LETTRE
Adressée par les Artistes du ci-devant Théâtre- Français au ministère de l'Intérieur, le 3 messidor an IV.
« Citoïen ministre ,
« Vous demandez que les artistes du cidcvant Théâtre-Français vous produisent leurs titres à la propriété de la statue de Voltaire, qui est dans le vestibule de la salle du faubourg Germain.
f Ce titre est aussi simple qu'il est décisif; elle nous a été donnée par la citoïcnnc Duvivicr, à qui elle appartenait. La citoïenne Duvivicr, nièce et héritière de Voltaire , avoit fait exécuter cette statue dans l'intention de la donner à l'Académie française. Aiant appris qu'elle avoit change de dessein, nous conçûmes aussitôt, avec le plus vifdcsirde posséder ce précieux monument, l'espérance fondée de l'obtenir.
« En conséquence , nous arrêtâmes d'écrire à la citoïenne Duvivicr une lettre qui lui fut adressée le 26 septembre lyf^: elle y
répondit à l'instant, par sa lettre du même jour, dont les termes ne laissent rien à de'sirer.
« Les artistes du The'âtre -Français, après avoir exprimé à la citoïenne Duvivier tous les sentiments dont leurs cœurs étoient pénétrés , et lui avoir exposé les titres qu'ils croïoient avoir pour mériter son bienfait , terminoient en rappelant ce que Voltaire leur avoit dit lorsqu'il vint les remercier des efforts qu'ils avoient fait pour obtenir son retour dans la capitale: « Mes enfants, je veux « vivre et mourir au milieu de vous. » Cette adoption glorieuse , ajoutions-nous, c'est à vous, madame, à la confirmer par un don qui ne peut et ne doit être fait qu'à ses enfants. »
« La citoïenne Duvivier répondit :
« Rien n'est si flatteur, messieurs, pour la mémoire de mon oncle tt et pour moi que la lettre que je viens de recevoir de votre assem- « blée; je l'ai lue avec attendrissement.
a La manière dont vous vous êtes conduits avec lui pendant le « trop court séjour qu'il a fait dans cette capitale m'impose .^ pour « ainsi dire , la loi de remplir vos désirs et de placer la statue de « M. de Voltaire au milieu de ceux qui l'ont couronné de son « vivant.
« Je vous donne avec grand plaisir ce tribut de ma reconnaissance « et des sentiments avec lesquels j'ai, etc., etc.
« Signé : Mignot du Vivier. »
« Vous voïez donc , citoïen ministre , que c'est bien le don de la statue qui a été sollicité , et que c'est le don qui en a été fait sans restriction ni réserve.
« Vous voïez que c'est la Société des comédiens françois qui en a fait la demande, et que c'est bien aux individus qui la composent, à ceux qui avoient couronné Voltaire de son vivant, à ceux qui s'étoient conduits de manière à mériter le don de la citoïenne Duvivier, qu'elle a donné ce témoignage de sa reconnaissance, et qu'elle a bien voulu regarder ce don comme une obligation qu'elle avoit à remplir envers nous. »
La Nation, qui réclamait la propriété de la statue de Voltaire, se basait sur l'inventaire dressé à la salle du faubourg Saint- Germain le 3^ ventosc an II, inventaire incomplet, qui n^avait pas mentionné parmi les objets appartenant aux comédiens le marbre de Houdon, la pièce la plus précieuse de leur collection.
La lettre que nous venons de reproduire mit A néant les prétentions de TKtat, et le i j messidor an IV le ministre de l'Intcricur laissa à la Comédie la disposition de la statue.
Grâce aux dons que les artistes recevaient, grâce au système inauguré par Caffieri, le Musée se développa si rapidement que dès 1779 le foyer des artistes était trop petit pour contenir sa collection de marbres. Le 9 février 1779, Caffieri se plaint qu'on ait déplacé le buste de Quinault qu'il a donné pour y mettre « un double portrait de Voltaire fait par M. Houdon » et le semainier s'excuse en faisant valoir Texiguité du foyer. Il faut que les bustes alternent entre eux. On les exposera à tour de rôle.
Le 20 décembre de la même année, Boizot annonce qu'il a termine le buste de Racine, et que Moret a mis la dernière main au buste de Regnard'. Au moment d'en prendre livraison, les comédiens se demandent si le plancher du foyer est capable de supporter un si grand nombre de marbres et ils font faire une expertise par Tarchitecte des Menus.
De 1787 à la fin du siècle, les achats de bustes cessent complètement. De 1800 à 181 5, le foyer ne reçoit que deux bustes nouveaux, ceux de Gresset et de Baron, par Fortin.
On peut donc dire que c'est entre 1775 et 1787, c'est-à-dire dans l'espace de dix ans, qu'ont été réunis les beaux ouvrages
* Le buste de Regnard, par Moret, a disparu pendant la période rcvoiutninnaire.
de sculpture mentionnés sur l'inventaire de i8i^j dans Tordre suivant :
INVENTAIRE DE iSij