‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 18 sur 145 · M"» CONTAT · texte numérisé non relu

M"» CONTAT

Une petite estampe en couleur le représente aussi dans le comte Almaviva du Mariage de Figaro, qu'il joua d'original : elle appartient

1. Il faut citer aussi, outre le portrait de Mole par Sicardi, à la Comédie- Française el au

à une « suite » assoit nombreuse, car, après l'accueil enthousiaste fait, le 27 avril 1784, à la célèbre comédie de Beaumarchais, on ne se lassa pas d'en portraicturer les interprètes : désormais, — Voltaire étant mort trois uns après la première du Barbier de Sévi/le, — la troupe de la Comédie n'est

plus la troupe de Voltaire, maïs celle de Beaumarchais.

Qu'on en juge : Mole, qui avait repris l'AImaviva du Barbier après Bcllecour, créa celui du Mariage ; sa meilleure élève, M"' d'Oligny, dont nous avons signalé le portrait par Michel Van Loo 1 , fut la charmante Rosine du Barbier, où Préville brûla les planches dans Figaro ; le gros Des Essarts avait été h le gros docteur Bartholo » des deux pièces; enfin, auprès de M"' Saint- Val la cadette, qui jouait la Comtesse, Dozincourt avait créé Figaro dans le Mariage, où M"* Contât fut une Suzanne inoubliable et où M 1 " Olivier, dans Chérubin, Li cas de Mohtiony — PRÉVILLE fi* tourner ' a tète à toute la

B D .ie marbra salle. Et l'on n'aurait que

[Coiiociion e. Joiiin). l'embarras du choix si l'on

voulait illustrer les deux comédies avec les portraits des acteurs dessinés ou gravés a l'époque !

musée de Versailles, une autre peinture, <cuvre d'un inconnu, appartenant à M. Dormeuil cl avant figuré au pavillon de la ville de Paris, à l'Exposition de 1900. C'est d'après celte peinture «pic M. Martin Le Roy a pu faire l'idenlilicalion de *on buste. I. Voir plus haut. p. 70.

« Aussi spirituelle que jolie et aussi jolie qu'il est possible de l'être », dit galamment Vincent Arnault, « le Vieil Amateur dramatique* », fine comme M 1Ie Quinault la cadette, incessamment renouvelée comme M ,,e Dangeville, Louise Contât n'avait encore joué que les grandes coquettes, quand Beaumarchais lui confia sa Suzanne : elle y fut étincelante de malice et de grâce, et, s'il ne nous est resté qu'un grand portrait d'elle (par A. -G. Lemonnier, dans la collection Rothan), en revanche les œuvrettes abondent où l'on reconnaît sa frimousse piquante, à laquelle un embonpoint précoce ne put enlever tout son charme. Sur huit portraits de M I,e Contât qui sont au Cabinet des estampes, cinq la représentent dans le rôle de Suzanne, parmi lesquels on retiendra celui de Janinet, très recherché des amateurs, qui la montre en pied, dans le costume indiqué par Beaumarchais : « un juste blanc à basquincs, très élégant, la jupe de même, avec une toque appelée depuis par nos marchandes : à fa Suzanne » ; c'est encore dans le Mariage de Figaro, et aussi dans le Barbier de Sévil/e et les Trois Sultanes, qu'on la voit au musée Carnavalet, sur de petits panneaux anonymes, médiocres quant à la qualité de la peinture, mais bien certainement ressemblants et sincères, car il n'est pas besoin de les comparer longtemps aux estampes pour y découvrir la similitude des traits et des mines.

Le buste de Suzanne, gravé en couleurs par Coutellier, faisait pendant au buste de Chérubin par le même. Chérubin, c'était une blonde aux yeux noirs, « jolie comme un ange et fraîche comme une rose », — pour parler comme le Vieil Amateur, — M" fi Olivier, qui avait débuté h seize ans et mourut à vingt-trois, après avoir eu des triomphes, comme Rosalie du Séducteur et Chérubin du Mariage, et des portraitistes, comme lloudon, de qui le buste est perdu, comme Fragonard qui la fit poser plusieurs fois, comme Greuze enfin, l'artiste des sentimentalités égrillardes, qui se devait à lui-même de peindre le Cherubino di amore travesti en fille'!

i. Les Souvenirs et les regrets du Vieil Amateur dramatique, ou Lettres d'un oncle à son neveu sur V ancien Théâtre- Français (par Antoine- Vincent Arnault). Paris, Froment, 1829, in-8°. — Ce très intéressant ouvrage, dont de Manne s'est abondamment servi pour sa Galerie historique de li troupe de Voltaire, est illustré de curieuses gravures, représentant en pied, « d'après les miniatures originales, faites d'après nature » par Fesch et Whirsker, les différents acteurs dans les rôles où ils ont excellé. Il y a 36 planches, la plupart contenant plusieurs portraits, qui, si Ion en croit le titre du livre, devaient être coloriées. — Nous reproduisons l'une d'elles représentant Lekain et M lle Saint- Val aînée dans Rhadamiste.

2. Un portrait de M ,le Olivier, peinture par Fragonard, faisait partie de la collection

Le nom de Greuze nous rappelle à propos une joyeuse figure d'homme du musée de la Comédie-Française — un portrait de Préville, dit-on, — que Ton attribue à l'auteur de la Cruche cassée : le malheur est qu'on ne possède pas plus de renseignements sur l'auteur du tableau que sur le personnage représenté. D'ailleurs, le créateur de Figaro n'est pas à plaindre : il nous est connu par une jolie miniature du musée Carnavalet, par des gravures de Moreau le jeune, de Janinet et de J.-B. Michel, par un élégant Mascarille blanc et bleu, peinture de Carie Van Loo, conservée à la Comédie-Française, et surtout par un buste splendide, longtemps attribué à Iloudon, et que M. E. Jadin a restitué naguère à son véritable auteur : sous les sept couches de peinture qui recouvraient le plâtre original, il a retrouvé la signature et la date : Lucas Montigny, 1782 l . En 1782, Préville avait soixante et un ans, dont vingt-neuf de théâtre, et « Ton s'explique ainsi, a écrit M. Henry Marcel, le caractère un peu déconcertant de ce Figaro, qui, sous la résille et la veste à soutaches classiques, étale un front dégarni, une bouche démeublée, un double menton assis sur d'amples pectoraux* ». Pourtant, il n'avait rien perdu de son entrain, ni de sa belle humeur: il resta, jusqu'au bout de sa longue carrière, incomparable acteur et diseur excellent, quelque chose comme un Lekain comique, et si Ton en croit Vincent Arnault, le jour de sa retraite (H mars 1786) fut un jour de deuil pour la scène française. Huit ans auparavant, dit-il 1 , la tragédie avait été enterrée avec Lekain, la comédie avec Bellecour; Brizard et Préville avaient remplacé les deux grands artistes, et maintenant Brizard

Dehesse; — un portrait à la sanguine et un autre au pastel par le môme artiste, ont passé à la vente Walferdin (n°* 256 et 351).

La peinture de Greuze, alors dans la collection de M me Denain, a figuré à l'Exposition des portraits nationaux, en 1878; voici la description qu'en donnait le catalogue de la vente Denain (1893, n° 13) : « Elle est vue jusqu'à mi-corps, vêtue d'une robe blanche garnie de rubans bleus et d'une ceinture de même couleur. Le col est joliment découvert. La tète coiffée d'une toque bleue à perles et à plumes blanches sur des cheveux blonds bouclés, s'appuie de la main gauche; l'avant-bras nu, le coude placé contre une table; le bras droit pend naturellement le long du corps. Les yeux bleus [les contemporains disent : noirs] sont pleins de clartés mouillées. Le nez a les narines palpitantes; la bouche aux lèvres incarnadines dessine une moue adorablement capricieuse ».

1. La peinture de C. Van Loo est reproduite plus haut, ch. I er , p. 17. — Voir aussi pour les portraits de Préville, l'Intermédiaire des Chercheurs et Curieux, t. XX, p 200 et 284.

2. Un oublie' : le statuaire Lucas de Monliyny, par Henry Marcel. Voir la Revue de Varl ancien et moderne, t. VII, p. 161.

3. Les souvenirs et les regrets du vieil amateur dramatique, op. cit., p. 3.

et Préville se retiraient tous les deux , en même temps que M"' Préville, une « utilité » très appréciée au théâtre depuis trente-trois ans, et M"* Fanier,

M" PREVILLE

a Dcïouï, d'»invs :

qui partageait les soubrettes avec M" Luzy : — M"" Préville, dont Augustin de Saint-Aubin nous a dit le prolil assez disgracieux, dans un dessin du musée Carnavalet, et Simonnet le costume de lady A lion dans CÊcoswiïp,

Si I.E ML'SÉE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE

plus disgracieux encore'; M 1 " Fanier, dont il nous reste une aimable estampe de Saugrain, d'après Moreau le te; M 1 " Lu/.y, qui eut son buste par 3Îne iloudon.

La troupe cependant restait homogène omplait nombre d'artistes de valeur :

5, alors dans tout son éclat; Monvel, t Claude Hoin a dessiné le maigre visage sée de Dijon), — Monvel, si grôle que ■elle bonne langue de Sophie Arnould e comparait a « un amant transi auquel m a toujours envie de faire donner à nanger »; Dugozon, mime extraordilaire, humouriste et mystificateur, destiné par Duplessis-Bertaux (ancienne îction Mnhérault), comme ses cama- :s (irnndmcsnil, de qui les peintres, en oprésenlant dans Harpagon, ne nous pas donné seulement la « figure de lire », et Dazincourt, excellent valet de édie, dont le musée Carnavalet et le inet des estampes possèdent aussi des rails-crayons anonymes; le gros Des irts, royaliste a tous crins, caricaturé par Nitot-Dufresne dans une estampe malignement intitulée : le Républicain Des tissarts; et Fleury enfin^ l'étonnant évocaleur de Frédéric le Grand dans les Deux Paqes,

• I.E RÉPUBLICAIN DES ESSÀItTS » .

qui ne devait prendre sa retraite

Oravurc ordinale de Nilol.lkifr.-sn" H r

(Cibinot .ir, Ë<iiBmnni qu'en 1818, après avoir été peint

par Gérard et dessiné par Boilly.

Qiiiint ans comédiennes d'alors. Mole définit le talent de quelques-

I. M. Furrr-Ciionlon, prlii-fll* <1« Prlrille. qui ollril l\ In ComPilie- Française, en 1813. le priHritil fin comédien par ('.. Van l.mi. mentionne plus haul. lui (ît don. on «33, d"un porlrnil

unes d'enlre elles, dans son Éloge de M 11 * Dangevil/e, prononcé le 20 fructidor an II * : il parle de celles qui ont succédé à « l'inimitable » et remarque : « ici, cette finesse active, cette vivacité de comique, ce saillant de l'art qui la caractérisaient » — M ,,e Joly; « là, cette grâce aimable qui se répand sur toutes les idées, sur toutes les formes, et les décore » — M 1 " Devienne ; plus loin, « la profondeur du génie, la fécondité de l'intelligence et la richesse de cette composition qui, décorée du plus beau naturel, forme la régularité du dessin et la vérité du coloris » — M 1,e Contât.

Des trois, ce fut M ,lc Joly qui disparut la première : elle mourut en 1798, et son mari, Télégiaque capitaine Dulomboy, lui fit élever à la Brèche-au- Diable, près de Falaise, dans un site bien connu des touristes, un tombeau que Lesueur orna d'une statue de l'actrice, en bas-relief*. A la Comédie- Française, deux peintures, aussi dissemblables qu'on peut l'imaginer, portaient le nom de M ,,e Joly : M. Monval a reconnu dans l'une d'elles un portrait de Marianne Fleury (1766-1818), et a retenu l'autre, léguée au Théâtre parle statuaire Dantan jeune qui l'attribuait à David, comme le seul portrait de Marie Joly.

Celle-ci est de beaucoup la plus intéressante : vêtue d'une robe blanche décolletée et ornée de dentelles et de rubans bleus, une écharpe noire tombant de ses épaules, l'actrice est assise dans un fauteuil, les mains croisées, et penche légèrement son visage, un peu haut en couleur, en souriant de façon fort avenante. En dépit des restaurateurs, l'œuvre est encore d'une belle tenue, et les qualités de simplicité, de grâce aisée, d'observation minutieuse et de traduction sincère qu'on y peut lire ne seraient pas pour démentir l'attribution au peintre de Lavoisier et sa femme. Malheureusement pour M 11 * Joly, cet exquis portrait ne se trouve guère en conformité de ressemblance, ni avec la statue de Lesueur, — très ressemblante, a déclaré Dulomboy, — ni avec la bonne gravure de la Collection des principaux acteurs du Théâtre- Français, qui la représente dans l'Anglaise du Conteur! Il faudrait donc

de M me Préville, pastel par La Tour (h. 2 pieds 1/2X1- 2 pieds, 2 pouces); ce pastel a disparu. Voir G. Momal, Catalogne, e/c, p. 55, n° 97, n.

4. Publié à la suite des Mémoires de Dazincourt, et avant les Mémoires de Mole, dans la Bibliothèque des Mémoires, de Barrière, Op. et/., t. XI, p. 239 et s.

2. Voir sur Marie Joly une plaquette d'Henry Lumière, Marie Joly, sociétaire de la Comédie- Française, 1761-1798 (Paris, Tresse et Stock, 1891, in-4°). On trouvera dans cette brochure une vue de la Brèche-au-Diable, et deux vues du tombeau de l'actrice.

inscrire au-dessous du tableau de la Comédie-Française : portrait présumé de M lle Joly, attribué à David; — autant de points d'interrogation que pour un primitif!

Outre les trois héritières de M Ue Dangeville, dont Mole parle dans son Éloge, la Comédie-Française possédait alors un quatuor de tragédiennes, moins célM>res par leur très réel talent que par leurs rivalités : les deux sœurs Saint-Val, M Be Vestris et M n * Raucourt.

Les Saint- Val étaient deux laiderons assez heureusement doués, dont la carrière, brillamment inaugurée, se vit interrompue en plein éclat. Les sculpteurs Ricourt et Yassé l les ont représentées la tête haute et le regard impérieux, comme si elles bravaient leurs ennemies, M mc Vestris et M ,,c Raucourt — M" 1 * Vestris, la belle-sœur du célèbre « dieu dé la danse », Télève favorite de Lekain, à laquelle la protection du duc de Duras avait fait attribuer tous les rôles de M ,,e Saint- Val aînée (1769); et M ,,r Raucourt, dont la beauté avait conquis le parterre au point de lui faire oublier du coup M"' Saint-Val cadette (1772).

M 1,e Saint-Val aînée eut l'imprudence de réclamer et fut exilée loin do Paris, car M. le due ne badinait pas avec les rivales de sa maîtresse; mais les spectateurs firent chèrement payera la favorite cet abus du bon plaisir : aussi, quand on la voit lever vers le ciel des yeux suppliants, dans la vilaine peinture de Le Noir h la Comédie-Française, on oublie que Ton se trouve en face d'une Electre implorante, et l'on pense plutôt à une actrice huée, siffléc et demandant grâce a .

1. En réalité, il n'y a que le buste de M ,le Saint-Val aînée dont on connaisse exactement l'attribution : il fut exposé par Ricourt au Salon de 1793.

Pour celui de M ,le Saint-Val cadette, attribué à Louis-Claude Vassé, M. Monval propose également le nom de Ricourt : ce qui rend douteuse l'attribution à Vassé, c'est, selon lui, la date de la mort du sculpteur [Catalogue, etc., p. 95, n° 226, n.). — Pourquoi? Vassé mourut le !•*• décembre 1772 et M 1Ie Saint- Val cadette avait débuté le 27 mai de cette même année.

2. Citons encore, pour M mo Vestris, une gravure en couleurs de Janinet (dans Gabrielle de \ergy); et une charmante miniature de Caze (1772), appartenant à M. J.-J. Guiflrcy, qui pourrait être le portrait de cette actrice.

M. Ch. Ephrussi a publié, il y a quelques années, dans la Gazette des Beaux-Arts (3« période, t. VI, p. 441, et t. VII, p. 43) une étude sur le miniaturiste Simon-Jacques Rochard (1788-1872), accompagnée, entre autres œuvres charmantes, de la reproduction en héliogravure d'une miniature, dont il disait : « Jamais Rochard ne s'est montré peintre aussi subtil et aussi exquis, si ce n'est dans un portrait de femme (M m * Vestris, peut-être) dont le lecteur pourra apprécier le pittoresque arrangement, la très fine expression et le joli décor ».

Or, M me Vestris, née en 1743, débuta en 1768, fut reçue sociétaire en 1769 et mourut en 1804, à l'âge de soixante et un ans. A l'époque de sa mort, Rochard avait seize ans, et, s'il l'avait

La belle Raucourt — plus belle, quoique déjà vieillissante, dans la Slédée de Gros, que dans les portraits gravés par Freudeberg et par Elluin, où sa petite figure anguleuse et déplaisante semble comme tirée en arrière par l'échafaudage énorme d'une coiffure à la mode ■ — la belle Raucourt eut, elle aussi, sa large part de huées et de sifflets, quand ses admirateurs se furent enfin lassés de ses frasques de toutes sortes et de la parfaite insouciance qu'elle

M'" SAINT-VAL AÎNÉE (Zébobie) ET I.EKA1X (Rhadàmistb) .l , u l ir<'s une gruvnro tinta iIob Vtlamorphoia de ilttpumèae et de Thnlie.

apportait à composer ses rôles : force lui fut de quitter la scène, en 1776, et de s'éloigner de Paris.

Quand elle reparut, des dissentiments bien autrement graves que les jalousies de métier commençaient à se faire jour parmi Jes comédiens.

Même au théâtre, grondaient alors les approches de l'orage révolutionnaire.

Il allait éclater bientôt, sous Talina.

peinte à cette date, il n'aurait ]>u nous représenter In jeune et charmante femme è laquelle M. Ch. Ephrussi Tait allusion el qu'il est impossible, pour celle raison, d'identifier avec M 1 " Veslris.

1. M"* Christian, née Saucerotlc-Raucourt, envoya à l'Exposition des portraits nationaux, en 1878, un pastel dalé de 1175, représentant M"' Raucourt, sa tante; — un liuste en marlire de la même, attribué ù Houdon, Taisait naguère partie de la collection de la vicomtesse de C.ourval.

■il. - ' m i

JLJliijiL

(ttOTJERBl

v i ii, |

■EEE39I

Page 1