‹ Le musée de Colmar. Martin Schongauer et son écoleChapitre 15 sur 48 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Opinion de M. Engethart sur le retable d*Issenheim. — Enigme toujours insoluble. - Visite de M. Alfred Michiels à la galerie colmarienne, en 1837. Il attribue à Albert Durer les tableaux du retable. Son opinion sur le goût artistique des habitants de Colmar. — M. de Quandt, conservateur du Musée de Dresde, et la colère du père Reichstetter, bibliothécaire de la ville.

Voici maintenant un .autre document qui concorde avec Tappréciatîon du connaisseur anonyme dont je viens de citer Topinion. C'est un article publié dans le KunstUatt du 28 décembre 1820 (No 104) par M. E. M. Engelbardt et intitulé Altdeutsche Qemœlde zu Kolmar,

M. Engelbardt, qui a visité ces tableaux au mois de septembre 1*820, s'exprime ainsi :

a La ville de Colmar a l'avantage de posséder quelques perles de l'ancien art allemand, que nous avons contemplées récemment, pendant une visite beaucoup trop courte, à notre gré, et dont la vue ne nous a pas procuré moins de plaisir que celle de la nature grandiose de la ^chaîne des Vosges qui se trouve à proximité.

« Ces tableaux, exposés dans les galeries du beau local de la bibliothèque publique, sont, pour la plupart, placés dansun jour favorable.

« Ce qui attire et enchaîne avant tout le regard, c*est une œuvrs d'Albert Durer, un retable provenant de l'église des Antonites d'Issenheim : il ne porte pas sa signature, mais on y trouve l'empreinte de son génie. »

Suit une description enthousiaste des peintures de ce retable et des œuvres attribuées à Schongauer.

Continuons de citet, sans parti-pris, les documents que nous avons sous la main. C'est un fait remarquable que cette attraction exercée depuis tant d'années, par cette galerie de vieux maîtres, sur tous les hommes qui ont étudié les origines de l'art. La réputation dont elle jouit en Europe est pour elle un brevet de noblesse. On me pardonnera donc de m'étendre, trop longuement peut-ôtrç, sur les

;appréciations qui abondent, mais qui, malheureusement, n*ont point (doenné, jusqu'ici, une solution satisfaisante de Ténigme qui plaae £ur .k plupart des tableaux de la galerie. La vérité se fera jour peut- ^tre,'iîïuand des recherches bien dirigées seront parvenues à exhumer «de la poudre des archives conventuelles les documents qui ont itrait^UE .altistes employés par les communautés religieuses à décoicer (leurs H^^Iîfies. Jusque-là on ne peut que réserver son jugement, ttout^enjiespecitaiit les convictions des écrivains autorisés qui se sont 4Qniié la miasaon du vulgariser la science du beau.

iPami ksfloaaiitres de la critique d'art qui ont élargi Thorizon des irechencbes, àioèCé de Passavant, de Bartsch, de de Quandt, nous ne •devooHS pas «anbËer de citer le savant auteur de Y Histoire de la peiMufie fkaaM/mét^ M. Alfred Michiels, dont Tceuvre, d*\me si haute portée lesthélâ^e^ a produit une véritable sensation, par les aperçus meaifs qu^leicoaûent, par Tabondance des matériaux qu'elle verse 4ans le domaiLEie de lactique.

M. AI£red Al^hiek^i v^ cette galerie, il y a bien longtemps déjà. En relisant :^s Impres^ns qu'il a publiées dans le feuilleton du journal le Temfs^ du 26 août 1837, sous les initiales A. M., il les modiôecait peut-être «t «urtout il n'accuserait plus Colmar de méconnaître les trédoi'S artîsliques que possédait alors sa bibliothèque. Peut-èt]>e même l'expmpriaûon forcée pour cause d'utilité publique qu'il proposait d'jippli«quer à ces œuvres, ne lui paraîtrait-elle plus justifiée par les inotifis qu^il invoquait alors dans cette spirituelle boutade que nous exhumons sans rancune et dans le seul but de mettre sous les yeux du lecteur le résumé des appréciations diverses dont la galerie colmarienne a été Tobjet.

L'éminent écrivain affirmait alors que cette galerie renfermait treize tableaux d'Albert Diu'er et dix-'huit de Martin Sohœn. Il les décrit avec une conviction passionnée, avec une verve entraînante qui fait passer dans son style le coloris des peintures qu'il admire. En parlant du Christ mort sur la croix, il doute que l'on puisse trouver une scène exécutée avec une si épouvantable énergie. Il attribue à Albert Durer les huit tableaux des triptyques d'Issenheim, décrits plus haut, et cinq autres peintures qui émanent manifestement du pinceau de Schongauer.

a Ces pages d'Albert Durer , dit M. A. Michiels, ont eu du

« malheur. Personne ne les voit, personne n'en dit mot. MM. Schweighœuser et de Golbéry les ont oubliées dans leur grand ouvrage « sur TAlsace. Fiorillo les ignore complètement. Enfin M. Kugler « qui a publié, cet hiver, une histoire de la peinture allemande, ne « soupçonne pas môme leur existence. Tout prouve, néanmoins, a qu'Albert Durer en est Fauteur. Le dessin, la composition, la cou- « leur, le millésime et le chiffre du peintre (1 ) ne laissent aucun « doute à cet égard. La tradition confirme leur témoignage, et si, la <K plupart du temps, elle est menteuse, on peut se ûer à sa véracité « dans le cas présent ; le fait qu'elle atteste ne lui a été confié que « depuis quarante années. »

Je continue à dépouiller mon dossier et je trouve, dans Tordre des dates (24 septembre 1840 — Kunstblatt, N*> 77), un compte rendu de M. de Quandt, le savant conservateur du musée de Dresde qui, lui aussi, est venu à Colmar, attiré par la réputation de ces vieilles peintures. « On me montra, dit-il, comme le trésor le plus curieux de cette collection, quelques retables queTancien bibliothécaire attribuait à Durer. » Après une description sommaire de Toeuvre, Téminent connaisseur déclare qu'elle est le rêve fiévreux d'un peintre doué d'une imagination brillante, dans lequel le grotesque [fratzenhaftes] coudoie l'onction et forme avec elle un horrible mélange. « Je me hasardai, ajoute-t-il, de faire observer que ces tabeaux étaient conçus et traités dans un sens tout opposé à la manière de Durer et qu'ils me rappelaient celle de Baldung Grien par la vigueur, la liberté de l'exécution, la puissance du coloris et surtout le caractère fantastique du paysage dans le tableau de Sainte Antoine ; là-dessus le vieux bibliothécaire fut saisi d'un accès de violente colère. »

(1) Je ferai remarquer, en passant, qu'aucun de ces tableaux ne présente la moindre trace d'un monogramme, d'une signature ou d'un millésime.

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