‹ Le Musée de ToulouseChapitre 6 sur 19 · ANNONCIATION DES CORDELIERS · texte numérisé non relu

ANNONCIATION DES CORDELIERS

VIERGKS ET PIETA. iq

exprime admirablement sa douleur et ses angoisses. L'expression, semblable à celle de ses sœurs, en est des plus pathétiques, et la patine brune dont les siècles l'ont revêtue ajoute encore à la vie intense que lui prêtent les tailles si heureusement brusques qui la soulignent d'ombres fortes. La deuxième, dépour\ue de tous les accents heureux qui font se mouvoir la première, est au contraire sans couleur. Elle est d'un métier grossier et débile à la fois, et c'est évidemment à l'ange qui lui apporte la bonne nouvelle qu'elle doit sa renommée; nous ne pouvons nous l'expliquer autrement.

Ici se produit la lacune habituelle à nos régions.

Au moment où l'art toulousain, atteignant un épanouissement qu'il n'a jamais égalé, semblait devoir doter notre ville de monuments admirables, la croisade de l'Albigeois substitua à sa tranquillité féconde les horreurs d'une guerre sans merci. Terminée, maigre quelques victoires et une résistance parfois héroïque, par la mainmise de la rovaute française sur l'héritage des comtes, cette lutte, dont la chanson de l'Anonyme nous révèle la cruauté, ne laissa pas à nos pères, menacés dans leur vie, la possibilité de bâtir autre chose que des remparts. Aussi, ne nous reste-t-il presque rien du treizième siècle, qui n'est représenté dans nos galeries que par un beau sarcophage et quelques chapiteaux mutilés. Nous passons, par suite, sans la transition dont nous ont privé ces années d'affreuse misère, de la description des statues romanes à celle de deux \'ierges du quatorzième siècle, que l'on classe d'un avis à peu près unanime parmi les plus belles de notre Musée'.

Debout sur la jambe gauche, la droite fîéchie, l'Enfant assis sur son bras gauche, la première a r"45 de hauteur, et nous vient, par voie d'échange, du cloître de Saint-Sernin, oi'i elle ornait, d'après Dumège, la chapelle de Xotre-Dame-de-Bonne-Nouvelle. Nous n'arrixons à nous rappeller ni dans quels papiers nous avons entrevu le détail qui suit, ni contre quels objets cette \'ierge a été changée; mais nous nous souvenons fort bien que le prix qui lui a été attribué, dans la transaction survenue alors entre la ville et la fabrique, se monte à la somme de 20 francs. Nous n'en signalons la modicité que parce qu'elle montre combien l'art gothique était déconsidéré au commencement du dix-neuvième siècle. Nous n'avons sur elle que ces renseignements insignifiants; mais

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