‹ Le Musée de ToulouseChapitre 18 sur 19 · PETITE PIETA · texte numérisé non relu

PETITE PIETA

transparente, sans couleur et très colorée, dont la tabuleuse richesse nous fait subitement penser à la Bcthsabcc de Rembrandt et constater une fois de plus la complexité des (eu\'res humaines.

Nos galeries renferment encore deux Pitiés de bien moindre importance. L'une d'elles, assez semblable à la dernière décrite, est toute petite, et les personnages qui la constituent offrent cette particularité qu'ils llxent tous les veux sur le visage du Christ : la \'ierge raidie et le haut du corps en arrière, les deux saints penchés sur lui dans un geste apitoyé. Le mouvement de l'apc'itre, dont les jambes sont de profil, le corps de face et la tète penchée, est d'une émotion rare et charmante, et

la fougue aussi heureuse qu'inusitée des draperies nous fait passer sur la facture un peu brutale de certains morceaux parmi lesquels la face de la \'ierge, que la préparation épaisse, adhérente encore à certains endroits, devait d'ailleurs singulièrement afriner.

l'iKTA bt CANCASSONNE.

L'autre, en marbre blanc, nous vient des Carmes de Carcassonne où elle ornait, comme nous l'apprend l'inscription qu'elle porte, la chapelle funéraire de Pierre de Saint-André et de sa famille. Le groupe habituel, limité cette fois à la Vierge et à Jésus, est placé sous un édicule des premières années du seizième siècle, dont l'arcade profonde, à caissons ornés de pensées, s'ouvre sur un ciel nuageux semé de têtes d'angelots délicieusement indiquées. Les pilastres qui l'épaulent sont

décorés de plusieurs blasons et de rinceaux très plats avec des calices, d'où sortent de longues tiges à feuilles symétriques, puis des attributs enrubannés parmi lesquels des boucliers, des pattes de lion, des chalumeaux et des os en croix. L'entablement à peine saillant est couronné de longs enroulements qui soutiennent Tecusson d'armoiries de la famille de Saint-André; le tout repose sur une large base très simple, dont la frise, interrompue par le cartouche rectiligne où se lit l'inscription votive', montre de légères volutes qui donnent naissance à des bouquets de feuillage régulièrement espacés.

Les deux personnages principaux — les autres sont des magistrats en prière agenouillés de profil de part et d'autre du groupe — rappellent superticiellement ceux des rétables déjà décrits; mais la mère, penchée sur le cadavre de son fils assis dans son giron, appuie son visage contre la tète inerte, qu'elle maintient de la main gatiche dans un geste nouveau pour nous. Les similitudes sont peu nombreuses et les ditférences très grandes. Un dessin choisi, une douleur contenue, des proportions correctes ont remplacé les précieuses naïvetés qui nous ont charmé tout à l'heure. Au lieu de s'attacher, cornme leurs devanciers, à l'expression d'un sentiment et d'aimer celte expression jusqu'à lui subordonner la plastique, les maîtres s'appliqueront désormais à la forme, et lui donneront une telle importance qu'ils arriveront très \'ite à se laisser entièrement abNorber par elle. Le Christ que nous observons est plein de cet esprit nouveau. Il a la beauté purement physique de certaines ligures italiennes qui s'inspirent du calme antique, sans arriver à l'atteindre. Nous ne contestons pas ses qualités éminentes, que nous apprécions à leur juste valeur, mais les trouvons singulièrement fades quand nous retournons en arrière et que nous revoyons les morceaux dramatiques dont le souvenir nous émeut. Nous leur préférons donc quand même et sans hésitation les belles maladresses et les erreurs expressives si pleines de conscience et de sincérité qui nous ont montré des bouches gémissantes, des yeux humides et des corps figés par la mort.

I. Le texte de l'inscription, en caractères romains, est le suivant : « Mie est capella et sepultLira nobilium parentuin et majorum clarissimi viri domini Pétri de Sancto Andréa legum doctoris, consiliarii regii et primi presidentis in Parlamento Tholose ac presidentis Janue pro christianissimo domino nostro Francorum rei^e Ludovico XII domino Janue et Mediolani duce. Quorum anima- requiescant in pace. .\men. » [Description de IS35 : n° 714; — Cat. de i8(35 : n" 818. j

Examinons enfin, pour épuiser notre série, trois images comprises dans des bas-reliefs à peu près contemporains, — nous les croyons du quatorzième siècle, — le plus ancien représentant un abbé qui offre une chapelle à la Vierge, les deux autres un Christ en croix'. La première image, très mutilée, se dresse sur un socle orné de quatre-feuilles, la jambe gauche raidie, la droite ployée, l'Enfant assis dans le pli de son bras. Elle est d'un métier assez large mais très sommaire et sans originalité. Toutes les têtes, même celle des chiens dont le corps cache la naissance de Tarchivolte qui abrite les personnages, étant brisées à l'outil, nous n'insistons pas davantage.

Les deux autres, plus petites, debout à la droite de la croix dont saint Jean occupe la gauche, sont d'une facture meilleure, plus précise et plus réfléchie. Chacune d'elles a la taille, les proportions et le mouvement général de l'apôtre auquel elle est symétrique par rapport à l'axe du panneau. Tune courte et très élégamment drapée, l'autre longue et enveloppée de vêtements d'un arrangement bien plus simple. Celle qui lait partie de l'œuvre reproduite ci-contre doit son aspect un peu lourd au volume de sa tête et surtout à la disposition de son manteau, dont les plis verticaux et rigides mettent une saillie malheureuse à l'endroit où il faudrait un noir. Elle est dans une architecture un peu plus ornée mais plus molle que celle de tout à l'heure, où l'on retrouve les chiens dont les queues, terminées par la feuille du chou sauvage, constituent deux des crochets de l'extrados de l'arc, les contreforts à fenêtres aveugles coiffés de pinacles fleuronnés et les écussons toujours restés lisses, puisqu'ils portent la même empreinte d'outil que le reste des ornements. Cette empreinte, que nous avons déjà décrite et que Ton trouve toujours sur les anciennes pierres, est, dans le cas présent, nulle sur les chairs, fine sur les draperies et de largeur variable dans tous les autres endroits, auxquels elle donne un aspect moiré. Elle est parfaitement conservée, comme cette œuvre presque intacte — les seuls nez sont érodés — due, avec un des apôtres de Rieux, à la libéralité de M. Virebent.

Plus svelte mais assez semblable à la première, la seconde Vierge fait partie d'une œuvre de moindre importance qui se limite exacte-

1 . Au n» 4S5 de sa Description de i835, Dumège dit, en parlant de ce bas-relief : « Il représente Raymond du Falgar, évêque de Toulouse, offrant à la sainte Vierge le plan en relief l'église des Dominicains. » Il ne justifie pas son affirmation, que ne nous semblent confirmer ni l'écusson lisse placé au haut du bas-relief, ni le chapeau du prélat.

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