‹ Le Musée de ToulouseChapitre 12 sur 19 · FRAGMENT DE RETABLE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE RETABLE

elles, parmi lesquelles Madeleine, sont debout. La troisième agenouillée, la tête, presque invisible dans les plis de sa cape, couchée sur son épaule droite, regarde le Christ en joignant convulsivement les mains.

Arrêtons-nous : voyez cette mère tirer à elle ce mort qui semble glisser insensiblement; voyez de quels baisers elle couvre cette main pesante qui ne demande qu'à retomber! Regardez ce corps rigide que le poids de la tête entraîne, ces membres comme disloqués qui tombent à l'aventure, ce cou raidi, ces cheveux emmêlés! Observez ces visages où la douleur met sa grimace, ces yeux qu'elle gonfle, ces mains qu'elle

tord, ces altitudes qu'elle lige, et dites si l'on peut commenter plus éloquemment la terrible phrase : Attcndite et ridetc si est dolor sicut dolor me»5 / Eloignez-vous. \'<)us n"aperce\ez plus que le geste de la \'ierge. certains morceaux, ceux qu'il faut montrer, et trois ombres étroites d'où émergent des bouches douloureusement entr'ouvertes. Pas un détail inutile, pas une petitesse. Considérez ces nus sous la couleiu- «'paisse qui les empâte sans les atFadir. ces vêtements qu'elle amollit sans leur ôter leur frisson de vie. faites la somme de toutes ces choses, et convenez que ce morceau de pierre, abandonne depuis si longtemps que l'on ignore même jusqu'à sa plus récente histoire, est une ieu\"re très précieuse, très rare et qui coniine au plus grand art!

Les deux autres rétables sont, inalgré leurs qualités très réelles, d'une conception bien moins subtile et bien moins émue. La douleur de la Vierge et l'inertie du cadavre y sont puissamment exprimées; mais les autres personnages, qui n'ont ni l'élévation, ni l'élégance et l'imprévu de ceux de tout à l'heure, sont presque frustes à ci')té d'eux. Leur exécution forte, grasse et sage, usitée dans ces pavs jusqu'au seizième siècle, nous parait un peu matérielle. Elle est intéressante, captivante même lorsqu'on l'étudié sérieusement; mais la fréquentation de l'art gothique nous a rendus difficiles et nous a souvent prouvé que l'expression et le sentiment sont tout, et nous linissons par ne regarder, presque malgré nous, que les morceaux qu'il fait vi^•re ; nous désirons les trouver même aux dépens de la correction, et nous aimons mille fois mieux voir une main mal construite qui saisit bien ce cju'elle saisit qu'une main bien construite qui le saisit sans conviction et sans force.

Le plus grand, limité par une mouku'c très simple et coLU'onné d'une anse de panier dont les redents trilobés se terminent par des feuilles nerveuses, est plus haut que large, d'ime conser\ation parfaite et de provenance indéterminée'. La Vierge v ligure debout, ce qui nous parait de\-oir être très rare, ne l'avant rencontré que cette fois. Elle porte sur la jambe droite, la tète très penchée en axant, les épaules inégales, rendue plus grande et plus imposante encore par le manteau noir dont les plis \-erticau\ l'enveloppent tout entière et traînent sur le sol en cachant à moitié ses pieds. Soutenant .lésus par l'aisselle droite de

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