F EMUE A LA COUPE
Dessin de Hans Baldung Grien, à la plume, sur lond brun, relevé de blanc. (Musée de Bâle.)
mensions des originaux1. La suite de pièces que possède le Musée de
t. Die Handzeichnungen des llnns Baldung gcn. Grien, par Gabriel von Térey,
Bâle se retrouve naturellement dans ces planches. Cet ouvrage de grand format, travail de premier ordre, fait repasser sous nos yeux les dessins appartenant aux principales galeries et collections privées d’Europe ; nous y revoyons aussi ceux, en trop petit nombre, qui sont parvenus au Musée du Louvre avec la collection Jabach, celui de la Bibliothèque Nationale, celui du Musée de Saint-Germainen-Laye et les feuillets du Livre d’IIeures de la Bibliothèque de Besançon. La publication de M. von Térey, entreprise avec l'appui de la municipalité de Strasbourg et de l’administration d’Alsace- Lorraine, constitue la plus large contribution qui ait été apportée jusqu’à présent à l’étude du maître, et elle servira de base pour l’établissement futurd’une monographie définitive. L’auteur nous a donné en outre, un autre ouvrage de la même importance, consacré aux peintures du maître, reproduites avec soin une à une. On ne saurait trop louer, à notre sens, des travaux de ce genre, aussi vaillamment accomplis, qui sont le résultat de recherches incessantes, et qui fixent merveilleusement les œuvres d’un artiste, dispersées dans les musées et les collections.
La « littérature de Hans Baldung » est d’ailleurs assez riche, et le nombre des travaux consacrés à ce peintre s'augmente tous les jours. 11 convient de parler aussi de l'ouvrage de M. B. Stiassny sur les cartons de vitraux dessinés par Hans Baldung, et du Livre d’esquisses de Carlsruhe, publié par M. Marc Rosenberg. Ce recueil de croquis, d’études d’après nature, où se rencontrent jusqu’à des vues, des paysages et des tracés topographiques, cet album d’un artiste du xvic siècle, a été classé parmi les documents qui offrent de précieux aperçus sur le travail et la vie d’un maître1.
Le chef-d’œuvre de Baldung se trouve, on le sait, à Fribourg-en- Brisgau, où il travailla à partir de 1512; c’est le polyptyque de la cathédrale, qui représente le Couronnement de la Vierge, les Douze Apôtres, quatre Scènes de la vie de Marie, et sur le revers Le Christ en croix entre les deux Larrons. Baldung avait acquis une nouvelle consécration, grâce à cette œuvre maîtresse, lorsque Dürer traversa une partie de l’Allemagne du Sud, en 1520. pour aller en Flandre. L’illustre voyageur emporta une suite de gravures de Baldung, et en fit présent, pendant son séjour à Bruxelles, à Patinier; ce don est
Ed. Ileitz, à Strasbourg (ancienne maison Heitz et Mttndel). Trois volumes in-folio, contenant deux cent soixante-quinze phototypies.
1. Hans Baldung Grien’s Skizzenbuch par Marc Rosenberg, professeur à l'École technique de Carlsruhe, Francfort, H. Relier.
LA MORT DE LA VIERGE Dessin de Hans Baldung Gricn, au Musée de Bâle,
consigné dans son Journal de voyage, où il appelle Patinier de son prénom : maître Joachim.
Baldung jouissait d’une certaine réputation à laquelle l’exécution de ses peintures de Fribourg-en-Brisgau avait contribué ajuste titre. Eut-il quelques rapports avec les habitants de Bâle ? Cela nous parait très probable, les deux villes se trouvant en relations incessantes de voisinage. Dans les papiers de la collection Amerbach, on a retrouvé des distiques grecs, qui étaient préparés pour servir de thème et d'explication à des sujets traités par le peintre; une de ces courtes poésies fait l’éloge de Baldung.
Comment se fait-il que la collection Amerbach n'ait point renfermé de peintures du maître? Quelques dessins à la plume ont seulement cette origine. C’est du cabinet formé par le jurisconsulte Faesch que proviennent les deux scènes macabres, et un certain nombre d’excellents dessins. Les tableaux religieux de Hans Baldung, que possède le Musée, sont des dons relativement récents.
Les deux peintures, où la Mort est en scène, paraissent être des morceaux détachés d’une suite et font pendant, malgré quelques différences dans les dimensions. Ici, la Mort est retracée appliquant sa mâchoire sur les lèvres charnues d’une femme grasse et mûre, qui se tient debout, presque nue. S’approchant par derrière, donnant par surprise son funèbre baiser, la Mort saisit en môme temps les cheveux de sa victime. Celle-ci, dans une pose abandonnée, essaie en vain de ramener sur elle le linge dont elle est à demi couverte. La blancheur molle et nacrée de sa peau fait une admirable opposition aux tons de vieil ivoire du squelette, contre lequel elle ne peut se défendre. Sur le crâne de la Mort, on aperçoit encore une petite touffe de cheveux blancs, qui semble éternellement vivace; le jarret sec tendu en avant, ayant, dirait-on, une jambe de faune ou de diable, elle pousse sa proie vers le sol, où apparaît une tombe entrouverte.
Dans le second tableau, la Mort est représentée saisissant une jeune fille, qui se montre également dans sa nudité, et qui joint les mains d’une façon suppliante, se désespérant sans doute d'être enlevée si lût. La jeune personne a aussi senti les doigts décharnés s’abattre dans sa longue chevelure, qui retombe, dénouée. Elle a entendu retentir à scs oreilles cette formule impérative : Tu dois y venir à ton tour , et elle a aperçu sa sépulture1. Elle sera moissonnée dans