‹ Le Musée de ToulouseChapitre 16 sur 19 · MISE AU TOMBEAU · texte numérisé non relu

MISE AU TOMBEAU

à Texception de saint Jean, d'une des saintes et de la Vierge pris tous trois dans le même, ils se dressaient sur une tablette horizontale en avant de laquelle se trouvaient le sépulcre et le cadavre de Jésus. Le temps ne les a pas épargnés : ils ont subi des mutilations diverses, et le calcaire dont ils sont faits est délité par endroits comme s'il avait été calciné dans un incendie.

C'est la Vierge qui est la ligure principale du motif. Ellle est enveloppée de vêtements épais, doublés de fourrures, dont les plis lourds et profonds accentuent davantage encore la délicatesse de son visage irrégulier et douloureux. Son nez, fin près du front, puis élargi, relevé et dévié de droite à gauche, son menton étroit dont l'axe penche en sens inverse, ses yeux baissés gonflés de larmes, et sa bouche comme meur-

trie, dont les coins tombent, qui s'entr'ouvre tout juste assez pour exhaler un sanglot, lui donnent un caractère de réalité et de désolation que l'on ne saurait oublier.

Saint .lean est à sa droite et la sainte à sa gauche. Le saint est rexètu d'une tunique et d lui manteau a re\ers, maintenu sur la poitrine par un galon enrichi de pierreries. 11 est grave et recueilli. Sa tace courte à plans accentués, encadrée de longs cheveux bouclés, et sa main, d'un modelé si gras et si ferme, s'inspirent directement de la nature qu'elles suivent pas à pas. Nous en dirons autant de la sainte placée à gauche, le corps en arrière, les veux levés, ses longs doigts posés délicatement sur le bras de la \'ierge. Elle est coitlee du cou\-re-chef, de la barbette et de la hu\e particuliers aux religieuses et vêtue d'une robe à manches larges et retroussées, puis d'im peliçon dont on aperçoit la doublure faite de pannes.

Marie-Madeleine, d'une taille un peu plus élevée, porte un linge à ses veux larmoyants et baissés. Sa tête, à la longue chevelure tombante, s'incline sur son épaule gauche et sa robe collante est décolletée en carré. La pierre dans laquelle elle est débitée s'ett'rite au moindre contact, et, comme il en manque bien des parties, nous ne distinguons aucune trace du vase de parfums qu'elle portait autrefois. Nous ne possédons qu'un des deux vieillards qui tiennent d'habitude les deux extrémités du suaire. Son ne/ et ses mains sont brisés. Des cheveux symétriques, ondulés et tombants et une abondante barbe fourchue laissent à peine voir son visage soucieux légèrement incliné. Son bonnet de drap, dont le retroussis se boutonne sur la nuque, descend très bas sm^ le front et dans le dos, et le grand collet de sa dalmatique, qui supporte un collier composé d'anneaux plats et minces largement ou\'erts, est bordé d'tme frise où court une inscription en caractères fleuris semblable à celles que l'on trouve assez souvent en pareille circonstance'.

Il ne nous reste, de la deuxième sainte, qu'un débris très usé, pulvérulent, presque informe, qui se termine au niveau de la taille et des cou-

i.«()n troLix'e parfois, mais exceptionnellement, au quinzième siècle et au commencement dii seizième, des caractères fleuris. Ils se rencontrent assez souvent sur les costumes des statues qui, à cette époque, ont tii^tn-é dans beaucoup d'églises l'ensevelissement du Sauveur. Il est souvent difficile de trouver un sens à ces inscriptions peut-être parce que les lettres sont entremêlées a\-ec de simples ornements. » (De Caumont, Abcccdijii-e ou rudiment d'arcliéologie, p. 645.1

des et nous montre un visage large et fin aux traits menus dont les yeux bridés, dirigés de côté, portent des traces de coloration. Tous les autres personnages, y compris le Christ, nous manquent; mais des similitudes de facture et de matière nous font croire que la tête de guerrier, reproduite dans ces pages, faisait partie de cette scène et qu'elle est l'unique

TETE DE Gl ERRIER.

reste d'un des gardes placés habituellement en avant du groupe principal, comme à Auch en particulier. Très naturaliste et individuelle, puisque des dents lui manquent, précise d'exécution, presque bestiale, elle figure un nègre reconnaissable à son nez épaté et à ses lèvres lippues. Elle est brisée au cou et coiffée d'un camail de mailles surmonté d'un bacinet à crête, dont la ventaille se compose de deux volets supportés chacun par deux charnières autour desquelles ils pivotent A'erticalement pour se fermer sur le milieu de la face.

Les vêtements de ces personnages sont empreints d'un rouge amorti qui servait probablement d'assiette, dans la polvchromie primitive, à la dorure dont on voit encore luire faiblement par endroits les vestiges très usés. Surchargés de fleurettes, de losanges et de rinceaux bruns, ils alter-

lient avec des bleus turquoise restés très frais dans le creux des plis. Les visages, qui étaient certainement peints au naturel, n'ont rien gardé de ce décor et sont érodés et noircis. Celui de la \'ierge, presque blanc, est le seul qui soit intact. Son sentiment et sa beauté s'augmentent de la destruction partielle des parties qui I'cun irnnnent, et cet ensemble si dévasté est en même temps si grandiose qu'il nous semble justifier pleinement le mot du vénéré maître Pu\'is de (Ihawmnes : k II v a quelque chose de supérieur à une œuvre d'art : c'est sa ruine! »

La plus importante de nos Pietà pro\iL'nt de l'église des Récollets où elle décorait autrefois la chapelle liméraire des Fourque\"aux ' . Bien qu'elle ait été brisée accidentellement, elle est très complète et n'a subi aucune mutilation ^■olontaire.

Assistée de saint ,lean et de sainte Madeleine, la Vierge porte sur ses genoux le cadavre raidi et très arqué de son lils. Llle est assise, le haut du corps légèrement penché en avant, la tète inclinée à droite, les mains l'une contre l'autre dans l'attitude de la prière : un manteau, dont les plis lourds et arrondis cachent complètement le terrain qui la supporte, l'enveloppe entièrement. Les pieds de Jésus et sa main droite à moitié fermée touchent le sol. Sa tète renversée est pieusement soutenue par Jean qui la contemple et son pied gauche par Madeleine, dont la main droite est à moitié perdue dans la draperie qui cache ses hanches. Agenouillé sur la jambe gauche, le saint est drape dans une cape qui laisse passer le bout de son pied nu. Sauf cette concession aux anciennes coutumes, il est vêtu à la mode de l'époque où il a été sculpte ainsi que la sainte au fin visage dont les tresses dénouées cachent en partie les épaules nues et le corsage décolleté. Le vase légendaire est posé à ses pieds. Il est encainé de feuilles d'acanthe relcN^ées sur fond, cerclé d'un anneau perlé et clos d'un cou^■ercle godronné.

Il ne subsiste, de la polychromie prirnitive de ce groupe, que quelques parcelles d'or cachées par l'atireux badigeon qui empâte si malencontreusement les cheveux des personnages, et le rouge que l'on retrouve dans toutes les parties des vêtements dont la peinture est écaillée. C'était là sans doute la préparation sur laquelle le peintre arri\ait à donner, avec des couches légères, la coloration finale. Celle que nous avons sous les yeux est probablement la résultante de bien des retouches. Unique-

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