LA FONTAINE
on signale seulement l'entrée dos bustes de Gressct et de Baron, par Fortin. En 1815, un petit inventaire sommaire donne le premier état des
collections du théâtre : il énumère vingt bustes et statues, et douze peintures. Les bustes, on vient d'en lire l'histoire : il est intéressant de remarquer que tous représentent des poètes dramatiques. Parmi les peintures, au contraire, on commence à relever quelques portraits d'acteurs : les interprètes se font une place dans le musée, à côté des auteurs, — une place encore bien réduite, il est vrai, à en juger par la liste de ces peintures : à côté des portrails de Voltaire (par Pajou fils), de Racine (d'après Santerre), de Crêbillon (peut-être d'après Aved), de Regnard (copie par Le Noir), de Pierre Corneille (d'après Charles Le Brun), de Molière, de Thomas Corneille (d'après Jouvenet), de Marivaux (par L.-M. Van Loo), et de Dufrcsny (d'après Coypel), on peut voir ceux de Michel Baron (par de Troy), de Lekain (par Le Noir), et de M 11 * Dumesnil (par Nonnotte). En août 1815, le beau portrait de A/ Ile Daclos en Ariane, par Largillière — acheté 80 francs! — vient corser la liste.
Dix ans se passeront ensuite sans que des modifications notables soient apportées à l'inventaire de 1815; mais, dès le début de la période romantique, quand les batailles littéraires remplacent... les autres, les collections de la Comédie Française s'accroissent rapidement.
Le portrait de Talma, dans Leicester de Marie Stttart, offert par l'auteur, le peintre Picot, en 1826, semble marquer le début de ce mouvement, et depuis lors, depuis 1830 surtout, c'est un feu roulant de donations et d'acquisitions. Un état des tableaux, dressé en 1845, nous révèle la présence au théâtre de quatre-vingts toiles, au lieu de douze qui s'y trouvaient en 1825; pour les sculptures, la proportion est un peu moindre : un état de 1847 énumère trente-deux bustes et deux slatues, soit quatorze pièces de plus qu'en 1815.
Encore cet inventaire est-il incomplet, car s'il donne bien la liste des bustes acquis entre 1830 et 1847 — ceux de Marie- Joseph Chénier et de Casimir Delavigne, par David d'Angers; de Le Sage, par Desbœufs; de Marivaux, par Fauginet; d'André Chénier, par Etex; d'Andrieux, par Elshoect; de Picard, par Dan tan aîné; de Sedaine, par {iatteaux ; de Ducis, par Taunay; de Beaumarchais, par Gois; de Duval, par Barre; et de Coysevox, par lui-même (faussement dénommé Lully, sur la foi d'une inscription gravée au piédouche), — il omet, par contre, plusieurs sculptures complétant cette série d'œuvres du xvin 6 siècle, que nous savons être si abondantes et de si belle qualité dans ce musée : par exemple les bustes des deux sœurs Saint-Val, par Ricourt et
Vassé; ceux dp ,W" Clairon et de M"* Dange ville, par J.-D. Lemoyne; enfin, une des plus belles terres cuites de Pnjou, le buste de Carlo Bertinazzt, dit Carlin, le dernier Arlequin de la Comédie-Italienne.
Nous aurons l'occasion de revenir sur les bustes des sœurs Saint-Yal et sur les deux chefs-d'œuvre de J.-B. Lemoyne : le buste de M"" Dangeville, cette Thalie d'une si séduisante distinction, exposé au Salon de 4771 et le buste de M"* Clairon « dans l'idée de Melpomène invoquant Apollon », que Diderot, sévère , appréciai t ainsi , a l'occasion du Salon de 1 761 :' « Par Le Moyne : le busle de M°"de Pompadour, rien ; celui de M"' Clairon, rien; d'une jeune lille, rien; ceux de Crébillon et de Reslout valent mieux. »
En 1816, un certain M. Dubief faisait hommage aux comédiens d'une figure de marbre aux yeux grands ouverts, aux rides fortement
marquées, avec un rictus aotelr ihcoxni-.
singulier de la bouche dont p on tuait présumé de M"< mars
On ne Sait si elle Se plîSSC (Coraédie-Froiicsiw|.
d'un rire contenu ou si elle
grimace de souffrance; la perruque du grand siècle tombe sur les épaules et
la robe, très simple, s'ouvre largement sur la poitrine : B'* Lulli, disait une
inscription gravée sur le piédouebe, et l'on reçut chez Molière le buste de
Lully!
Mais, en comparant le personnage nu Lully de Caffiéri d'une part, et d'autre part, au Coysevox de Lemoyne, on put constater qu'il ressemblait beaucoup plus au sculpteur qu'au musicien ; aujourd'hui, malgré l'inscription
du piédouche, on le tient pour un buste de Coysevox, œuvre, peut-être, du sculpteur lui-même.
Une erreur analogue, s'appliquant cette fois non plus au portraicturé, mais h l'auteur du buste, devait se produire en 1829, quand le Prèville, de Lucas de Montigny, fut offert au théâtre : c'était un moulage original en terre cuite appartenant à un sieur Lerouge et attribué par lui h Antoine Houdon. Comme ils possédaient, depuis 1807, un buste de Préville en plâtre, également attribué à Houdon, les comédiens refassent la terre cuite. Mais « l'entrée à vie » tournait la tête de Lerouge; il fit fondre à l'intention de la Comédie-Française, un modèle en bronze, qui fut accepté et figura môme plus tard à une exposition des œuvres de Houdon.
Or, au cours d'une étude sur le statuaire Lucas de Monligny, M. Henry Marcel a eu l'occasion de raconter comment M. E. Jadin, en la collection duquel figure aujourd'hui le plâtre original, avait retrouvé la signature et la date — Lucas Montigny, 1782 — sous les sept couches de peinture dont le buste du créateur de Figaro était recouvert 1 .
Pour le contraste, il faut rapprocher de ce Figaro tout en action, le Carlo Herlinazzi, dit Carlin, le dernier des grands Arlequins de la Comédie-Italienne, dont le buste en terre cuite a été offert à la Comédie-Française par le petit-fils du comédien. Pajou l'a représenté au repos; mais dans ce visage, tout de finesse et de simplicité, que de choses nous rappellent Arlequin, — Arlequin, co mélange d'ignorance et d'esprit, de bêtise et de grâce! Ne devine-t-on pas, dans les plis légers des joues, cette mimique inimitable, grâce à laquelle Carlin put rester l'idole de son public pendant ses quarante-deux années de théâtre, et jouer les Arlequins jusqu'à l'âge de soixante-seize ans? Et ces rides qui barrent le front, entre les épais sourcils, ne sont-elles pas un indice des brusqueries et des colères violentes que connaissaient si bien les familiers de l'artiste? En vérité, ce buste spirituel de l'Arlequin Bertinazzi, est juste assez loin de la batte et du collant à losanges, pour qu'on puisse évoquer, en le contemplant, le Carlin propriétaire, sur lequel on trouve un si joli chapitre dans les mémoires de Fleury. On le voit, dans ce même négligé, faisant à ses intimes les honneurs de la petite maison de Chaillot, qu'il habitait avec toute sa charmante famille : il s'agissait d'un déjeuner sur l'herbe, mais comme le
1. Un oublié: le statuaire Lucas de Montigny, par Henry Marcel, dans la Revue de rart ancien et moderne, t. Vit, p. 161. — Voir ci-après, p. 80 et 82.
gazon, semé depuis peu, n'était pas encore poussé, on servit le repas sur des lambeaux de lapisseries représentant les chasses d'À€téon, le bain de Diane, el autres mythologies; Goldoni occupait la place d'honneur, qui se trouvait précisément sur la tête d'Actéon; les voisins de campagne de Carlin, un maréchal-ferrant et un fabricant de baignoires en cuivre, étaient assis aux côtés du grand comique vénitien... Et Goldoni, qui devait prendre Carlin comme modèle de son Bourru bienfaisant , dut penser, ce jour-là, à écrire une comédie sur Arlequin patriarche!
Au milieu de tous ces bustes, une nouvelle statue est entrée à la Comédie — Talma étudiant un râle, ou Talma dans « Sylla », par David d'Angers — qui eut, elle aussi, des aventures : achetée en 1837 par souscription nationale, et placée dans le périslyle du théâtre, à côté du Voltaire de Houdon, on l'enleva vers la fin du règne de Louis-Philippe, sous prélexte qu'elle gênait la circulation, et on la remisa au Palais-Royal. Or, en 1852, — l'auteur était alors exilé en Grèce, — la statue de Talma apparut un beau jour dans le petit jardin réservé des Tuileries : comme on avait supprimé le nom du tragédien, la signature du sculpteur et la date de l'œuvre, le Sylla de David d'Angers passa pour un antique, jusqu'au jour où il reprit son nom et sa place dans le vestibule de la Comédie-Française. 11 avait fallu dix ans de démarches pour obtenir cette réhabilitation d'un nouveau genre 1 .
Cependant Arsène Houssaye avait été nommé administrateur général. 11 fit plus à lui seul pour le musée du théâtre, pendant les sept années de son gouvernement (1850-1856), que tous ses prédécesseurs réunis.
Il commence par adresser à M. Romieu, directeur des Beaux-Arts, une sorte de rapport sur les collections de la Comédie-Française, comme jamais peut-être l'Administration n'en avait vu de semblable dans ses cartons verts ; cet écrit singulier, dithyrambe et plaidoyer tout ensemble, eut l'effet que méritaient sa verve et son esprit : M. Romieu, ébloui, se laissa enlever vingt mille francs de subvention ! Aussitôt, on achèle le Talma de Delacroix, puis
1. Sur l'enlèvement de la statue de Talma, voir David d Angers, sa vie, son œuvre, ses écrits et ses contemporains, par Henry Jouin (Paris, E. Pion, 1878, 2 vol in-4"), t. I, p. 591, pièce justificative n° XXXVI. — La présence de la statue de Talma aux Tuileries, « au milieu de la nouvelle pelouse qui termine, du côté du Palais-Royal, les parterres par lesquels le château est séparé du jardin » est signalée par A. de Montaiglon et G. Duplessis, dans leur étude sur Houdon [Revue universelle des arts, t. XVIII. 1855, p. 259 .
la statue de ta Tragédie [Rachel) de Clésinger, et, plus tard, le Préville de C. Yan Loo (payé 100 francs). D'autre part, grâce surtout aux démarches de Régnier, qui s'est pris de passion pour ce musée jadis rêvé par Lekain, les dons affluent de tous côtés, et comme on a repris le système des entrées à vie en faveur des artistes qui contribuent à enrichir les collections, il faut bientôt mettre un frein aux générosités inutiles et refuser les tableaux de genre, paysages et études de toutes sortes, n'ayant avec le théàlre qu'un très lointain rapport.
« Ce que je vous demande surtout, avait écrit Arsène Houssaye au directeur des Beaux-Arts, c'est de confier les figures de Hugo, de Dumas, de Musset, de Vigny, de Scribe, d'Augier, de Ponsard, comme de Rachel, de Samson, de Provost, de Régnier, d'Augustine Brohan, de M me Plessy, à des portraitistes hors ligne en marbre et en couleur; car, depuis un certain nombre d'années, le musée du théâtre s'est appauvri par des œuvres au-dessous du médiocre, si le pire ne vaut pas mieux que le médiocre.
« M. Ingres, qui ne sait comment me remercier de ses entrées, et surtout de celles de M mc Ingres, ne demande qu'à faire le portait d'un comédien. Eugène Delacroix va tenter de peindre M ,le Rachel en muse de la tragédie. M. Henry Lehmann peindra M ,,e Brohan. M. Clésinger demande à sculpter tout le monde... »
Hélas ! qu'est-il advenu de ces belles promesses et quelle réponse a-t-on donnée h ces justes réclamations? Si Clésinger a offert sa statue de George Sand 1 , ni Ingres, ni Delacroix n'ont exécuté leurs peintures 8 . Et ce n'est pas toujours « à des portraitistes hors ligne en marbre et en couleur », que nous devons les bustes et les peintures des auteurs et des comédiens énumérés
1. Tout récemment, à l'occasion du centenaire de George Sand, M. Jules Claretie ayant parlé, dans le Temps, de cette statue de Clésinger, M. Samuel Rochcblavc lui écrivit pour préciser un point assez curieux : à savoir que cette statue, actuellement au Musée du Louvre, n'est pas, à proprement parler, un « portrait » de George Sand. « De caractère surtout décoratif, le marbre fut d'abord désigné sons le nom de la Littérature, et se bornait à rappeler, en plus Agé et en plus « stylisé », quelques traits du visage de George Sand. Clésinger avait conçu cette œuvre comme un pendant à la Tiagélie, qui rappelait les traits de Rachel (Salons de 1850 et de 18o2). Mais la Tragédie était plus Rachel que la Littérature ne ressemblait à George Sand. M m " Clésinger, de qui M. Rocheblave tient ces détails, était formelle sur ce point, et ne voulait point que cette matrone romaine, drapée d'une façon romantico-curule, représentât sa mère. Au reste, des portraits de George Sand, postérieurs à cette date, signés de Maurice Sand et de Manceau (que possède la famille), montrent que l'écrivain resta longtemps femme, et que
visage garda très tard non seulement de la finesse, mais de la jeunesse. »
2. Sur Rachel et Eugène Delacroix, voir plus loin chapitre V, p. 104.
par Arsène Houssaye! Encore quelques-uns ont-ils dû attendre fort longtemps : VÉmUe Augier de Barrias, pur exemple, n'est entré qu'en 189"», et le Victor Hugo de llalou n'est pincé que d'hier! Les outres sont venus tour
- PRÊVILI.K
à tour demander Ieur place à des dates diverses : YAugustine Hrohan de Garaud en 1853, le .Sertie de M"" F. Dubois-Duvesne en 1863, le Musset de Mezzara en 1867, le Ponsard de Francescht en 18tii), le Vigny de Guilton en 1872, le Dumas fils de Carpeaux et le Régnier de Franccschi en 1874, le
Balzac de Marquct de Vasselot en 1873, le Dumas père de Chapu en 1876, et le Samson de Crauk en 1879. Le Provosl de Feuchère et le Samson de Dantan jeune datent de 1846; la statue de M Ue Mars (la Comédie) par Thomas, et celle de Ai 110 Bachet (la Tragédie) par Durel, sont de 1865. Quant à la pauvre M n,e Plessy, on Ta tout à fait oubliée.
En même temps que la galerie des bustes, s'accroissait aussi le musée de peinture. Sous l'administration d'Empis (1856-1871), le théâtre reçut d'Ingres l'esquisse du Déjeuner à Versailles, dont la peinture a disparu lors de l'incendie des Tuileries, et d'un M. Mitchell, de Londres, un beau portrait de Rachel par E. Dubufe.
Un second portrait de Rachel, par J.-L. Gérùme cette fois, fut offert au théâtre, pendant le règne d'Edouard Thierry (1859-1871), peu de temps après l'acquisition du Molière de Mignard, enlevé pour 6.500 francs à la vente Vidal, en 1868.
Sous Emile Perrin et sous son successeur, M. Jules Claretie, les acquisitions et les donations se sont heureusement continuées — celles-ci, d'ailleurs, beaucoup plus nombreuses que celles-là : on peut citer, entre autres, parmi les œuvres les plus intéressantes reçues au cours de ces deux dernières périodes : le délicieux portrait de Ai 110 Joli/, attribué à David; celui de Régnier, par Elie Delaunay; ceux de Jeanne Samary et de Jane Henriot, par Carolus- Duran; celui de Céline Montaland, par Holdini; celui de Worms par Albert Maignan; le buslc en bronze de Vacquerie, par Dalou; celui de Croizette, en marbre, par Franceschi, etc.
En un mot, le musée, qui comprenait trois cent Irente-ncuf numéros en 1878, quand René Delorme lui consacra un volume, et cinq cent quatorze en 1897, quand M. Monval en dressa le catalogue méthodique et critique 1 , n'a pas cessé de s'accroître depuis lors. Hier encore, il recevait un portrait de George Sand, dessin original de Thomas Couture, offert par M. Cheramy, et du duc de Portland, une reproduction de deux toiles faisant partie de sa col-
1. Voici l'indication des travaux les plus importants sur le Musée de la Comédie-Française : le Musée de la Comédie-Française, par René Delorme (Paris, P. Ollendorflf, 1878, in-4°); — les Collections de la Comédie-Française, catalogue historique et raisonné, par Georges Monval. Préface de Jules Claretio ;Paris, Société pour la proprgalim des livres d'art, 1897, in-4°, figures et planches, ; — voir aussi un article d'Edmond Got, dans la Gazette des Beaux-Arts du l '" août 1886 (2° période, t. XXXIV, p. 127, figures et planche), et un article de Roger Peyre dans le Correspondant du 10 décemhre 1894, p. 902, au début duquel on trouvera une bibliographie des principales publications ayant trait à la Comédie-Française.
leclion : un portrait de Molière attribué a Charles Le Brun, et un portrait de Silvia Ballelti, In célèbre artiste tic la Comédie-Italienne. Et l'on attend incessamment un Victor Hugo de Falguièrc...
A. IIOUDOK. — v
(Comtfdio -Franc
On altend bien d'autres belles choses encore, — peintures, dessins ou sculptures, — et ce n'est pas sans inquiétude, car il y a beau temps que la place manque!
L«s doléances formulées par (iot, dis 1WH0, dans la Gazelle des Beaux-
20 LE MïîSÉE DE LA COMÉDIE-FHANÇAISE
Arts, puis par M. Roger Peyre en 1894, dans le Correspondant, ont été reprises par M. Jules Claretie, en 1897, dans la préface qu'il écrivit pour le livre de M. Monval, et en 189S,danssa Vie à Paris*. Après l'incendie de 1900, il n'y eut qu'une voix pour demander raménagemcnl, dans une des salles contiguës au théâtre, d'un Musée Molière, qui pût un jour faire bonne figure en face du musée du (larrick-Club de Londres 8 . Aujourd'hui enfin que l'encombrement s'est encore accru, c'est de toutes ses forces que la Comédie-Française réclame l'annexe qu'on lui a si souvent fait espérer et qui lui est de jour en jour plus nécessaire, sous peine de voir ce qu'elle possède tomber dans l'oubli et de ne recevoir jamais ce qu'on lui a promis.
René Delorme écrivait en 1878 : « Les tableaux cachés dans l'ombre des couloirs ne s'éclairant que très faiblement à l'heure des représentations, quand le va-et-vient affairé fait passer devant eux les comédiens pressés par les régisseurs, sont un peu oubliés. Les jeunes sociétaires, qui, par tradition,
i. A propos do la démolition do In Cour dos Comptes, M. Claretie écrivait \La Vie à Paris, 1893, p. 5. : « J'avoue que la destination nouvelle de remplacement où Tut la Cour des Comptes la gare d'Orléans: a coupé les ailes à un de mes espoir*. II y eut une heure où Ton parla de loger dans le palais reconstruit le Conseil d'État, installé au Palais-Royal, et qui eût été plus à l'aise dans ce palazzo nouveau. Alors l'ambition m'était venue de demander pour la Comédie» dont la bibliothèque el le musée sont fort à l'étroit, une partie du logis du Palais-Hoyal abandonné par le Conseil d'État, et d'y installer un véritable musée — public, au besoin, à de certains jours — et où toutes les richesses artistiques de la Comédie eussent pu être exposées. Les tableaux intéressants, les portraits, les curiosilés.historiques sont mal à l'aise dans le bâtiment occupé par la Comédie. Plus d'une toile est reléguée dans quelque pièce des hauts étages sans pouvoir être accrochée, et reste là. attendant la place voulue. Les corridors que ne voit jamais le public ont une décoration de tableaux d'un intérêt historique évident, alors même que leur valeur artistique n'est pas supérieure... »
2. Le Garrick-Club, fondé en 1831, est un des clubs les plus importants de Londres. Quoiqu'il ne se compose pas exclusivement de personnalités appartenant au monde du théAlre, la majeure partie de ses membres ont cependant, de près ou de loin, quelque point de contact avec l'art dramatique.
II occupe, aux n°* 13 et 15 de Garrick Street, \V. C, un important immeuble assuré pour la somme de £ 18.000 • *."0.000 francs), où se trouve un musée des plus riches pour l'histoire du théâtre. Ce musée comprend des portraits d'acteurs et d'actrices célèbres, des tableaux représentant des scènes de théâtre, des objets ayant appartenu aux comédiens et aux comédiennes d'autrefois (par exemple, l'épée, la tabatière et les boucles de souliers de Garrick).
La plupart des objets composant les collections du Garrick-Club ont été offerts par des acteurs, et le seul catalogue qui en existe est très incomplet; il ne mentionne pas la moitié des œuvres d'art et reste d'ailleurs la propriété du club où il faut aller le consulter. On a également dressé un catalogue sommaire des tableaux cédés au club par le célèbre acteur John Mathevvs : celui-ci, en effet, se trouvant dans une situation voisine de la gène, avait offert au Garrick-Club sa collection de tableaux; le Comité fit examiner la collection, en récusa une partie et acheta l'autre, dont on dressa le catalogue.
Ce musée est fermé au public, mais on peut le visiter tous les mercredis, en se faisant présenter par un membre du club.
.MAR1K-AXNE DK CHATKAl'NKVK (Al" 1 . 1 " DCCl.US)
connaissent les principales toiles de leur foyer, ignorent ces portraits dédaignés. Les anciens sociétaires déjà retirés du théâtre ont emporté avec eux la connaissance de détails qui concernent les œuvres et qui pourraient être curieux. Chaque jour augmente ainsi la difficulté de reconstituer les origines du musée. »
Or, le catalogue de RenéDelorme, comme celui de M. Monval, suivent, pour l'énumération des œuvres d'art, Tordre des salles, galeries, couloirs, escaliers, où elles étaient exposées avant le récent incendie. Comme, depuis la réfection du théâtre en 1900, ni l'un ni l'autre de ces catalogues ne concorde plus avec la disposition actuelle, comme en outre la plus grande partie des tableaux n'ont ni cartels ni numéros de concordance, il arrivera fatalement que des confusions se produiront, rendant extrêmement délicate la tâche de celui qui sera un jour appelé à ordonner la collection suivant un classement systématique.
Voilà pour ce que le théâtre possède. Mais ce n'est pas tout : j'ai dit que l'élat de choses actuel pouvait lui être préjudiciable, même pour ce qu'il ne possède pas. Et voici comment.
Dans la préface de son catalogue, M. Monval a dressé la liste des promesses faites à la Comédie-Française par des collectionneurs réputés : la liste est longuelte, les promesses sont alléchantes, mais combien en peut-on citer qui aient été tenues, depuis sept ans déjà que le livre a été publié? Les collectionneurs, qui sont des hommes comme les autres, ont une petite manie après tout bien excusable : quand il font des gracieusetés aux musées, ils aiment que l'on en tienne compte, et que l'on expose leur cadeaux avec un beau cartel tout doré, où la postérité viendra lire comment ils furent généreux. Or, allez donc offrir quelque chose à un musée dont on dit partout qu'il est archi-plein, et où Ton est obligé de pénétrer jusque dans le cabinet de l'administrateur pour apercevoir le buste de Vacquerie, par Dalou ! Le collectionneur se réserve. Dès l'instant où les œuvres d'art seraient exposées dans une jolie salle claire, toutes portes ouvertes aux visileurs, les donations afflueraient de tous côtés. Mais, comme dit Rudyard Kipling, ceci est une autre histoire...
Il y aurait une solution si facile et si élégante, pourtant!
Le jour n'est pas éloigné maintenant où la Cour des Comptes quittera le Palais-Royal pour aller s'installer en son « hôtel » de la rue Cambon ; son départ laissera vacantes toute une suite de belles salles, parmi lesquelles il
en est qui avoisinent immédiatement la Comédie-Française. L'occasion n'est-elle pas unique?
Un pas de l'administrateur général, un mot du directeur des Beaux-Arts, un geste de l'architecte — et le Musée Molière est créé.
— Je vous attendais ici! riposte le lecteur renseigné. Vous faites briller à nos yeux le lointain mirage d'un Musée Molière ou Musée de la Comédie- Française, mirage qui s'est déjà tant de fois évanoui. Mais, en supposant un moment toutes les autres difficultés aplanies, ne craind riez-vous pas quelques désillusions pour le jour où les peintures, actuellement reléguées dans l'obscurité des couloirs et des escaliers, seraient accrochées dans vos belles salles claires?
— Certes, les pièces capitales et les morceaux médiocres se montreraient de compagnie dans ce musée, et même, si Ton s'en tient à l'état présent, il faut avouer que la proportion serait assez inégale. Cepefrtnnt, comme ces œuvres d'art constitueraient toutes des documents intéressants pour l'histoire du théâtre, ce titre primerai!, aux yeux des visiteurs, leur valeur purement esthétique.
Qu'on se rappelle le principe qui sert de base à l'organisation de 1 1 National Portrait Gallery de Londres et de ligne de conduite pour ses accroissements. 11 s'agit, d'abord, de présenter au public les portraits relatifs h l'histoire de l'Angleterre. Si ces portraits sont des chefs-d'œuvre, tant mieux; on les accueille avec une double joie. Mais si leur valeur d'art est médiocre, et capital leur intérêt documentaire, on ne les repousse pas pour cela, au contraire. Telle doit être la formule de tous les musées spéciaux, et notamment d'un musée relatif à l'histoire du théâtre.
Une objection plus grave pourrait être faite sur la composition môme des collections de la Comédie-Française. « C'est malheureusement le hasard, et parfois le caprice, a écrit M. Monval ', qui a présidé h la formation du musée : l'un et l'autre expliquent bien des lacunes, des redites et des anomalies. » Mais quel musée n'a pas les siennes? Et quel visiteur averti, en se promenant au Louvre par exemple, n'a pas regretté, là aussi, des lacunes et des redites, et rêvé d'une idéale galerie où Ton trouverait, en exemplaires de choix, les meilleurs maîtres de toules les écoles?