‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 14 sur 145 · Op. cit., i>. 101 els · texte numérisé non relu

Op. cit., i>. 101 els

Mi> CLAIRON, n*Ns u Méi.ée

(Collections rtn 1'tmpercur [l'Allcmn^nr).

trouve pourtant quelques noies justes à retenir, pour peu que 1 on se rappelle quel était le système particulier à chacune des deux rivales, dont Concourt, après Voltaire, a justement défini le talent, quand il a dit que Tune était « une actrice toute d'étude et d'art », et l'autre « une actrice toute de tempérament ». En effet, alors que M He Dumesnil se livrait tout entière aux inspirations de la nature, se lançait à bride abattue dans les tirades, pour n'insister que sur les passages les plus pathétiques, et s'oubliait en scène jusqu'à courir — ce qui n'élait pas une petite infraction à la tradition sacrosainte, — alors qu'elle se présentait, celte sibylle agitée par le dieu, comme la véritable négation de la tradition, M lle Clairon s'en affirmait au contraire l'instaura trice. Son art était fait d'étude acharnée, d'analyse méticuleuse, et quand elle avait sondé un rôle à fond, en le disséquant mot par mot, merveilleusement sûre d'elle-même, elle pouvait régler son débit à son gré, mettre en valeur ce qu'elle jugeait digne de « porter », et proportionner ses mouvements et ses gestes, soigneusement arrêtés à l'avance, à l'effet qu'elle voulait obtenir ; en vérité, s'il est vrai que « le génie est une longue patience », elle fut certainement une actrice de génie.

Non, vraiment, elles n'eurent rien de commun, ces deux reines de théâtre, sauf leur fin, peut-être, qui fut également misérable : M llc Dumesnil avait quitté la scène en 1776, après trente-neuf ans de services; M I,C Clairon, entrée au théâtre six ans après sa rivale, était partie sur un coup de tête, dix ans avant elle, et toutes deux moururent la môme année 1803, dans le plus affreux dénuement.

Pour ce qui est de ses portraits, M Ue Dumesnil n'a pas été trop bien partagée. Il ne nous est guère resté d'elle qu'une peinture de Nonnotte, conservée à la .Comédie-Française, qui la représente en pied, dans le rôle d'Agrippine, et où l'on ne s'étonnera pas de lui voir une robe rouge à paniers, car, au contraire de la Clairon, le souci de la vérité du costume ne la tourmenta jamais. On peut préférer à ce médiocre tableau certaine gravure d'Elluin, qui nous la montre en buste, dans Athalie, avec un long visage, des cheveux relevés sur un front carré et surmontés d'un petit panache, les yeux imposants sous l'arc bien arrêté des sourcils, un nez long et mince et une bouche Irop grande, — ensemble assez disgracieux d'ailleurs. Ajoutons-y, plus pour l'ensemble de l'attitude et du costume que pour le détail de la physionomie, les petites gouaches de la suite Fesch-Whirsker, à la Comédie-

Française, et les curieuses vignettes gravées pour les Souvenirs et les regrets du vieil amateur dramatique et les Métamorphoses de Metpomène et de Thalie (en particulier, celle qui nous la montre dans A thalie).

La liste, comme on voit, n'est ni bien fournie, ni bien éloquente; et c'est tout le contraire pour M Uc Clairon, qui possède une iconographie des plus complètes et variée à l'extrême *.

Le portrait de théâtre? Ce sera la Médée, de Carie Van Loo, apparaissant dans les airs, portée par le char magique, et montrant à Jason ses enfants égorgés. Ce tableau énorme et pompeux, qui fit grand tapage, lors de son exposition, au Salon de 1759, se trouve aujourd'hui dans les collections de l'empereur d'Allemagne 1 ; mais r il nous reste, — outre l'estampe, déformât grand-aigle, par Laurent Cars et Beauvarlet 3 , — une esquisse aux deux crayons, par Van Loo, pour la tète de l'actrice (Salon de 1757), conservée à la Comédie-Française *, et une esquisse peinte, autrefois léguée par La Tour au musée de Saint-Quentin. Dessin, esquisse, tableau, gravure : voilà, pour une peinture, un rare exemple de « suite » parfaite.

Le portrait-nature? Ce sera Feau-forle de Schmidt, d'après Cochin le fils, qui découpe si nettement et accentue encore les traits de ce profil caractérisé : le front bombé, le nez mince avec sa courbure aquiline, les lèvres charnues et comme pincées, le petit menton et le cou fort. Ce sera aussi cette feuille du Livre des Saint-Aubin (ancienne collection Destailleur) où Gabriel de Saint-Aubin a, par trois fois, crayonné l'actrice, avec une incomparable maîtrise, et où apparaît, mieux que nulle part ailleurs, ce visage de grisctte

1. On la trouvera détaillée dans le répertoire alphabétique qui termine ce travail. — Voir aussi : 12. de Goncourt, Mademoiselle Clairon diaprés ses corresponda?ices et les rapports de police du temps (Paris, Charpentier, 1890, in-18), p. 477 et s.

2. 11 est mentionné par Dussioux, dans son livre sur les Artistes français à Vêtranger (Paris, Lecoflïe, 3° éd., 1876, in-8°), p. 216 et 223.

3. Le n° 269 du catalogue de la vente Julienne (1767) mentionne une petite peinture perdue, qui a échappé à Goncourt : « Un sujet de Médée et Jason, dans lequel M llc Clairon est peinte en Médée et le Sr. Lequin en Jason. Ce tableau a été fait par Carie Van Loo pour graver l'estampe au bas de laquelle est inscrit : Hippolyte de Lalude Clairon. L. Cars et Jacques Beauvarlet sculp. Il est peint sur toile de 29 pouces de haut sur 11 pouces 6 lignes de large ».

Le tableau du Salon de 1759 mesurait 10 pieds de large sur 7 de haut.

Voir sur le second tableau de C. Van Loo « propre à faire plus d'effet en gravure », et sur l'estampe de L. Cars et J. Beauvarlet, les Mémoires secrets, de Bachaumont, 10 mai et 19 août 1764 (Londres, J. Adamson, 1777, in-8°, t. II), p. 58 et 89.

4. Signalons encore, à la Comédie-Française, un portrait anonyme de M ,le Clairon, grandeur nature, en tunique blanche sous un manteau rouge, et tenant un sceptre à la main.

que M" Clairon, suivant le mot de Concourt, fut condamnée, toute sa vie, à ennoblir et à spiritualiser '. Ce sera encore le gracieux buste en marbre,

k M'" CLAIRON, i>ah Gravure de SchmiJt, d'aprt

exposé par J.-B. Lemoyne au Salon de 1761, et légué par la tragédienne a la

1. Voir la reproduction dans le Catalogue de dessina origmaur réunit en recueil, œuvres importantes des Saint-Aubin, composant ta collection de M. Hippolyte Deslailieur (Venle dos 26 et

Comédie-Française, qui en possède également la terre-cuite : le livret du Salon avait beau dire au visiteur que la tragédienne était représentée « sous Tidée de Melpomîme invoquant Apollon », il n'y eut, j'imagine, personne pour s'y laisser prendre, car devant ce visage grassouillet, agrémenté d'un nez spirituel et d'une bouche aux coins retroussés, il s'en faut qu'on évoque MolpomcMie !

Nous aurons aussi, pour Clairon, le portrait de fantaisie : un pastel de La Tour, que garde, à Poitiers, la famille Thubert, descendant du comédien La Rive, et où l'actrice, avec son chapeau de paille, son corsage décolleté et lacé, sa chemisette de gaze et ses bras nus, rappelle une bergère d'opéracomique plutôt que la créatrice d'Klectre et d'Idamé; — le portrait allégorique : la jolie vignette commandée par Garrick h Gravelot et représentant la Clairon couronnée par la Muse de la tragédie; — le portrait numismatique : la médaille de Liungberger, frappée en l'honneur de leur amie par MM. de Valbelle et de Villepinte, plusieurs fois reproduite en taille-douce, et dont le coin fait partie des collections de la Comédie-Française; — le portrait-tapisserie, dont la mode fut si répandue à la fin du xviif siècle ! ; — le portrait satirique

27 mai 18513 , n° Hi, p. 3*2. — En voici la description, tirée de Goncourt : « Dessins de Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780)... 2. Portrait de M ,,c Clairon. « Sur une feuille de papier, tout en haut, à une extrémité, une tête de femme de trois quarts tournée à gauche, avec le regard dirigé a droite.

m A l'autre extrémité, la même tête de femme encore plus de trois quarts, mais avec le regard dirigé à gauche. La femme représentée a un collier de perles qui lui fait deux fois le tour du cou et son visage est bien la figure représentée par Pougin de Saint-Aubin dans son portrait d'Hippolytc de Latude-Ciairon.

« Enfin au bas de la feuille de papier, la Clairon, des perles dans les cheveux, les épaules décolletées, les bras dans des manches bouffantes, touche de la harpe, de coté, avec la figure de face. Ce portrait est en buste, mais il est répété en pied encore, d'un autre côté du papier, dans un croqueton grand comme un domino. Au milieu de ces portraits qu'il sépare, se dresse un piédestal d'une rocaille superbe, supportant, dans une cage de verre en forme d'obélisquç, un appareil astronomique au bas duquel est écrit : On en veut 30.000 livres en 177.1.

« Sur la feuille de papier blanc (h. 23 c. X 1. *T c-\ le premier portrait de la Clairon est légèrement pastellé ; le second, exécuté à la pierre d'Italie avec quelques touches de carmin dans les cheveux, montre toute l'habileté et la puissance du maître dans un portrait du format d'une miniature, et le troisième est entièrement fait à la pierre noire avec un joli crayonnage roulant. A côté du second portrait, Gabriel a tracé avec le crayon qui l'a dessiné : Clairon, 1773. Et dans un coin de la feuille, Augustin de Saint-Aubin, de sa jolie écriture si reconnaissable, a écrit : Trois portraits de Clairon par Gabriel de Saint-Aubin, 4773. » (E. et J. de Goncourt. L'Art du xviii siècle. Paris, A. (Juantin, 1880-1884, 2 vol. in-4°, t. I, p. 428.)

1. Sur celte mode des portraits en tapisserie, voir J.-J. Guiflrcy, Histoire de la tapissei % ie Tours, A. Marne et fils, 1886, in 4°;, p. 240.

En 1773, le Salon reçoit plusieurs tapisseries de Cozette représentant les portraits en buste du Dauphin, de l'empereur et de l'impératrice de Hongrie : ces portraits appartenaient à la

enGn : les deux médailles de plomb du Cabinet des médailles. H faudrait citer

encore le portrait gravé par Pougîn de Saint-Aubin et accompagné d'une

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