I. M"« Clairon, Mémoires op. cil., [i
B6 LE MUSÉE DE LA COMÉ'OIE-FUÀ.NÇ.USE
au spectacle, sur un feuillet d'album, des ligures ou des attitudes, ce n'est pas pour les transporter ensuite au milieu de décors de rêve et les disposer suivant le caprice d'un arrangement joli. Sans doute, sa Joye du thèastre rappelle quelque peu cette manière, avec infiniment moins de poétique envolée; mais c'est là une exception, et, d'ordinaire, quand il peint une
GRANDVAI,
scène théâtrale, il le fait avec une vérité qui surprend clicz cet aimable conteur de galantes anecdotes. Veut-on des exemples? A l'Académie royale de musique, ce sont les portraits des deux étoiles rivales de la danse, M"' Salle et M 11 ' Camargo; à la Comédie-Italienne, c'est toute la troupe groupée dans une composition charmante, et c'est aussi un jeu de scène entre Thomassin et M"* Silvia; à la Comédie-Française enfin, c'est une des scènes du Philosophe marié de Destouches (1727), précédant de quel-
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ques années un autre tableau dans lequel il réunit les quatre principaux interprètes du Glorieux : Grand val et Quinault-Dufresne, M Ile Labatte et M l,e Quinault la cadette (1732) '.
Ces deux dernières peintures sont aujourd'hui perdues, et c'est sur les belles gravures de Dupuis, que Jules Bonnassies a pu faire l'identification des personnages et démontrer que ce sont bien lft des portraits et non pas des figures de fantaisie. Reprendre par le menu les raisonnements qui ont amené le critique à cette conclusion, c'est pour nous chose inutile : il suffira de rappeler que les portraits de M lle Labatte et de Jeanne-Françoise Quinault se reconnaissent aisément sur les deux estampes, et qu'une comparaison faite entre l'acteur qui joue Valère dans le Glorieux, et le portrait de Grandval dans un parc, peint par Lancret en 1742, révèle sans conteste l'identité du personnage.
Ce portrait de Grandval appartient aujourd'hui à M. Groult : il a eu plus de chance que celui de M lu Grandval en naïade, exposé par Geuslain au Salon de 1742 et dont on a perdu la trace par la suite; deux fois plus de chance môme, car Le Bas nous a laissé une très belle estampe de l'œuvre séduisante, où le joli homme — j'allais dire le gentilhomme — qu'était Grandval se campe avec élégance dans une allée de jardin, tenant son tricorne sous le bras droit et un livre dans la main gauche*. L'acteur avait débuté tout jeune, en 1729, sous les auspices d'Adrienne Lecouvreur : le costume et le maintien nous rappellent qu'il sut incarner à merveille les petits-maîtres d'alors, et si la fontaine monumentale qu'on aperçoit derrière lui est ornée des statues de Melpomène et de Thalie, c'est pour nous
1. La scène du Glorieux est, suivant l'indication du graveur, la scène 3* de l'acte III. Celle du Philosophe marie est, suivant J. Bonnassies, l'avant-dernière de l'acte V (et non la
dernière, comme l'indique la gravure). Les personnages représentés sont, de gauche à droite : Mélite (M 110 Labatte), Damon (Legrand fils ou Duchcmin fils), Céliante (M ,,c Quinault la cadette), Ariste (Quinault l'aîné), Finette (M lle Legrand), Géronte (Duchemin père', Lisimon (Claude- Charles DangeviIIe\ — Voir l'excellente réédition, annotée par Jules Bonnassies, de la Lettre à M y lord *** sur Baron et la D n ° Lecouvreur, de l'abbé d'AIlainval, et de la Lettre du souffleur de la Comédie de Rouen au garçon de caffé y par Du Mas d'Aigueberre (Paris, L. Willem, 1870, in-16\ p. 47, n.
2. Le Mercure d'avril i7o.*> (p. 136; annonçait la mise en vente de cette gravure de J. Le Bas, au prix de trois livres, et faisait remarquer que le portrait était de même grandeur que celui de M ,,e Camargo, peint par Lancret cl gravé par Laurent Cars. En mars 1733 (p. îiïil), le Mercure donnait la même indication à propos de l'apparition du portrait de M ,l ° Salle, peint par Lancret et gravé par N. de Larmessin. C'était comme une galerie théâtrale que ces estampes de même format, d'après les tableaux de Lancret.
faire souvenir que Grandval, chef d'emploi à trente ans et successeur de Quinault-Dufresne, joua indifféremment, jusqu'à la réception de Lekain (1752), les premiers rôles de comédie et de tragédie, pour ne se retirer qu'en 1762 1 .
Il est d'ailleurs le seul, parmi les personnages représentés sur les deux gravures de Dupuis, dont nous possédions un portrait en dehors de ces gravures : ni Quinaull l'aîné, ni Quinault-Dufresne, ni la charmante M ,,e Labalte, ni l'insignifiante M lle Legrand, ni M 110 Quinault la cadette, la tendre et malicieuse amie de Piron, la spiriluelle présidente de la « Société du bout du banc », ne nous sont autrement connus. Encore faut-il se féliciler de ce que les estampes du Philosophe marié et du Glorieux les aient ainsi réunis, car il en est d'autres pour lesquels une indication analogue serait la bien reçue :• je me contenterai de citer, par exemple, la belle M ,lc Quinault l'aînée, mariée secrètement au duc de Ne vers et morte centenaire en 1790; M 11 " Balicourt, cousine des Quinault — et, comme telle, en fort mauvais termes avec Adrienne Lecouvreur — qui, bien que formée par M ,lc Desmares, suivit plus tard les sages conseils de Baron; et M ,,e Gautier, enfin, dont Baron conservait un portrait dans son cabinet de l'Estrapade*. Comédienne, poétesse et miniaturiste, M 110 Gautier avait été reçue le môme jour qu'Àdriennc Lecouvreur et, comme elle jouait les mêmes rôles que celle-ci, les Quinault se servirent d'elle pour faire pièce à leur ennemie. D'ailleurs, M ,u Gautier était un peu de la famille, par suite de sa liaison avec Quinault-Dufresne. Ils vécurent môme quelques années ensemble, mais, en 1723, l'actrice ressentit un si vif chagrin de se voir délaissée par le beau comédien, qu'elle dit adieu au théâtre, pour se réfugier, deux ans plus tard, aux Carmélites de Lyon, terminant ainsi sa vie comme avait commencé la sienne son camarade Claude Sarrazin, à qui la rencontre d'une comédienne de campagne avait fait autrefois jeter le froc aux orties.
i. Une petite gouache de la suite Fesch et Whirsker le représente sur la iln de sa carrière, avec M mo Préville, dans une scène du Mariage fait et rompu. Elle a été gravée dans les Souvenirs et les regrets du vieil amateur dramatique, d'Arnault, en regard de la page 209.
Une partie de la suite des petites gouaches de Fesch et Whirsker, gravées pour l'ouvrage que nous venons de citer, nous sont parvenues en originaux. Le musée de la Comédie-Française en possède dix-sept, dont les personnages ont été identifiés, et le Cabinet des estampes trentedeux, où l'on ne trouve, au-dessous des figures, que l'indication des rôles.
2. Voir G. Monval, un Comédien amateur d'art, op. cit., p. 15. « Un tableau peint sur toile représentant M lle Gautier », prisé 18 livres dans l'inventaire après décès du comédien.
l.A TROUPE DE VOLTAIHE
Deux ans après cette rupture, Quinault-Dufresne épousait Catherine Dupré — au théâtre, M"" de Seine — dont le gracieux minois a fossettes a tenté par deux fois le pinceau d'Aved. Encore des tableaux disparus, dont