‹ Le musée de la Comédie-française, 1680-1905Chapitre 9 sur 145 · M"« RAISIN · texte numérisé non relu

M"« RAISIN

auteur comme lui, et créateur d'un des plus

DishimlliL'i'es). Et pourquoi les aurait-on peintes ensemble, dans la plus étroite iiitiniitt''.' ^ar ce n'est point ici une scène de théâtre, quoique des esprits c.uiitp!;ii*aii(s y aient vu Itoxanc l Alalide de tiajazet. N'est-ce pas tout simplement une niei-e et sa tille, ou les deux belles-

célèbres types de valets de comédie : Raymond Poisson, le père des Crispins. Mais si Ton en croit la gravure d'Edelinck, dont nous donnons une reproduction, c'est k Theodor Netscher, et non pas à Caspar, qu'il faudrait l'attribuer 1 .

Déjà, le tableau des Farceurs nous a montré Poisson dans ce personnage, dont l'apparition remonte h t Écolier de Salamangue, de Scarron, joué en 1654 h l'Hôtel de Bourgogne. Mais Netscher Ta repris et précisé dans la peinture que possède encore la Comédie-Française : en même temps que la large bouche et le nez épaté, dans la rondeur du visage, il a noté la physionomie à la fois goguenarde et sournoise, et le costume aussi, imaginé par Facteur et devenu après lui partie intégrante du rôle : le haut-de- chausses, le pourpoint et le petit manteau noirs, comme la calotte et le chapeau; les bottes fauves, ces fameuses « bottines » dont on lui a prêté l'invention. « 11 parloit bref, dit d'Allainval, et comme il n'avoit pas de gras de jambes, il imagina de jouer en bottines ; de là, tous les Crispins bredouillèrent et se bottèrent. »

Tous les Crispins! Pendant un siècle, le rôle fut l'apanage de la famille : à Raymond Poisson, succédèrent Paul, son fils, et ses petits-fils Philippe et François-Arnould. Et si Paul est dessiné par Watteau dans un rôle de fantaisie, par contre Philippe et François-Arnould reprendront le costume noir et les « bottines » traditionnelles quand ils poseront, le premier devant Grimou (ancienne collection H. lloxard de La Salle, de Nancy) 8 , le second devant Geuslain (Salon de 1737).

Ce début du xviu siècle, c'est l'époque par excellence des « dynasties de

sœurs, M"* La Grange et M ,lc Verneuil IMoliérhte du 1 er avril 1885), ou encore les deux sœurs Loyson, que F. de Troy peignit et exposa au Salon de 16U9? »

1. La gravure porte, en effet, d'un coté la signature : T. Netscher pinx, et de l'autre : G. Edelink efpgiem sculp. 1682 et exe. — Les deux Netscher d'ailleurs vinrent à Paris, et leurs dates à tous deux concordent avec celles de Raymond Poisson, né vers 1630 et mort en 1680; Caspar naquit en 1639 et mourut en 1684; Theodor, né en 1661, mourut en 1732.

Jal (Dictionnaire critiqve, etc.) donne également à Theodor le portrait de Poisson, gravé par Edelinck.

2. Ce portrait figura au catalogue de la vente Roxard de La Salle (1881) sous le nom de Paul Poisson (1658-1735), ce qui faisait dire à Paul Mantz, dans la préface de ce catalogue : « Quant au Grimou, il est curieux, d'abord parce qu'il est daté de 1732 et ensuite parce que le personnage, représenté en costume de fantaisie, ne serait autre que le comédien Paul Poisson.

« Est-ce bien sûr? Si Paul Poisson avait soixante-dix-sept ans quand il est mort en 1735, nous aurions là non son portrait, mais celui d'un Crispin quelconque, costume d'ailleurs avec le caprice que le peintre apportait à toutes ses fantaisies... »

Voici, toujours d'après le catalogue, la description de ce portrait : « Il est debout, de grandeur naturelle, en costume noir, le cou entouré d'une fraise à triple rang, les cheveux rejelés en arrière et recouverts d'une toque à chaîne d'or; de grandes manchettes blanches

théâtre ». À côté de celle des Poisson, on pourrait en citer bien d'autres : les Desmares, les Dancourt, les Grandval, les Quinault, les Dangeville. Toutes se ramifient, s'entremêlent, s'entr'unissent par des mariages; si bien qu'il n'est pas exagéré de dire qu'à la Comédie-Française d'alors, tout le monde est un peu cousin par les femmes.

En voici un exemple : Nicolas Desmares, le frère de la Champmeslé, avait eu deux filles : Tune, Christine-Antoinette-Charlotte, reçue en 1699, hérita des rôles de sa tante et joua en même temps les soubrettes jusqu'à sa retraite, en 1721; l'autre, Anne-Catherine, épousa Antoine-François Botot, dit Dangeville, dont la mère était une Grandval.

Cette Charlotte Desmares, qu'on vient de nommer, eut la bonne fortune de tenter l'alerte crayon de Watteau ; parmi les dessins gravés par Desplaces, on la trouve, — "entre Paul Poisson aux aguets dans un parc et Dumirail brandissant un thyrse, — avec son petit profil mutin, sa taille bien prise dans une robe simplette, le collet à coquilles sur les épaules et le bourdon de pèlerine à la main. C'est là M 110 Desmares, à l'aube de sa renommée, peu de temps après sa réception (1699), dans la « pèlerine » du dernier acte des Trois Cousines, la comédie de Dancourt, représentée en 1700.

Encore un auteur-acteur, ce Florent Carton-Dancourt! Gence l'a peint, dans le portrait de la Comédie-Française, non pas en comédien, mais en poète, non pas sur les planches, mais à sa table de travail, quoiqu'il se fit applaudir pendant plus de trente années, au moins autant dans les emplois de haut comique où il excellait, que dans les nombreuses comédies qu'il écrivit. De toutes, les Trois Cousines furent la mieux accueillie, et Watteau, qui l'alla voir, en rapporta ce croquis de M ,,e Desmares en pèlerine, une impression de théâtre toute menue, toute légère, toute futile d'apparence, mais d'où devait sortir un jour, ainsi que l'a si ingénieusement démontré

dentelées sonl relevées sur les poignets; il relève le coin de son manteau. Il porte un costume de Crispin modifié par la fantaisie de l'artiste. »

Pourquoi pas simplement par la fantaisie du comédien? Elle n'est pas pour nous surprendre à l'époque.

Quoi qu'il en soit, ce portrait figura sous le nom de Philippe Poisson (et non de Paul, son père) à l'Exposition des portraits nationaux de 1878 (n° 710 du catalogue de H. Jouin), les dates de ce Crispin (1682-17 43J paraissant mieux s'accorder avec la date du tableau (1732). Par malheur, Philippe avait pris sa retraite en 1722, et il n'y avait plus au Théâtre-Français, en 1732, que le second flls de Paul, François-Arnould (1696-17;>3). Ne faut-il pas. une fois de plus, changer le titre du portrait de Grimou ?

M. L. de Fourcaud, Je féerique enchantement de F Embarquement pour Cythère 1 .

A côté delà Une pèlerine, il faut placer une peinture de Charles Coypel, bien faite pour nous rappeler que la nièce de M Ilc Ghampmeslé ne jouait pas seulement les soubrettes, mais aussi les reines de tragédie : ici, le visage s'est légèrement empâté, la bouche drôlette se perd entre les joues et le double menton, la taille se devine alourdie sous le manteau qui se croise à la hauteur du bras droit et que retient une agrafe gemmée; mais les yeux restés jeunes n'ont rien perdu de leur vif éclat, et ce sont si peu des yeux de tragédienne! La pose manque de simplicité comme le geste de naturel : et ainsi le veut la tradition dramatique de l'époque !

C'est à la Champmeslé, sa tante, que M"* Desmares devait la science maniérée de ses attitudes, en même temps que sa déclamation chantée; c'est à la même école que s'était formée Marie-Anne de Chàteauneuf-Duclos, qui débuta en 1693 et resta jusqu'à la venue d'Adrienne Lecouvreur (1717), la première tragédienne de la Comédie-Française. Un passage inédit du Portefeuille de Bachaumont caractérise excellemment l'actrice : « N'avons-nous pas vu la Duclos, dit-il, reconnue fort beste par tous ceux qui l'ont connue, tenir le premier rang à la Comédie, avec moins de taille que la Raysin. un beau visage et de beaux csclats dans la voix; elle nous a fait illusion et nous a tous enchantez. Cependant, à y regarder de prez, sa déclamation n'estoit point naturelle : c'estoit une espèce de chant, presque toujours le même; mais une manière d'entrailles et de sentiment, d'un ton assez majestueux et imposant, nous empèchoient de nous apercevoir du défaut de la comédienne 1 . »

Ceci ne saurait être une « légende » exacte pour le souriant visage attribué h Nattier, de l'ancienne collection Alexandre Dumas, non plus que pour le portrait, moins plaisant, par Alexis Grijnou, du musée Carnavalet. Ce qu'évoque la note de Bachaumont, c'est Y Ariane plantureuse et empanachée, qui joue la tragédie de Corneille en costume Régence et que le pinceau de Largillière s'est complu à nous détailler.

Thésée, le héros inconstant, s'est enfui avec Phèdre, et le navire qui les

i. Antoine Walteau : Scènes et figures théâtrales. Voir la Revue de fart ancien et moderne, t. XV, p. 210. — Nous allons avoir l'occasion de revenir sur cette étude un peu plus loin, à propos des comédiens français dans l'œuvre de Wattcau. Voir p. 46.

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