XVI PRÉFACE
soin de poursuivre aussi loin la recherche de la paternité.
En ce qui concerne les paroles célèbres, les mots « historiques », on verra que le plus souvent une grande incertitude règne sur leur authenticité, qu'il en existe en général plusieurs variantes, et que parfois même les témoignages se font plus rares à mesure que l'on se rapproche de l'époque où ces mots auraient été prononcés, jusqu'à faire complètement défaut chez les auteurs contemporains. C'est d'ailleurs une vérité généralement reconnue, devenue presque banale, que la plupart des mots historiques n'ont pas été dits, mais ont été fabriqués ou arrangés après coup, ou même ont précédé les événements auxquels on les a plus ou moins heureusement appliqués.
Lorsque ces mots sont reconnus apocryphes, il ne s'ensuit pas qu'ils soient sans intérêt et qu'il y ait lieu, pour le biographe et l'historien, de les biffer simplement d'un trait de plume et de les laisser de côté. Il en est au contraire de fort bien trouvés, qui peignent nettement et vivement une situation. De plus, ils font partie de ce patrimoine de traditions, longtemps enseignées comme des vérités, qu'il n'est permis à personne d'ignorer. A ce seul titre, l'historien a le devoir de les mentionner, tout en disant ce qu'il faut penser de leur authenticité.
Notre amour pour la vérité, notre souci de l'exactitude, nous ont souvent amené à porter la main sur des légendes édifiantes, et il pourra se trouver quelque lecteur assez respectueux des « fables convenues », selon l'expression que Voltaire prête à Fontenelle, pour crier au sacrilège. A notre avis, il ne faut pas vouloir faire quand même de l'histoire un conte moral. Les événements réels fournissent assez d'enseignements sans