JUMENT — JUSTE
Cet unique défaut de la jument de Roland est resté proverbial.
« Ils veulent être libres, ils ne savent pas être Justes. »
Parole fameuse prononcée par Tabbé Sieyès, à l'Assemblée constituante, le 10 août 1789.
Dans la nuit du 4 août, l'Assemblée avait décidé en principe que toutes les dîmes sans distinction seraient rachetables.
Lorsqu'on en vint, le 10, à discuter le texte du comité de rédaction, on proposa, ce qui fut finalement voté, la suppression pure et simple des dîmes ecclésiastiques,. l'État s'engageant à subvenir aux besoins du clergé, toutes les autres devant être rachetées.
Sieyès, prenant la défense du clergé, s'opposa de toute la force de son éloquence à l'adoption de cette mesure, et dit, au milieu d'un assez long discours :
Je n'ajoute plus qu'un mot ; y a-t-il beaucoup de justice à déclarer que les dîmes inféodées qui sont de même nature et ont les mêmes origines, soit qu'elles se trouvent dans des mains laïques ou dans des mains ecclésiastiques, sont supprimées avec indemnité pour le laïc et sans indemnité pour l'ecclésiastique?... Ils veulent être libres, ils ne savent pas être justes,
(Moniteur du 11 au 14 août, p. 165, col. 1.)
Le sommeil du Juste.
Allusion à quelques passages de la Bible, et plus particulièrement à ce verset :
Ne dressez point d'embûche au juste : ne cherchez point ALEX.. Mus. de la Conv., I. 29
rimpiété dans sa maison ; et ne troublez point son repos.
(Ne insidieris, et quœras impietaiem in dovio justi, neque vastes requiein ejus.)
[Les Proverbes, chap. xxiv, v. 13.)
On cite encore les versets suivants :
Lévifigue, chap. xxvi, v. 6.
Psaumes, ch. m, v. 5, 6 ou 6, 7 selon l'édition. — Ch. IV, V. 8 ou 9. — Ch. cxxvi, v. 2.
Proverbes, ch. m, v. 24.
Sévère, mais juste, comme Tinstituteur Pet-de-Loup.
L'instituteur Pet-de-Loup est assurément une des plus plaisantes créations de Nadar. Il se montre pour la première fois dans une suite de vignettes que le spirituel caricaturiste donna à la Revue comique [à Vusage des gens sérieux), très curieux recueil créé vers la fin de
Dans la IT*" livraison commence l'histoire de la Vie publique et privée de mossieu Réac, amusante satire contre les hommes des anciens partis.
Nadard (sic) prend son héros dès la plus tendre enfance et se plaît à lui prêter toute sorte de mauvais instincts.
11 nous montre par exemple le jeune Réac s'amusant à brûler les moustaches d'un gros chat, qui prend mal la chose, lui saute au nez et refuse de lâcher prise.
Heureusement, dit la légende (18® livr., p. 262), le pion de la pension Petdeloup, — homme sévère mais juste, — parvient à lui ôter cet animal.
M. Pet-de-Loup reparaît à plusieurs reprises dans cette suite de dessins et dans quelques autres vignettes du même recueil. Nous le retrouvons encore dans une série de caricatures de Nadar : le Mal de dents (souvenirs de Cruikshank), qui parut dans le Journal pour rire du 14 février 1851.
Pet-de-Loup est devenu le type des maîtres de pension, marchands de soupe, fabricants de forts en thème et entrepreneurs de fours à bachot, dont les réclames s'étalaient à cette époque à la quatrième page des journaux.
Déjà, vers 1843, Louis Reybaud avait ridiculisé ce genre d'industrie, dans son Jérôme Paturot, en la personne de l'instituteur Roustignac :
On ne sait où l'on a lu, par exemple, écrivait-il (chap. xxix), que rinstitution Roustignac est la première des institutions, que les pairs de France y placent leurs rejetons et que le pacha d'Egypte y entretient un enfant de son dix-huitième lit ; on ne sait où Ton a lu cet éloge, et pourtant il fait partie intégrante de nous-mêmes et de la somme de nos connaissances.
Roustignac, quoique ce mot fût déjà d'une assez' heureuse venue, a dû céder le pas au célèbre Pet-de- Loup (homme sévère mais juste), dont le nom fut désormais, à quelques variantes près, d'un emploi courant pour désigner la même catégorie d'industriels.
L'institution Piedloup ou Piedeloup est plusieurs fois mentionnée dans les caricatures de Cham (Charivari des 18 décembre 1851 et 25 décembre 1854). Gustave Doré, dans le Journal pour rire du 5 mars 1852, nous présente l'instituteur Pedeloup lui-même sous la forme d'un professeur vêtu en magicien, qui, une verge à la main, fait travailler un enfant au crâne prodigieusement hypertrophié. Et, quelques semaines plus tard.