‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 26 sur 145 · I.ilhaprBphio originale mouvra · texte numérisé non relu

I.ilhaprBphio originale mouvra

Bernhardt, il faut nommer E. Bourdelle et L. Bernstamm, — et pourtant leurs inivres, tout expressives et vivantes qu'elles soient, ne feront jamais oublier les deux portraits-types du comédien : le Portrait d'acteur de Dagnan-Bouveret (Salon de 1891) et le Coguetin cadet monologuant, de Roll (Salon dé 1890). Devant le premier, on pense involontairement au Jodelet masqué et démasqué do Charles Le Brun, puisque le personnage, en négligé d'intérieur, tient à la main un masque ricanant qui est sa propre figure de théâtre; mais le second ne saurait éveiller aucune

réminiscence : de quel temps pourrait-il être, sinon du nôtre, et du nôtre seulement, ce diseur en habit noir, avec sa silhouette agitée et son visage « parlant », qui monologue dans un salon et unit hors de la scène, dans un "compromis bizarre et bien spécial, le costume de ville -ft. la ligure de théâtre? Tant mieux encore qu'un grand peintre se soit attaché à nous rendre ce type : il n'est pas simplement curieux, en effet, — et nos héritiers le jugeront plus curieux encore, quand ils étudieront la société de cette époque, pendant laquelle le « dernier salon où Ton cause » dut céder le pas au « premier salon où Ton monologue », — il est sans précédent, sans attaches avec le passé. Tels portraits de Madeleine Brohan par Paul Baudry, de M™* Bartet par Dagnan-Bouveret, de M'! e Brandès par Chartran nous rappellent — je parle du sentiment et non de la facture — qu'au xviu* siècle aussi, on aimait à peindre les actrices « comme elles étaient chez elles » ; la Sophie Croizette à cheval, de Carolus-Duran, modernise en quelque sorte le Grandval dans son parc, de Lancret; enfin les portraits en buste de Jeanne Samary, par le même Carolus-Duran, avec ce visage où les yeux luisants, le nez palpitant, les rouges lèvres humides et le menton arrondi, expriment si franchement la joie de vivre; de la rieuse Céline Montaland, par Boldini; de M Ue Barretla, par Louise Abbéma, toute fraîcheur et toute gentillesse; de M ,le Rachel Boyer, par M me Marleff, avec ses jolis yeux étonnés et, dans ses cheveux flottants, de larges rubans qui la font ressembler à une Alsacienne, tous ces portraits ont leur « pendant » possible dans le musée de la Comédie-Française des temps passés. Le Coquelin cadet monologuant n'en a pas; il est unique à la façon du Portrait de théâtre d'Albert Besnard, et, pour la même raison : il ne pouvait être peint à une autre époque.

Partant de là, il ne faudrait pas dénier tout modernisme aux peintures que Ton vient d'énumérer : une telle déduction serait l'absurdité même et très opposée à ce qu'on a voulu dire en tirant de pair l'œuvre de Roll. Pour les autres, portraits en buste ou portraits en pied, portraits à la ville ou portraits à la scène, tous ont leur parfum bien particulier, bien original, et sincère à n'en pas douter. On pourrait facilement, s'il en était besoin, chercher un critérium à cette sincérité en rapprochant ces portraits peints des portraits écrits, comme on Ta fait déjà pour des œuvres plus anciennes. Pour peu que Ton se garde d'abuser du parallèle et que l'on choisisse ses sujets, le rapprochement ne laisse pas d'être suggestif.

Au moment de la mort de Got, les revues théâtrales publièrent un portrait du comédien, peint par Carpeaux : une figure large et pleine, respirant la forte confiance en soi, mais laissant deviner une sensibilité facile à émouvoir, et un esprit plus capable de logique et de bon sens que de finesse et de poésie. Et maintenant, rapprochez de cette figure ce que J.-J. Weiss, Francisque Sarcey, Henry Fouquier, Jules Lemaître ont écrit de cet acteur laborieux et curieux, d'une fantaisie un peu morose dans les rôles de genre, qui réalisa sur les planches le type le plus considérable de notre siècle et celui qui présente sans doute le plus grand intérêt historique, le type de l'homme d'argent et du bourgeois : Mercadet, Poirier, maître Guérin, et dites si ce n'est pas criant de vérité?

A l'instant, il était question du portrait de M mc Bartet, par Dagnan- Bouveret, que M. Téodor de Wyzewa appelait, lors du Salon de 1894, « un chef-d'œuvre de finesse, de grâce, d'expression pénétrante et juste ». Assise en robe d'intérieur légèrement décolletée en carré et serrée à la taille par une ceinture de métal, l'actrice regarde le spectateur bien en face; ou plutôt non : sa bouche entr'ou verte, son regard lointain, sa main droite qui joue machinalement avec une fleur, sa main gauche qui tient un livre à demi-fermé, tout cela ne signifie-t-il pas qu'elle médite, qu'elle cherche, qu'elle creuse le rôle de demain? Elle le jouera divinement, et l'on écrira d'elle : « Elle n'est qu'intelligence, grâce, finesse, charme discret et caressant ». Et le jugement du critique d'art concordera jusque dans l'expression même, avec l'impression du critique dramatique.

Voici Mounet-Sully, maintenant : « 11 est beau, il est candide, il est ardent et convaincu, il a l'enthousiasme sacré. Sa voix aux ondulations larges, est de bronze ou de métal de Corinthe. Il possède le secret des attitudes harmonieuses, de celles qui font songer à la statuaire antique... Il sait donner, je ne sais comment, par son jeu effréné et toujours noble, aux passions qu'il traduit, des dimensions surnaturelles. Il a le tempérament héroïque. 11 a enfoncé dans nos mémoires, lorsqu'il a joué Œdipe et Hamlet, deux images si grandes qu'elles semblaient lçs propres images, l'une de la Douleur et l'autre de l'Inquiétude humaine... » N'avez- vous pas vu apparaître, en lisant cela, l'Hamlet de Jean-Paul Laurens, avec ses yeux dilatés, sa bouche ouverte, toute son expression poignante d'attente angoissée et douloureuse?

Pour d'autres, au contraire, comme pour Worms, la peinture ne

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donne qu'une des faces du personnage : « Son lot à lui, c'est la passion contenue, douloureuse, torturée de doutes, sans illusions, sans éclats extérieurs. Il est l'amoureux d'aujourd'hui, l'amoureux de quarante ans. Et toutes les fois que ses rôles lui en ont fourni l'occasion, il a su exprimer ainsi, de façon singulièrement pénétrante, les plus distingués sentiments de l'homme moderne, tristesse, amour du vrai, ironie, stoïcisme railleur ou stoïcisme viril .. >■ Hamlet, c'était Mouncl- Sully tout entier, que l'on voit mal passer » la postérité en redingote et en habit noir; tandis que Wornis, peint par Albert Maignan dans don Carlos d'Hernani, ce n'est pas tout Worms, pas plus que Febvre, dans Saltaliadil du Bot s'amuse, ne serait tout Febvre. Car, comme (iot fut le bourgeois et Worms l'amoureux moderne, Febvre incarna « le Monsieur d'aujourd'hui», l'homme de boulc-

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vard ou de cercle, le mari

dans ■ Les fMurnBKiiiEs nie hCAtMX »

de Francillon ou le baron

Desforges, suivant l'Agi*.

« Son jeu froid, net, élégant, simple, détaché, dédaigneux, ennuyé, presque

sans voix, presque sans gestes, est une merveille de justesse et d'adresse ; et

je n'en sais pas qui porte mieux la marque de l'heure présente 1 »

: J. Lciiiallre. Imprtssiom de l/têdlre (notamment ">< «a de théâtre (l'aria, bibl. des - Annales », 169-1902, s de l Infiltre. iSSS-lSSi. Autour de la Vomédit-Fmncau

LE MUSÉE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE Le portrait de théâtre, pour ceux-là, se confond donc trois fois

quatre avec le portrait tout court : et l'on se souvient d'avoir constaté

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