‹ Le Musée de ToulouseChapitre 10 sur 19 · NOTRE-DAME HF. GRASSE · texte numérisé non relu

NOTRE-DAME HF. GRASSE

Débarrassée en partie, par des grattages prudents, des couches successives de peinture qui l'épaississent, sa tête est d'une maîtrise et d'une ingénuité exquises. Ses yeux, dont on peut^■oir transparaître le hleu pâle, ont le vague et la douceur de ceux des tout petits enfants.

Le socle mouluré est décoré, sur les côtés, de feuilles dorées très découpées et élégantes, sur le devant d'un blason flanqué de chardons, malheureusement gratté, de part et d'autre duquel se déroule une inscription en saillie : « Nostre Dame de Grasse » (sic).

Quoique cette œuvre délicieuse, dans laquelle « le divin confine à l'humain «, figure sur nos premiers catalogues, nous ne savons rien d'elle'. Durnège, qui la loue longuement, ne nous dit pas d'où elle est venue. Comme ses personnages ont l'attitude de ceux qui s'adossent encore aujourd'hui contre le tympan du portail de l'église Saint-Nicolas, il nous semble probable qu'ils faisaient, ainsi que ces derniers, partie d'une adoration des Mages. Ils sont, en tous cas, bien français et aussi charmants que les meilleurs morceaux de l'art gothique à son déclin. D'une tenue moins majestueuse que les figures du treizième siècle inspirées par une piété plus fervente, ils vivent d'une vie moins conventionnelle et plus vraie. Leurs extrémités, d'un métier sûr, élégant, méthodique et recueilli, nous remémorent d'ailleurs, à cent ans de distance, celles de la gracieuse madone qui nous vient de Saint-Sernin. Les deux groupes ont des similitudes; et si le plus ancien est plus imposant et plus divin, le dernier venu, dans lequel des draperies épaisses affinent davantage encore la gracilité des chairs, a toute la grâce de la nature et son pittoresque imprévu.

Le groupe de gauche, du commencement du seizième siècle, fisure une Annonciation. Il était autrefois aux Récollets, dans la chapelle funéraire des Baccaria de Pavie, marquis de Fourquevaux, dont l'écu vairé d'or et de sinople timbre le beau vase d'où sort le lys. Il est bien moins remarquable que les morceaux déjà décrits et se distingue davantage par l'exécution des accessoires, du lutrin en particulier, que par celle des mains et du visage encore existants. L'ange au vol abaissé traditionnel est vêtu dune dalmatique et tient une branche fleurie; la "Vierge debout, la main droite levée en signe d'étonnement, pose la gauche sur un livre

I. Notice de i8i3 : n» [ 14; — Notice de 181 S : n° iqS; — Notice de 1828 : n" 83 1 ; Description de i836 : n" 463.

ouvert. Elle porte une robe à décollettige carré, une guimpe légère, et un long manteau qui laisse voir son corsage collant et tombe en plis verticaux de part et d'autre du corps. C'est sans doute parce que l'église où elle était placée appartenait à l'ordre de Saint-François qu'elle est ceinte de la cordelière. Elle conserve quelques restes de polychromie, mais est trop abîmée, trop restaurée surtout, pour être intéressante : un barbare, dont nous ignorons heureusement le nom, a remplacé sa tète par une ronde-bosse en plâtre faite d'après une \'énus !

C'est ici que nous devons classer le débris cité plus haut, resté de trop longues années assez enfoncé dans la terre pour se maintenir tout droit au pied d'un de nos deux ifs. Très rongé par le temps, l'humidité, et délité par un séjour trop prolongé sous des branches toujours vertes, il figure une madone, assez semblable à la précédente, privée accidentellement de ses bras et brisée à la hauteur des genoux. Son visage très jeune, un peu plat, incliné vers la gauche, est encadré d'un voile aux plis lourds et rigides, qui laisse voir deux tresses ondulées tombant jusqu'à la taille; sa robe, bordée à l'encolure d'un large galon perlé, est ajustée et recouverte en partie d'un ample manteau enroulé autour du corps. Son attitude générale nous fait croire qu'elle tenait l'Enfant-Jésus sur son bras gauche, mais elle a tant souffert et est en si mauvais état, que nous ne sommes pas sûr qu'elle personnifie Marie ; aussi nous bornons-nous à déplorer la négligence impardonnable qui hâta la destruction de cette œuvre charmante et rare, dont l'histoire nous est inconnue.

En dehors des rétables et des Pietà dont nous parlerons tout à l'heure, le Musée possède encore cinq représentations de la Vierge d'époques assez basses et d'intérêt assez médiocre. La plus ancienne, du commencement du seizième siècle, figure dans une Assomption; une des plus modernes, du dix-septième siècle, faisait autrefois pendant, à l'entrée du Pont-Neuf, à la copie du Christ de Michel-Ange de l'église de la Minerve faite par Antoine Guépin; la plus récente est de Jean Pasquicr, religieux minime, qui a vécu de 1628 à 1676. Trois de ces statues, dont la plus importante est faussement attribuée à Bachelier, portent chacune un enfant à peu près nu qui n'a plus rien de divin. Produits d'une habileté manuelle dont la pensée ne refrène pas les écarts, elles sont exemptes du sentiment de tendresse des ligures gothiques, de la gravité des morceaux romans et témoignent, par leur exécution lâche, d'un art aussi

facile que dénué de conviction. Nous les décrivons par acquit de conscience, ainsi que les deux appliques de clefs de voûtes, et reproduisons, sans commentaires, les articles faits par nous pour le prochain catalogue.

Applique de clef de voûtes en pierre sculptée. — Placée au milieu de la clef, debout sur un croissant, les mains jointes, la \'ierge est ravie au ciel par des anges vêtus de robes d'une époque imprécise, mais qui rappellent certaines modes du milieu du seizième siècle. Toute la partie du bas-relief au-dessus et à gauche de la Vierge, son nez, ses mains et la tète d'un ange sont brisés.

Applique rectangulaire de clef de voûtes en pierre sculptée, peinte et dorée. — La Vierge de face sort d'une nuée. Wie à mi-corps, entoitrée d'une auréole d'or dont les rayons gladiolés se détachent sur un fond bleu sombre, elle tient l'Enfant nu debout sur ses genoux de la main droite et un livre de la gauche. Les lis de sa C()ur(^nne nous paraissent indiquer la tin du seizième siècle et peut-être même le commencement du suivant.

Travail sans caractère, assez srossier.

La Vierge et l'enfant. — Groupe en pierre sculptée, peinte et dorée'. Œuvre de la tin du seizième siècle, assez ordinaire, et pleine de réminiscences antiques, surtout dans les draperies. Mère bien portante et vulgaire, qui n'a rien de divin, et ditïère complètement des images déjà décrites dans lesquelles le sentiment Tem-

VIEKGE FAUSSE.ME.N'T ATTRlBUEt A BACHELIER.

I. Cat. de 1806 : n° 22 ou 23; — Notice de i8[3 : n" 20; — Not. de iSiS : n" 18; — Not. de 1828 : n» 470; — Descript. de i835 : n" 720; — Cat. de i865 : n" 787.

VIKRGES ET PIFTA.

porte sur le métier. Le visage et les mains sont corrects et lourds, les vêtements assez beaux. Jésus, assis sur son bras gauche, les jambes croisées, bénissait de la main droite, aujourd'hui brisée, et presse de la gauche, contre sa hanche, un li\re fermé. Il est vêtu d'une longue tunique sans manches. Traces de polychromie d'un ton charmant où des verts sombres, des roses et des bruns fanés s'harmonisent avec des ors.

Liï Vicroc terrassant le dcmou et l'hérésie. — (iroupe en pierre sculptée '.

La \'ierge, légèrement penchée, la tête de face, Tépaule droite en a\ant. est debout su.r la jambe gauche, la droite fléchie, et foule aux pieds le démon de l'hérésie. Ses cheveux, di\'isés par une raie et caches en partie par un \"oile flottant, tombent en biUideaux bouft"ants de part et d'autre du ^■isage. \'étue de son costume habituel et chaussée de sandales, elle porte à bout de bras, de ses mains séparées de kii par les pans de son manteau, l'pjifant dont la nudité réaliste et la pose tourmentée ne témoignent plus d'aucune di\'inité. Ses deux bras sont brisés; les morceaux qui en restent nous

font croire qu'il brandissait une lance a^•ec laquelle il s'apprêtait à frapper le démon couché à plat ventre, la tête levée, ses deux mains a la poitrine.

I. Cette figure fut placée dans une niche à l'entrée du pont de Toulouse en 1662, à l'occasion de la première fête séculaire célébrée le 17 mai pour rappeler la défaite des protestants en i562. — Descript. de i835 : n" 787; — Cat. de iS65 : n" 848.

I \ \IKI<<ii: ihl^HXS^WI Lt DK-MiiN hi

La ligure la moins ancienne de cette série* est, comme nous l'avons dit, de Jean Pasquier. religieux minime, né en 1628 à Coursan, mort à Béziers en 1676 « empoisonné par les vapeurs de ses préparations

métallurgiques ».

Elle est en terre cuite, de grandeur naturelle et si peu divine qu'elle porte, dans le catalogue de 1795, auquel nous empruntons le renseignement entre guilleinets reproduit cidessus, le titre d\4nioiir maternel. Aussi lointaine que possible des ligures étudiées plus haut, elle résulte de recherches très diverses : l'Enfant et la tète de sa mère paraissent faits d'après nature , mais tout le reste du groupe tombe dans la convention. Les draperies sont à la fois minces et lourdes; leurs plis cylindriques et coupants, qu'aucune étoffe ne pourrait donner, enveloppent, toujours pareils, des nus peu cherchés et peu vraisemblables. Il y a donc, dans ce groupe, deux parts bien distinctes : l'une assez consciencieuse, où la main de l'artiste est contenue par sa volonté, l'autre conventionnelle, où elle travaille sans son secours. Le résultat est évidemment agréable, mais d'un style assez inférieur plus approprié aux statuettes qu'aux figures décoratives, aux petites choses qu'aux grandes.

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