XVIII PRÉFACE
récrivain, leur histoire nous arrive de troisième main, et éloignée de deux degrés de la réalité du fait.
C'est qu'à leurs yeux l'Histoire aussi était une œuvre de l'art ; et pour avoir méconnu que c'est là sa nature, le monde chrétien tout entier a encore à désirer un monument historique pareil à ceux qui dominent l'ancien monde.
(Réflexions sur la vérité dans VArl.)
Il nous semble que ce sont ceux qui traitent l'histoire avec un tel sans-gêne qu'on peut accuser de commettre un sacrilège.
Fort heureusement, si de pareilles idées ont pu trouver quelque crédit, aujourd'hui on se montre en général plus soucieux d'une critique sévère, plus respectueux de la vérité.
Pour notre part, nous voudrions pouvoir contribuer, si peu que ce soit, à barrer la route à l'erreur, à empêcher la légende de s'installer définitivement dans l'histoire à la place de la vérité.
Mais il ne faut pas se faire grande illusion sur le succès d'efîorts de cette nature. Telle légende, dont la fausseté est depuis longtemps démontrée, telle autre, sur laquelle planent les doutes les mieux motivés, sont à ce point implantées dans l'esprit public, tant de fois reproduites dans les livres et consacrées par les œuvres d'art, qu'elles semblent absolument indéracinables.
Il faut lire encore ce passage de l'éloquente dissertation d'Alfred de Vigny, citée plus haut, pour comprendre comment se forment les légendes et comment elles deviennent indestructibles :
Examinez de près l'origine de certaines actions, de certains cris héroïques qui s'enfantent on ne sait comment, vous les verrez sortir tout faits des on dit et des nmrmures de la foule, sans avoir en eux-mêmes autre chose qu'une ombre de vérité ; et pourtant ils demeureront historiques