interprétation qu'il a donnée du drame qui se passa sur le Colgotlia.

Une œuvre très authentique de Diirer, mais inférieure par la qualité aux précédentes, est un petit dessin à la plume, esquisse destinée à un ami, et qui accompagne une lettre du maître, écrite sur le revers. Diirer, se livrant à sa fantaisie, a reproduit, dans ce dessin, une Ronde de singes. Les animaux s’ébattent autour d'un brasero, avec des gestes et des gambades burlesques ; trois d’entre eux s’accompagnent follement avec des instruments de musique. Nous retrouvons plus d’une fois des singes, dans les œuvres dessinées et gravées de Diirer; il en a placé quelques-uns dans l’ornementation marginale du Livre de prières de Maximilien Ier. 11 a représenté une Vierge au Singe, parmi scs figures de Madone. Ici,

nous avons devant nous un simple croquis, une feuille d’étude, un envoi d’artiste gardant la forme d’une ébauche.

Cette œuvre, où s’est joué un grand esprit, bien postérieure d’ailleurs à celles que nous avons signalées plus haut, et portant la date de 1523, fut exécutée à un moment de vives polémiques religieuses, produites par la Réforme, à laquelle Durer s’était associé avec tant d'ardeur. La lettre du grand artiste était adressée à Frei, à Zurich, qui fut leprcmier prévôt protestant duchapitrede Saint-Charles. M. Thausing s’est demandé si Frei n’était point parent de la femme de Durer, qui portait le même nom. Nous ne nous attacherons pas à cette conjecture : il nous suffit de constater que. Dürer avait accepté. de bonne grâce les ouvertures cordiales de Frei, qui lui avait envoyé une brochure, en lui adressant en même temps la demande d’un dessin. Le texte de la lettre a été publié, comme les autres lettres de Dürer. Le maître s’excusait de ne pouvoir représenter une ronde de singes comme il l’aurait voulu :

«J'ai dessiné, disait-il, cette ronde inhabilcment, car il y a longtemps que je n’ai vu de singes. 1 »

Il est inutile de nous arrêter à d’autres passages de cette lettre. Nous nous bornerons à relever les compliments que le maître faisait transmettre à scs amis de Zurich, à Zwingli d’une part, et de l’autre au peintre Ilans Leu. Cet artiste est représenté au Musée de Bâle, et nous pouvons le classer parmi les imitateurs de Dürer. On en sera d’ailleurs convaincu en examinant les deux dessins que nous reproduisons ici cl dont on remarquera la ténuité et la linesse : nous reviendrons plus loin à lui, à propos de quelques peintures. Dürer ajoutait, avec une modestie touchante, un mot de bon souvenir « pour les autres messieurs qui lui étaient favorables ».

1. Cette lettre de Durer a été commentée par M. Édouard Ilis. Voy. aussi Thausing, Diirer’s Driefe.

LA VIE RG B LISANT DANS UN LIVRE Dessin à la plume de Hans Leu. (Mus^e de Bâle.)

Nous nous trouvons, avec les œuvres de Griinewald, dans une autre section de la production d’art à Colmar et dans la région du Haut-Rhin. Griinevva 1 d , a r t i s te b ri 1 1 an t , i ngé n i eux , compliqué, très intense dans certains effets et coloriste à un haut degré, nous offre, au Musée de Râle, un Christ en croix douloureux (d expressif. Le divin Maître laisse retomber sa tète dans une attitude très humaine, et son agonie conserve un aspect indicible de souffrance et de résignation.

Un dessin de Griinewald, appartenant aux réserves du Musée, semble une préparation pour ce sujet ou pour une composition analogue. Le tableau que nous venons de signaler, et qui provient de l’ilùtel de ville de Râle, n’est pas de très grandes dimensions; on dirait une esquisse, poussée assez loin, et négligée cependant dans quelques parties. Au pied de la croix, et non loin du groupe dos saintes femmes, se tient le centenier romain, à l'allure assez raide, revêtu d’une armure gothique, tout bardé de fer. C’est un personnage, retracé non sans quelque dureté, et qui s’isole de la composition.

Une seconde peinture du môme auteur, la Résurrection, mentionnée, celle-ci, dans l’inventaire Amerbach, qui donnait à Griinewald le nom de Mathis von Aschenburg — Aschaffen bourg est probablement la ville natale de l’artiste, — représente une donnée très idéale et très cherchée, un peu à la manière d’Altdorfer. La scène est beaucoup moins saisissante que la précédente : le Christ ressuscité se dresse dans une gloire, au-dessus de son tombeau entr’ouvert ; le peintre s’est, naturellement, préoccupé de l’effet de lumière. Dans ce tableau, de proportions assez menues1, Jésus n’est plus qu’une ligu- 1. 0m3b sur 0m24.

Page 1