‹ Le Musée de BaleChapitre 8 sur 14 · T È T E I) K T U DE DE H A I. D U N G G R I E N · texte numérisé non relu

T È T E I) K T U DE DE H A I. D U N G G R I E N

rine» Trois soldats romains, qui veillaient près du sépulcre et qui

LE CHRIST EN CROIX Tableau de Mathias Grüncwald, au Musée de Bâle.

sont frappés de stupeur, cl quelques-uns de leurs camarades, placés plus loin et pris de la même épouvante, sont aussi traités en réduction et dessinés comme des personnages de tableaux familiers de

l’école hollandaise. Quelques critiques se sont demandé si cette œuvre était réellement de Grünewald; mais le maître aimait les recherches de fantaisie, les combinaisons savantes, les oppositions bizarres. Nous le jugeons ici d’après son chef-d’œuvre du Musée de Colmar, Marie adorée par les amjes. Esprit séduisant, sachant présenter son sujet sous de multiples facettes, mais souvent un peu retenu dans ses horizons, il ne possédait plus, à coup sûr, la simplicité de lignes, la pureté religieuse de Martin Schongauer. Notez bien que nous retrouvons plus d’une fois dans l’art de l’Allemagne du Sud ces tableaux où la conception est subtile, où l’exécution est tourmentée. Et ajoutons, pour Grünewald, que lui aussi a exercé une profonde influence sur les artistes suisses; ils s’assimilèrent quelques-uns de ses procédés; ils imitèrent son interprétation de la nature, scs contrastes de jour et d’ombre, la caractéristique de ses types et ses redoublements de détails.

L’atelier de Cranach, plutôt que le maître lui-même, est représenté au Musée de Bâle. Il importe peu de nous attacher à quelques œuvres un peu rudes ou douteuses. Nous nous arrêterons un moment à un tableau classé, avec une extrême justesse, comme une production de l’école silésienne. Cette école s’est formée, en se tenant sous la dépendance des élèves de Cranach : elle est surtout représentée par une série de peintures conservées dans la galerie de Breslau. Que ces maîtres silésiens aient disposé d’une facture plus ou moins grossière, nous n’en doutons pas. Le tableau du Musée de Bâle est néanmoins assez achevé, et rien ne nous déplaît dans l’ensemble de la composition. Nous y retrouvons sainte Ursule et ses compagnes; voici les tètes arrondies, les bustes au contour sinueux, les corsages opulents, que nous avons remarqués dans les peintures de Cranach. Nous avons devant nous une succession de physionomies ; il y a bien là une trentaine de jeunes lilles, et le maître anonyme aurait pu en ajouter encore, s'il avait voulu, en se rapportant à la légende des onze mille vierges. Ces tètes blondes ont toutes une grâce naïve, et les types attirent par la candeur et la douceur de l’expression.

Un artiste qui occupe, au Musée de Bâle, une place vraiment capitale, c’est Hans Baldung Grien, un des maîtres que la critique allemande a tendance à mettre le plus en relief aujourd’hui. Ilans

Baldung touche, eu quelque sorte, au groupe de Dürer; il reçoit l’in-

tète d'étupe

Pessin de Hans Baldung Gricn, au Musi'o do Bâle.

fluence qui part de ce maître; il adopte quelques procédés de celuici; il s’est aussi inspiré de Grüncwald. Nous le voyons cependant demeurer bien indépendant; il ne possède pas, si l’on veut, un

grand fonds de sévérité, ni un idéalisme très élevé; il est séduit largement par la vie matérielle, parmi réalisme violent et sensuel.

Nous trouvons dans certaines œuvres de Baldung on ne sait quoi qui semble répondre à notre compréhension moderne de l’art. Est-ce cette matérialité, cette vie elle-même, toute débordante dans quelques unes de ses compositions, qui nous font aimer davantage cet ample et savoureux talent?

Au Musée de Bàle, il saisit tout d’abord les yeux par des œuvres qui attestent ses qualités les plus vives de peintre fantaisiste et sensualiste. Dans cette ville, où la Danse dos Morts a obtenu une si grande célébrité, il nous offre une traduction toute nouvelle de deux scènes du Todtentanz , nous présentant à son tour la terrible faucheuse aux prises avec la femme.

On peut appliquera Baldung Grienle vers de Baudelaire, et dire qu'il a voulu rendre, lui aussi,

Le branle universel de la Danse Macabre.

Nous le retrouvons plus loin peintre religieux, et si sa notion des choses évangéliques n’est point pure de tout mélange, il est dramatique à un haut degré; il s’impose à l’imagination et nous donne une évocation des plus passionnantes. Une suite abondante de ses dessins, parvenue au Musée, ajoute à l'idée générale qu'on peut se former de sa manière, de ses mérites divers, et même de son autorité de maître devant ses contemporains.

Hans Baldung Grien est bien, à nos yeux, un artiste de l’Allemagne du Sud. Par l’origine, il est souabe; sa famille sortait de Gmiind, petite ville du Wurtemberg, et, pour ne pas oublier le berceau des siens, il a signé en faisant suivre son nom du mot Gamundianus. C’est aux en virons de Strasbourg qu’il naquit, à Weyersheim-am-hohen Thurm, si nous nous rapportons au chroniqueur Sebald Bithlcr, qui enregistre sa mort à la date de lo45, en ajoutant quelques lignes sur le lieu de naissance de l’artiste et sur certaines de ses œuvres1.

Nous pouvons donc réclamer le maître pour l’Alsace, qui nous offre ainsi une nouvelle preuve de sa fécondité artistique. Nous avons vu récemment paraître à Strasbourg une importante publication, véritable monument élevé à la gloire de Hans Baldung. M. Gabriel von Térey, qui avait déjà publié un Catalogue raisonné de l’œuvre peinte

1. « Er war geboren zu Weyersheim zum... liolien Thurm ; bat gemalt den Bischof Erasmus, 1 538, etc... » On peut croire que Bühler était bien informé et qu'il connaissait le peintre.

de l'artiste, nous a donné la reproduction do ses dessins, dans les di-

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