DES « MOTS QUI RESTENT » XVII
qu'il soit besoin d'y joindre des fictions nées de la rumeur publique ou de l'imagination des auteurs. L'historien vraiment digne de ce nom doit se refuser h frelater l'histoire, même au pc^nt de vue de l'esthétique ou dans l'intérêt de la morale.
Nous pensons donc qu'on ne saurait réprouver trop sévèrement, même lorsqu'il s'agit d'une œuvre d'art, des théories comme celles qu'émettait Alfred de Vigny, dans la préface de Cinq-Mars, en 1827. En raison du grand succès de cet ouvrage, qui tient à la fois du roman et de l'histoire, il se croyait autorisé à s'exprimer ainsi :
Je ne puis m' empêcher de jeter ici ces réflexions sur la liberté que doit avoir F imagination d'enlacer dans ses nœuds formateurs toutes les figures principales d'un siècle, et, pour donner plus d'ensemble à leurs actions, de faire céder parfois la réalité des faits à Vidée que chacun d'eux doit représenter aux yeux de la postérité ; enfin, sur la différence que je vois entre la vérité de l'art et le vrai du fait.
Grâce à cette distinction un peu subtile, qui n'a pour nous qu'un bien faible attrait, il essaie de justifier les libertés qu'il est d'avis de prendre dans les œuvres d'art avec la vérité historique. Il dit un peu plus loin, € pour achever de dissiper sur ce point les scrupules de quelques consciences littérairement timorées » :
Dans beaucoup de ses pages et qui ne sont peut-être pas les moins belles, l'Histoire est un roman dont le peuple est l'auteur. L'esprit humain ne me semble se soucier du vrai que dans le caractère général d'une époque...
Cette liberté, dit-il encore, les anciens la portaient dans l'histoire même, ils n'y voulaient voir que la marche générale et le large mouvement des sociétés et des nations... On pourrait presque calculer géométriquement que, soumise ainsi à la double composition de l'opinion et de
ALEX.. Mu$. de la Conv. b