‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 15 sur 145 · scène de Itfédée; le dessin de Cochin, gravé par · texte numérisé non relu

scène de Itfédée; le dessin de Cochin, gravé par

Flîpart, montrant M" Clairon assise au-dessus

d'une table élevée et servant de modèle à de

jeunes artistes ; les gouaches de Fesch et

Whirsker au Théâtre-Français; les estampes

populaires et les portraits perdus; et même,

pour être complet, l'hommage tout récemment

rendu à la tragédienne, par ses compatriotes

de Condé-sur-1'Escaut, qui lui élevèrent, en

1898, un spirituel petit monument, dans le

goût du xtiu* siècle, dû au statuaire II. Gauquié

et à l'architecte II. Guillaume. Mais n'est-ce pas

assez déjà pour indiquer combien large fut la

part de gloire de M"" Clairon?

En revanche, elle ne compta guère de sympathies, surtout parmi ses camarades non pas seulement que l'on trouvât excessif son désir de monopoliser les applaudissements

— au théâtre, c'est là un travers courant et... de tradition, — mais elle s'était montrée si violente et si jalouse, si égoïste et si orgueilleuse, pendant son séjour à la Comédie-Française, qu'on l'en vit partir sans regret. Jalouse de M" Dangeville , qu'elle avait persécutée au

point de lui faire quitter le théâtre, jalouse H guixaume bt II. GAi-gnt.

— et férocement — de M" e Dumesnil, médi- monument de m»« clairon sant de M" 8 Gaussin et blessant M" d'Oligny, e.\ cmir-sur ïEscaui;.

qui avait débuté en 17t>3 avec le plus franc

succès et qui devait elrc une des interprètes favorites de Bcaumar-

dauphine Marie-Antoinette. M. Guilïrey donne une reproduction du portrait de M 11 * (ïlniron, médaillon ovale en tapisserie îles Gobelins, qui Taisait partie de la collection Vail et |hiiï<* d'un portrait sctnldable de l.ckain sur lequel nous reviendrons quand nous traiterons des portraits de cet artiste.

chais ', elle n'avait pas fait preuve d'une moindre insolence à l'égard des acteurs, et, comme sa rancune était tenace, elle n'oublia personne dans ses Mémoires. On s'étonne seulement de ne pas trouver en ce livre singulier un portrait pire de Lekain, car, après M"" Dumesnil, c'était certainement, dans la Maison, celui que M 1 " Clairon détestait le plus. Pour être juste, convenons qu'il te lui rendait bien !

1. liions, en pansant, le gracieux portrait de cette a aujourd'hui disparue, dont il ne reste plus qu'une gravui

intéressant des hommes ». Après cela, le personnage est campé; peintures et dessins n'ont plus qu'à nous en confirmer la ressemblance.

Que l'homme était laid, on le sait par les peintures de Le Noir et le dessin de Gochin, à la Comédie-Française; par le tableau de Grimou, à

Chantilly; par une aquarelle de [Carnionlclle, qui faisait partie de l'ancienne collection Maheraull; par des portraits et des bustes dus à des artistes inconnus et conservés chez M. Mounet-Sully, chez M. Rossigneux, au musée de Soissons, etc. : tous ont rendu avec assez de sincérité cette large face taillée en force et plantée sur un cou solide, éclairée de deux yeux superbes

M"" D'OLIGNY J.-J. Ilubrr, d'aprti Michol V«n I.

et déparée par une bouche qui tombe vers le menton coupé d'une longue fossette. Littret de Montigny lui-même, qui dit l'avoir dessinée et gravée ad vivum, n'a pas atténué ce que l'ensemble de cette physionomie avait de rude et d'épais; à peine a-t-il su, par contre, mettre une flamme dans le regard, plein d'expression, au dire de Préville, et le seul avantage, suivant lui, que Lekain eût reçu de la nature*.

Donc, l'homme était laid. Mais que l'acteur pût se transfigurer en scène jusqu'à faire oublier, à force de talent, les disgrâces de son physique, c'est ce que les portraits de théâtre nous permettraient de deviner, au cas où les contemporains ne se seraient pas chargés de nous en avertir; d'ailleurs, les qualités de grandeur et de majesté qu'on peut démêler en ces figures ne sont pas toutes intrinsèques : ici, de lourds turbans ou des toques surmontées de panaches énormes, comme dans Gengis-Khan de F Orphelin de la Chine, ou Orosmane de Zaïre, viennent ennoblir le visage, un peu comme les cothurnes grandissaient les acteurs grecs ; là, des costumes amples et flottants, heureusement combinés, donnent au héros la prestance nécessaire, témoin la gravure de Lévesque d'après un dessin de Castelle (Gengis-Khan), ou les petites gouaches de la suite Fesch-Whirsker*, tout particulièrement importantes à consulter quand il s'agit de Lekain, puisque, comme chacun

sait,

Du costume oublié, zélé restaurateur,

C'est lui qui, dans ses droits, rétablit Melpomène.

Il fut soutenu dans cette admirable tentative par des collaborateurs ardents et convaincus : par M lle Clairon, d'abord, à qui l'on doit la suppression des « paniers » et qui a consacré au costume théâtral un des passages les plus originaux de ses Mémoires 9 ; — par Brizard, un « père noble » de

1. Mémoires y dans la Bibliothèque des Mémoires relatifs à V histoire de France pendant le xvm* siècle, publiée par F. Barrière, t. VI, p. 186-187. — Il faut ajouter à ces portraits un panneau en tapisserie de Beau vais représentant Lekain en costume d'hospodar valaque (3 m ,70 X 6 œ ,10, vendu 3.110 francs en 1863), signalé par M. J.-J. Guiffrey, dans son Histoire de la tapisserie, op. cit., p. 490. Nous avons parlé précédemment d'un panneau analogue, en tapisserie des Gobclins, représentant le portrait de M ,,e Clairon : ces deux panneaux ont été envoyés, en 1878, à l'exposition des portraits nationaux, au Trocadéro, par MM. Vail et C u à qui ils appartenaient.

2. Dans Agamemnon, d'Iphigénie en Aulide; Gengis-Khan, de YOrphelln de la Chine; Nicomède; Pompée, de Sertorius, et Pharnace, de Milhridate.

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