LE FOYER DES TRAVESTISSEMENTS
Le petit salon, dit des travestissements, parce qu'il est réservé aux comédiens qui ont à changer deux et trois fois de costume pendant un même acte, contient un certain nombre d'œuvres intéressantes. Malheureusement cette pièce est si peu claire, que la plupart des curiosités qu'elle renferme se trouvent dans Tombre. Le soir, quand les candélabres sont allumés, on y peut admirer un portrait au crayon de M"" Mars par Girodet; une magnifique sanguine qui représente Adrienne Lecouvreur et qui a été offerte à la Comédie par M. de Saint- Albin, et un portrait de Talma. Ce portrait au crayon noir porte une inscription indiquant que « Talma, premier pensionnaire du Théâtre-Français, a été dessiné d'après nature, en l'an VIII, par M. Mérimée, professeur de dessin à Fécole centrale du Panthéon ».
On peut aussi regarder, mais en passant, un portrait au crayon de M"" Volnais par E. Bouchardy (1818), et un portrait de M"^ Dupont. Nous ne conseillerons pas aux amateurs de stationner trop longtemps devant un dessin qui représente une accumulation de portraits, un bouquet de figures de comédiens. Au point de vue artistique, cet entassement de têtes est plus que regrettable. Au point de vue de l'histoire du théâtre, cette pitoyable fantaisie de dessinateur a quelque valeur. On y trouvera des indications qui pourront être utiles dans l'avenir.
Arrêtons-nous devant un cadeau royal. C'est une gravure visant particulièrement à l'effet, une gravure pompeuse comme il s'en faisait encore au siècle dernier. M"" Clairon, portant son costume de Médée, y trône au milieu d'une apothéose magni-
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hquc. Klle est encadrée dans un bois sculpte et dore qui a i^mr attributs une couronne et des branches de laurier d un travail exquis. Le cadre porte cette inscription : « Donné par le roi à M"* Clairon. »
Bachaumont a eu connaissance de cette gravure et de cet encadrement. Il en parle en ces termes dans ses Mémoires, à la date du 19 septembre 1764 :
« Tout le monde court après la nouvelle .estampe de M"* Clairon; clic est gravée, d'après le tableau de M. Van Loo, par MM. Cars et Beauvarict, graveurs du roi. On sait qu^elle est représentée en Médéc. On a saisi, dans le cinquième acte de cette tragédie, l'instant où Médée vient de poignarder ses enfants et s'enfuit dans son char en les montrant À Jason. La gravure de la planche a été payée par le roi, ainsi que la bordure du tableau. Quant au tableau. M*** la princc5se de Gallitzin en a fait présent à M"" Clairon. M. Nougaret a £ait les vers suivants pour être mis au bas du portrait :
Cette actrice immortelle enchaîne tous les cœurs ; Ses grâces, ses talents lui gagnent les suffrages Du critique sévère et des vrais connaisseurs:
Et de nos jours bien des auteurs Lui doivent le succès qui suivit leurs ouvrages.
Nous ne quitterons pas Bachaumont sans citer un autre passage de ses Mémoires relatif à M"' Clairon :
« Il y a quatorze ans, écrit, à la date du 10 février 1765, le chroniqueur du xviii» siècle, que M. Garrick, le plus grand acteur du théâtre de Londres, vint passer quelques jours A Paris : il vit jouer M"* Clairon et reconnut ce qu'elle devait être un jour. Il vient de faire faire un dessin par M. Gravclot, dans lequel M"* Clairon est représentée avec tous les attributs de la tragédie. Un de ses bras s'appuie sur une pile de livres; on y
lit: Corneille, Racine, Crébillon, Voltaire; et Melpomène est à côté, qui la couronne. Dans le haut du dessin on lit ces mots :