CHEF
« Je sais leur chefy il fallait bien les snivre! »
Voici en quels termes très vagues Eug. de Mirecourt rapporte, dans ses Contemporains, ce propos attribué à Ledru-Rollin :
La destinée de cet homme devait forcément aboutir au ridicule.
Uu jour, le flot populaire traverse la rue, et le grand meneur cède aux premiers braillards qui l'acclament.
On l'entraîne ; on le jette dans le guêpier d'une conven-
CHEF — CHEMIN 15a
tion pour rire, et ce dictateur avorté se console avec ce mot qui le peint de pied en cap :
« — Eh 1 je suis leur chef, il fallait bien les suivre ! »
[LedTU'Rollin, 1857, p. 11.)
Nous avons vainement cherché une confirmation de ce récit, très probablement relatif à Témeute du 16 avril 1848, dans les autres biographies de Ledru- Rollin et dans les journaux du temps. Mais voici ce que nous lisons dans les Derniers Souvenirs du comte Joseph d'Estourmel (1782-1852), à la date du 19 avril 1848^ à propos du célèbre démocrate, alors ministre de Tintérieur :
Cette belle et noble intelligence est à la remorque, la queue mène la tête, et je crois voir, dans je ne sais plus 'quelle comédie, Potier autour d'une troupe de conspirateurs, disant si naïvement: H faut bien que je les suive, puisque je suis leur chef.
Ainsi donc, loin d'être authentique, le mot ne serait qu'un souvenir de théâtre, et la légende courante résulterait d'un rapprochement assez logique entre la situation de l'homme politique et celle du héros de comédie.