VIERGE D AVIGNON
décorative et plus réaliste des draperies ne nous avertissait que c'est plus tard qu'elle a \u le jour. Comme elle est conçue dans un esprit beaucoup moins relii;ieu\ que la première, et qu'elle est loin d'en posséder la majesté caractéristique, il nous semble naturel de la croire moins ancienne et. par conséquent, postérieure à la première moitié du quatorzièrne siècle, qui a vu s'élever la chapelle de Rieux.
Nous hésitons à rattacher à cette époque un bas-relief dans la partie inférieure duquel une petite figure nue, debout dans un drap soutenu par deux mains volontairement terminées au poignet, symbolise sans doute Tâme du donateur.
Il représente les mêmes personnages. La Vierge, courte et moins distinguée que d'habitude, porte de la main gauche un manuscrit ouvert. Ses cheveux. Ioniquement ondulés et surmontés de son manteau, sont ceints d'une couronne fleuronnée qui nous semble presque du quinzième siècle. Dressée sur un nuage que cache en partie le bas de sa longue tunique, elle soulève, en le pressant contre le haut de sa poitrine. l'Enfant presque nu. qui bénit d'une main et maintient de l'autre une sphère sur son genou. Les faces, dont les veux ont le même rapprochement caractéristique, paraissent faites avec le même modèle ; les draperies, souples, bien tachées, sont intelligemment étudiées et facilement exécutées. Elles nous disent que l'artisan n'a pas ressenti, dans paralysé dans celle des visages et des mains, dont la facture pénible et sèche contraste avec l'ampleur d'un groupe analogue taillé dans une clef de voûte qui nous vient des Cordeliers.
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leur exécution, la gène qui
Comme cette petite sculpture devait forcément agira distance, à rencontre des statues étudiées plus haut, placées à portée du spectateur, le « tailleur d'images » qui Ta modelée n'en a indiqué que les grands plans. Constamment préoccupé de l'ensemble, il a dû faire sa maquette en Tobservant d'assez loin pour se rendre bien compte de l'aspect qu'aurait le rendu une fois en place; il a été dès lors amené à supprimer tous les
CLEF DE \OrTE D2i CORDELIEKS.
détails qui pouvaient en compromettre la franchise ou Tcclat. Il n'a pas. inutilement poussé les morceaux, puisque leur éloignemcnt en rendait le fini superflu, mais s'est borné à établir fortement les grandes lignes de ses figures et a pu leur donner ainsi un aspect excellent, ce qui n'est pas chose facile; aussi son œuvre est-elle singulièrement résistante et confine-t-elle au grand art. Fièrement débitée dans de la pierre dure où le marteau taillant a laissé son empreinte, sous sa vieille couleur rougeâtre ternie par la fumée d'un incendie terrible, elle a le gras d'une belle cire perdue et semble, de par sa force, devoir durer éternellement.
Deux autres groupes, placés de part et d'autre de l'escalier qui donne
VIERGFS ET PIFTA.
accès à la salle toulousaine, complètent notre série gothique que termine un débris de \'ierge.
Celui de droite, dont la polychromie primiti\'e a disparu sous d'épais badigeons, est d'une couleur salie, dont la résultante . d'un lilas pale , s'harmonise avec le jaune lavé du mur contre lequel il s'appuie. Baigné d'une hmiière diffuse qui ne se précise qu'à certaines heures, il est presque toujours dans une demi-teinte bleuâtre c[ui en augrnente encore le charme.
Assise sur im trône étroit dont le seul latéral apparent est orné d'une ogive redentée, la \'ierge, très jeune, tourne vers la droite sa tête légèrement intiéchie et tient embrassé de ses deux mains, sur son genou, l'Enfant qui tend son petit corps et ses bras dans la direction opposée.
Elle est vêtue d'une robe fourrée garnie à l'encolure d'un galon semé de perles, et couverte d'un ample
manteau doublé de pannes, qui enveloppe la tête sous la couronne, et cache le sol et la chaire de ses plis souples et profonds. Son bras droit presse un missel à moitié sorti d'une housse jadis dorée, et ses cheveux encadrent le visage large et délicat de leurs ondulations symétriques, qui descendent jusqu'à la taille.
Jésus, vêtu comme sa mère à la mode du quinzième sièele, porte une robe épaisse à collet montant, qui laisse apercevoir sa petite jambe nue.