PROPHÉTIE ACCOMPLIE
et ces quatre vers au bas :
J'ai prédit que Clairon illustrerait la scène, Et mon espoir n'a point été déçu.
Elle a couronné Melpomène, Melpomène lui rend ce qu'elle en a reçu.
« Ces vers sont de M. Garrick.
« Les enthousiastes de M"® Clairon ont saisi avec avidité cette occasion de la célébrer : on a institué Tordre du Médaillon, et l'on a frappé des médailles représentant ce portrait, dont ils se sont décorés. »
Moins de deux mois après, M"^ Clairon était conduite au Fort-1'Evêque pour avoir provoqué des désordres à la Comédie, en refusant de jouer avec l'acteur Dubois^ compromis par un triste procès.
N'est-ce pas un rapprochement singulier à faire? A quoi aboutit cette grande faveur politique se manifestant par un cadeau royal^ par la création d'un ordre de galants partisans ? — A la prison.
Avant de passer à une autre gravure, n'oublions pas de mentionner que le portrait de M"^ Clairon, par MM. Cars et Beauvarlet, a été donné à la Comédie- Française par M. Régnier.
Nous avons écrit le nom de Garrick quelques lignes plus haut. Le portrait du grand comédien, dans le rôle de Richard III, se trouve dans le foyer des travestissements. C'est une gravure faite à la manière anglaise. Il nous est impossible de regarder cette image sans penser aux honneurs dont Facteur anglais fut l'objet. Son tombeau est à Westminster parmi ceux des poètes et
des rois. Jamais nous autres Français, qui nous piquons d'aimer les arts, et qui qualifions volontiers les sujets de U reine Victoria de gens matéricb et pratiques, nous n'avons témoigné d'une manière aussi haute Tadroiration que pouvait nous inspirer un immense talent.
Il y a une foule de ()etits cadres accrochés au mur du salon que nous visitons : ici, c'est un portrait de Molière gravé par de Maiily ; là, une gravure faite en 1714 par Desplacet, diaprés le |X)rtrait de M"* Duclos par Largilliére ; ailleurs, deux gravures de Léotard représentant les tableaux bien connus de Watteau, qui ont pour titre : Comédiens français et comédiens italiens.
Voici encore deux gravures de Dupuis. La première représente une scène du Philosophe marié de Destouches; elle a été faite d'après un tableau de Lancret. M. Jules Bonnassies croit reconnaître dans les personnages qui sont en scène : M"* Legrand, Legrand fils, M"" Dufresne, Quinault-Dufresne, M"* Labat, Duchemin père, Legrand père.
L^autre gravure, fuite aussi d'après un tableau de Lancret, met en scène le Glorieux. Les personnages qui y sont figurés seraient : Quinault-Dufresne, Grand val, M"* Labat, M"* Quinault la cadette. Nous renvoyons nos lecteurs à l'étude que M. Jules bonnassies a publiée sur ce sujet. Elle se trouve dans les notes de la réimpression de la Lettre à milord "', et de la Lettre du soujffleur '.
Cinq petits cadres contiennent des gravures coloriées de Fesch datées de 1770. L'œuvre de Fesch est trop connue pour que nous en donnions ici une description minutieuse. Il nous semble suffisant d'indiquer que l'on y trouve des portraits finement exécutés de Lekain, Mole, Prévillc, de M"* Dumesnil,ctc.
• Paris, NVilhem, 1871.
Sur la cheminée, un marbre : le buste de l'impératrice Marie- Louise par Bartholdi, d'après celui de Bosio. Les bustes sont, comme les hommes, soumis à des grandeurs et à des décadences. Où vont les bustes des souverains tombés, des majestés déchues? Voici un buste d'impératrice qui dut, au temps de sa gloire, occuper la meilleure place du grand foyer. Il est aujourd'hui perdu dans les ténèbres du petit salon des travestissements.
Nous n'avons compté que quatre tableaux à l'huile dans ce foyer : un portrait de Damas, fait par Pinchon en 179}, et donné à la Comédie par M""* Damas; un Scapin et une scène de Louis XI sans noms d'auteurs, et enfin le carton des Derniers Moments de Talma par Robert Fleury. Cette première .esquisse d'un grand tableau nous donne les portraits de Jouy, d'Arnault et de Firmin.