‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 13 sur 145 · DE SEINE · texte numérisé non relu

DE SEINE

Fcssanl, d'après A

il nous resle, par chance, d'excellentes gravures, l'une de Fessard, l'autre de Lépieié '. Ici, c'est Dû/on éplorée, un peu trop théâtrale d'attitude, mais

1. Sans parler naturellement du lableau de Chaplin, d'après la l'aine appuyée tur un balvon, peinl en 1BS3 d'après Aved, et runscrve ù la <:onn , die-Frani , ai<M\

sobrement vêtue et sans vain étalage de falbalas ni de bijoux, qui s'appuie au fatal bûcher et serre encore en sa main droite le poignard dont elle vient

de frapper sa gorge nue; là, c'est une coquette Dame appuyée sur un balcon, — comme disait sans plus de détails, le livret du Salon de 1748; en déshabillé clair, la chevelure relevée, l'ueil gai , la bouche rieuse, on la voit à rnicorps, derrière la balustrade sur laquelle elle s'accoude, tenant sur un coussin son petit chien favori.

Plaisante opposition que ces deux images ! Nous avions déjà vu le portrait de théâtre et le portrait touteourt retracer la même physionomie d'actrice; à côté d'Ariane et de Cornélie, voilà Didon ; à côté de Marie-Anne de Châteauneuf-Duclos et d'Adrienne Lecouvreur, voilà Catherine de Seine. Le cas dej-it. Lkmoïne. - M". DANGEVH.LE viendra de plus en plus

BuBio mm*™ fréquent désormais, à mo-

(Conifdio-FmnijBisB). sure que la comédienne

pénétrera davantage dans une société qui maintenant lui fait fêle, et que son visage de femme sera aussi connu que son masque d'actrice; à mesure enfin que les peintres apporteront un plus réel souci d'intimité dans la représentation de leur modèle : et ceux qui s'extasieront devant le portrait de M"° Salle dansant,

peint par Lancret en 1732, ne seront pas les derniers à porter aux nues le portrait de la même ballerine « habillée comme elle est chez elle », exposé par La Tour au Salon de 1741.

Aussi bien, toutes ces figures de La Tour, auxquelles on a voulu faire un reproche du sourire léger qui est comme leur marque commune, toutes ces figures ne se présentent-elles pas h nous comme elles étaient chez elles, et une simple « préparation » du maître portraitiste — prenons comme exemple celle de M llc Dangeville, pour rester dans le monde du théâtre — ne nous en dit-elle pas aussi long sur un caractère, que telle grande « peinture à accessoires » de la même époque?

Oui, certes. Pourtant, quand il s'agit d'une comédienne, il ne nous suffit pas de sa voir comment elle est habillée chez elle; nous aimons encore qu'on nous la montre sous le jour factice et trompeur de la rampe. Aussi, à un certain point de vue, le joli portrait de M ,,ft Gaussin, qui appartient à M. le comte d'IIaussonville, peut-il être regardé comme un moyen terme : il est communément attribué à JN'attier, ou à quelque habile artiste employé par ce peintre, — Hubert Drouais peut-être 1 — et cela revient à dire que si le costume, de nuance adoucie, a la simplicité d'un déshabillé, le visage y est trailé de façon à laisser croire que l'actrice a pris la pose en sortant de scène, sans se donner le temps d'enlever son rouge. Après tout, Nattier, qui nous a si scrupuleusement renseignés sur le maquillage de Mesdames, filles de Louis XY, ne pouvait moins faire pour « cette petite innocente de Gaussin »; et si nous ignorions que l'Amour avait fait naître la créatrice de Zaïre, — dont Voltaire et Diderot ont célébré le jeu de grâces ingénues, la voix au son intéressant et les grands yeux noirs qui parlaient à l'âme, — « pour prouver que la volupté n'a pas de parure plus piquante que la naïveté », ce portrait-là suffirait à nous l'apprendre * !

D'ailleurs nous n'en possédons pas d'autre de M 1Fe Gaussin; aussi, d'avoir

1. Le Nécrologe des hommes célèbres de France (année 1168, p. 192) dit que, parmi les portraits les plus remarqués d'Hubert Drouais, « on admire surtout, entre autres, celui de M 116 Pélissicr, célèbre actrice de l'Opéra, gravé par Daulé, et ceux des D llM Gaussem [Gaussin] et Camargo... * Le môme Nécrologe nous apprend en outre que Drouais travailla chez de Troy, et, après la mort de cet artiste, chez Van Loo et chez Naltier.

Peut-être faudrait-il donc revendiquer, pour Hubert Drouais, la paternité de cette peinture, dont la Comédie-Française possède une réplique?

2. Voltaire, en 1764, parlant des « talents naturels » de M ,le Dumesnil et des « talents

eu comme peintres Pater, La Tour et Yigée le père, et Lemoyne comme sculpteur, c'est une particulière bonne fortune pour M Ile Dangeville, « Tinimitable », comme on rappelait, la comédienne « si pleine de finesse et de vérité, qui renfermait en elle seule de quoi faire la réputation de cinq ou six actrices, cette favorite des Grâces à laquelle personne ne pouvait ressembler, puisque dans tous les rôles elle ne se ressemblait pas ellemême ».

L'éloge est de Voltaire: il fut prononcé en 1763, au moment où l'actrice se retirait du théâtre et, en toute franchise, il lui était bien dû par celui qui avait si rudement et si brusquement orienté sa carrière. En effet, dès que s'était affirmé le succès de Marie-Anne Botot-Dangeville dans la tragédie, Voltaire lui avait porté lui-même le rôle de Tullie de Brutus, qu'elle joua d'original en 1730 : la tragédienne avait seize ans, le rôle ne valait pas grand'chose et la pièce tomba, dès le premier soir, sous les coups d'une cabale. L'auteur, mécontent, atlribuant cet insuccès à son interprète, lui retira aussitôt le rôle qu'il l'avait instamment priée de créer, et l'artiste, dépitée, ayant juré dès cet instant qu'elle renonçait pour toujours au tragique, n'en démordit point.

Elle incarna donc Lisette, Finette et Marlon, en exemplaires innombrables, c'est-à-dire la soubrette maligne, aguichante et rieuse du pastel de La Tour et du buste de J.-B. Lemoyne 1 ; elle fut la Colette des Trois Cousines, et certain pastel un peu froid de Vigée le père (à la Comédie-Française) la représente en ce môme costume de pèlerine dans lequel M Uo Desmares, sa tante, avait été jadis dessinée par Watteau; elle fut, en un mot, la Thalie changeante que Voltaire a dite et que Paler a peinte,

acquis » de M ,lc Clairon, écrivait {Œuvres complètes, éd. L. Moland, t. XL11I, p 11 V, : « Je me souviens qu'autrefois cette petite innocente de Gaussin me disait tout doucement : « Allez, allez, M 110 Clairon sera une grande actrice, mais ne fera jamais pleurer ».

Et M lle Clairon, qui n'oublia pas cette malice le jour où elle écrivit ses Mémoires [Op. cit., p. 48-49), s'en vengea en donnant de M lle Gaussin le portrait que voici : « M ,,e Gaussin avait la plus belle tête, le son de voix le plus touchant possible; son ensemble était noble; tous ses mouvements avaient une grâce enfantine à laquelle il était impossible de résister. Mais elle était M lu Gaussin dans tout ; Zaïre et Rodogune étaient jetées dans le môme moule : âge, état, situation, temps, lieux, tout avait la même teinte. »

1. Ce pastel de La Tour est perdu, mais il en existe heureusement deux préparations : Tune est au musée de Saint-Quentin; l'autre appartient aujourd'hui à M. le comte de Camondo. après avoir fait partie de la collection Goncourt. — Le buste en marbre de M He Dangevilh», par J.-B. Lemoyne, exposé au Salon de 1711, est aujourd'hui à la Comédie-Française.

minaudant au mil ion « de petits génies habillés de différents habits comiques' », c'est-a-dirc une très complote et très parfaite actrice de coiné-

M"' GÀIS8IN

die. Ce titre doit lui suffire, et déplorer qu'elle n'ait jamais consenti à

1. Ce tableau est perdu: il n'en reste qu'une Iri-s belle gravure par Le Ban. — Nous donnons en hory-tcxle une re production du pastel de Vigée le père.

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apprendre un rôle de tragédie, sous prétexte qu'elle serait peut-être devenue, pour M" Dumesnil et M"" Clairon, une rivale dangereuse, c'est là vraiment regret superflu ! A supposer même que sa renommée eût pu y trouver son compte, qui donc serait assez naïf pour soutenir que M"* Dangevilie eût été capable d'entraver le développement de deux tempéraments artistiques tels que ceux dos deux plus célèbres tragédiennes du xviii" siècle? Vit-on jamais antithèse plus complète et personnalités plus tranchées?

M"" DUMESNIL, dans «Atiialie.

Sn'no <lu Sonjfi., nclc IT, sitfiw 5

d'iprtl une gravure. tirAo dos Miiiii\orphuiu de Mclpûmine et rfc Thalle.

Entre M"* Dumesnil et M ,lc Clairon, bien plus qu'entre M"" Lecouvreur el M" Duclos autrefois, bien plus qu'entre M"* Duchesnois et M 1 " George par la suite, les causes de rivalité et d'inimitié étaient nombreuses, profondes, irrémédiables : rien ne leur fut commun, ni le physique, ni le caractère, ni l'idéal dramatique, ni les moyens d'y atteindre!

Dans un chapitre de ses Mémoires* — on devrait plutôt dire : de son Apologie, — M"' Clairon s'est chargée de nous brosser à larges touches un portrait de M"* Dumesnil, savant mélange de louanges et de perfidies, où l'on

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