‹ Le musée de Colmar. Martin Schongauer et son écoleChapitre 5 sur 48 · HO · texte numérisé non relu

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ruginOy le Parmesan, Ange de Fiesole^ Paul Véronêse, le Corrége, Pietro di Cortone, le Caldbrèse. Ea Allemagne, nous avons Texemple de Lucas Sunder, connu sous le surnom de Cranach, qui est le nom de sa ville natale.

Celte note, écrite il y a trois ans déjà en vue d'une réédition de mon travail, concorde parfaitement avec l'opinion émise par M. Woltmann, dans son dernier travail sur le musée de Golmar.

Passons sur ces détails, quoiqu'ils ne soient point sans importance. Ce qui nous préoccupe avant tout, c'est l'œuvre, c'est l'idéal du peintre, c'est l'influence exercée par cette belle nature d'artiste qui a laissé après elle une longue traînée lumineuse.

Élève de Roger Van der Weyden, le vieux, Schongauer fut un adepte de l'école flamande qui eut pour chefs les frères Van Eyck. Nous en trouvons le témoignage dans une lettre écrite le 27 avril 1565 par Lambert Lombard, peintre flamand, à Vasari, le célèbre auteur deVJIistoire des Peintres. Cette lettre, qui doime à Schongauer le surnom de Bel Martino, l'apprécie surtout comme graveur. Nous y voyons ce passage : « Il n'atteignit jamais l'excellence de Roger K dans l'art de peindre, puisqu'il s'occupa plus particulièrement de « l'art de graver au burin. Ces gravures parurent alors merveilleuses « et se maintiennent encore en considération auprès de nos artistes « actuels, car, bien que ses œuvres soient un peu sèches, elles ne tt manquent pas d'une certaine excellence. »

« Si, d'un côté, nous considérons ses gravures, on ne peut y mé- « connaître l'influence de l'école de Van Eyck, et cela est surtout le « cas pour quelques pièces qui portent tout à fait l'empreinte de la « manière de Roger Van der Weyden, le vieux, qui mourut en 1464, « à Bruxelles. A celles-ci appartient, entre autres, l'estampe de la « Vierge au Perroquet, qui semble être en même temps une des « premières gravures de Schongauer, car, bien qu'elle soit d'une « grande finesse de travail, elle ne montre pas encore cette force et « cette liberté dans la conduite du burin, que nous rencontrons, par « la suite, dans presque tous ses autres ouvrages (1). »

Nous trouvons le type des anges de Schongauer dans le tableau de la Salutation angéliçue, au Musée du Louvre, où il est classé

(1) Carteygio d'arûisti, tom. III, p. 477.

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parmi les incounus de l'école ilamaude du xv" siècle (N» 595). Ce lableau était attribué par les anciens inventaires à Lucas de Leyde, mais, selon M. F. Villoi, il semble appartenir plutôt à l'école de Mcmling.

L'iniluence de Roger Vau der Weyden sur l'œuvre entière de SchoQgauer étant désormais un fait acquis à la critique hi'^torique • et démontré par le rapprochement des œuvres des deux maîtres, il esta propos de noter ici, d'une manière succincte, les documents que nous possédons sur la personnalité et l'activité artistique de Roger. Nous les trouvons dans la notice publiée par M. .\lcxandre Pincbart, archiviste au Dépôt national de Belgique, à Bruxelles, inli-

tulée : Analyse stcccincûe des découvertes de documents contemporains et authentiques faites de 1846 à 1863 relativement à Roger de le Facture dit Roger Van der Weyden.

M. Piuchart a découvert dans les archives communales de Tournai un registre de 277 feuillets, dont les vingt- trois premières pages sont remplies par une Charte de Charles VII , roi de France, — car Tournai faisait alors partie des États de ce prince, — qui est datée de Bourges, juin 1424, et autorise la reconstitution des bannières des corps de métiers de la ville. Au folio vi, il est dit que Rogelet de le Pasture, natif de Tournai, commença son apprentissage le 5 mars 1424, chez le peintre Robert Campin, et qu'il fut admis à la franchise du métier des peintres le 1®^ août 1432.

Le véritable nom de cet artiste est donc Roger de le Pasture, nom essentiellement français. Pendant son séjour à Bruxelles, dans les États du duc de Bourgogne, son nom a pris la forme flamande de Rogier Van der Weyden qui en est la traduction littérale. L'article le était alors indifféremment masculin ou féminin. Sa femme s'appelait Elisabeth Goffart, nom ù'ançais également. La date de naissance de Roger remonte à 1399 ou 1400, il est mort le 18 juin 1464. Il fît un voyage à Rome en 1450. Barthelemi Facius (De Viris illustribus) l'appelle Rogerius Gallicus ou Roger le Gaulois et ajoute qu'il était disciple de Jean le Gaulois (Jean Van Eyck). On suppose non sans raison que Roger a travaillé à Bruges, dans l'atelier de Jean Van Eyck, peintre officiel du duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Les œuvres de Roger avaient acquis la même vogue que celles de Van Eyck, et comme les tableaux des deux artistes avaient des airs de famille qui tenaient aux principes suivis dans les divers ateliers des Pays-Bas, il n'est pas étonnant que les Italiens aient cru pouvoir rattacher Van der Weyden à Van Eyck.

, Dans son voyage aux Pays-Bas, Albert Durer raconte qu'il a visité à Bruges l'hôtel de l'empereur Charles-Quint, où il a vu la chapelle peinte par Rudiger (Roger) et la peinture d'un grand maître ancien.

Robert Campin était un artiste fort médiocre, espèce de peintre . d'enseignes et de bannières. Roger n'a donc pu apprendre chez lui que les procédés rudimentaires et pour ainsi dire matériels de la peinture : il n'est pas étonnant, dès lors, qu'il ait cherché à se perfectionner dans l'atelier de Van Eyck.

On s'est beaucoup occupé, dans ces derniers temps, de recherches historiques sur les peintres et les graveurs primitifs de l'école flamande.* En dehors de la grande œuvre d'érudition de M. Alfred Mi- . chiels, Y Histoire de la Peinture flamandey il a paru de nombreuses dissertations qui éclairent d'une lumière nouvelle ce sujet si intéressant des origines de Tart dans les Pays-Bas. J'ai sous les yeux un petit livre publié à Liège en 1874, sous ce titre : Lettre de Lombard à Vasari. Notes sur la première école de gravure. Cette brochure, a paru sans nom d'auteur, mais je crois savoir qu'elle émane de M. le baron de Wittert; elle fait ressortir l'ancienneté de l'école liégeoise de gravure, la grande vogue dont elle a joui dès le milieu du XY* siècle, les artistes éminents qu'elle a produits et le rayonnement qu'elle a exercé sur les pays voisins et même sur l'Italie. Selon Fauteur, celte école aurait été reconstituée, sous une forme académique, parle peintre flamand Lambert Lombard à son retour d'Italie, où il s'était lié d'amitié avec Yasari et où son génie avait subi la séduction de l'art antique. Sa lettre à Vasari est un document historique d'une grande importance, en ce sens qu'elle fait voir le rôle prépondérant que jouaient alors en Europe l'école belge et l'école italienne.

a C'est un contemporain qui parle*, qui écrit. Cette lettre de Lombard est d'autant plus positive, d'autant plus irréfutable qu'elle est adressée au premier historien de l'art qui pouvait si bien contrôler les assertions de son correspondant,

« Lombard fait venir tout l'art allemand des Van Eyck et de Roger Van der Weyden. Après 1400, dit-il, d^ns notre pays et dans toute l'Allemagne, sont Roger et Jean de Bruges. Ensuite se lève le Bel Martin, traduction de Martin Schœn, qui prouve seul un long séjour dans une province française de la Belgique. Durer même, selon lui, dérive directement de cette école par Martin Schœn, élève de Roger. Lombard ne dit pas que Durer reçut directement des leçons de Roger ou de Schongauer, mais il affirme seulement qu'il fut leur disciple. Cette filiation de Martin Schœn et dé Roger était déjà devinée par les artistes. Elle a été surtout exposée avec beaucoup de science et de goût par M. le comte de Laborde et M. Galichon. Elle résulte, en effet, de la comparaison de leurs œuvres. Elle est aujourd'hui évidente, indéniable et acceptée dans l'histoire des

arts. C'était par son père que Durer appartenait déjà à Técole rogerienne. Le vieux Durer, né en Hongrie, près d'Agram, avait seulement quitté l'atelier de Roger à labdication du prince-évèque de Liège Jean de Hinsberg, en 1455. Les savants soupçonnent encore qu'Albert Durer, le grand artiste de Nuremberg, vint lui-même bien jeune, à dix-huit ans, faire ses études en Belgique, de 1490 à 1494. Remarquons que, d'après le texte de Lombard, c'est aussi comme graveur que Martin Schongauer est élève de Roger.

« M. Galichon a montré combien le génie de Schongauer est étranger à l'art allemand, combien il reste toujours belge et prépare déjà Téeole de Bruges, comme il touche même à la PVance parce que Liège était alors, selon M. Michelet, la France. » (Notes sur la première école de gravure^ Liège. 1874, Gothier, éditeur.)

Après le sac de Liège par Charles le Téméraire, en 1468, les peintures liégeoises les plus précieuses prirent le chemin de la Bouigogne. Paradin dit que les soldats bourguignons enrichirent toutes les églises de leur pays des reliques et dépouilles de Liège. [Les Preux et la gravure à Liège en f444, Gothier, éditeur, 1874.)

Quelques œuvres de Roger Van der Weyden se trouvèrent sans doute au nombre de ces dépouilles opimes. Nous ne savons si c'est à cette occasion que Téglise de Beaune (Gôte-d'Or) acquit le magnifique retable qui la décore, une des œuvres les plus remarquables dues au pinceau de Roger.

Le Louvre ne possède qu'un seul tableau de ce maître : il est admirablement conservé et peut servir de type pour l'appréciai iou de l'esthétique du peintre flamand. C'est une Mater dolorosa ou Pietà, La Vierge, assise au pied de la croix, tient sur ses genoux le Christ mort dont la tète est soutenue par saint Jean ; Marie-Madeleine est agenouillée à la droite de la Vierge; au fond, un paysage accidenté au miheu duquel se voit une ville fortifiée, traversée par un cours d'eau.

J'ai dessiné ce sujet, d'après le tableau original, et j'en mets la gravure au trait sous les yeux du lecteur, pour lui permettre de se rendre un compte exact des affinités incontestables qui existent entre la manière de Roger et celle de Schongauer. Ce tableau a été pour moi l'objet de longues contemplations, et chaque fois que je le regarde, je me trouve fortifié davantage dans la conviction que, non-

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