VIERGE DE SAINT-SERXIN
VlliRGES ET PIETA. 21
il tient de la main gauche, par une de ses ailes, un pauvre oiseau qui se révolte et qui saisit son petit doigt.
La \'ierge. très grave, distraite, perdue dans sa rêverie, ne prête aucune attention aux tourments que le bambin inflige à son soutiredouleur. Sa maiii gauche, d'une élégance toute gothique, nous fait infiniment regretter la perte de la main droite qui tenait probablement une fleur ou un fruit. Des restes fugitifs d'une polvchromie que le temps a mise à de dures épreuves donnent à cette œuvre un charme de plus. Le voile est décoré d'un semis de fleurettes rouges et bleues qui alternent avec des aigles héraldiques au \ol abaissé, et le rnanteau, dont le revers est d'un bleu fleurdelisé d'or, est parsemé de roses à longues tiges mêlées de paons bleus et noirs, d'attitudes très \-ariées.
La tache, en forme de losange, qui macule le rouqe du corsaiie est produite par un manque de couleur et non, comme on le croit généralement, par la mutilation d'un fermail que le sculpteur n'aurait pas mis là, puisqu'il v était inutile, et qui n'v a jamais été, puisque la pierre n'est pas grattée. Toutes les parties de cette statue, dont la peintiu^e est écaillée, portent les traces du ciseau qui a ser\i à les modeler. Ces empreintes, que Ton ne trouve jamais sur les marbres, se voient sur les pierres anciennes, toujours couvertes des côtes plus ou moins serrées qu'engendrent les stries de l'outil.
La deuxième des Vierges en question provient, d'après Dumège, du Comtat \'enai^^sain et a été donnée au Musée par M. de Castellane , président de la Société archéologique du Midi de la France., Elle est d'un marbre étranger à nos contrées, probablement italien, auquel le temps a donné la teinte des dorures très usées. Nuancée, par endroits, de veines naturelles plus foncées et. sur la robe seulement, de longs quatre-feuilles rougeâtres effacés par les années, cette belle matière constitue le fond d'un décor très précieux et rare, que complètent somptueusement un noir franc, un rouge et de l'or. Plus élancée, plus familière, moins divine que la précédente, cette petite ligure est debout sur la jambe gauche, la droite fléchie. Elle porte à hauteur de la taille, sur son bras gauche replié, sans le présenter, comme la madone ci-dessus, à l'adoration des foules agenouillées, son Jésus dont les veux levés ont l'étonnement de l'enfance. Penché en avant, il s'appuie sur son sein, le coude sur son épaule, et, comme il est très petit, laisse à la tête de la \'ierge, qui domine ce bel ensemble, toute l'importance qu'elle doit
LE xMUSÉE DE TOULOUSE.
avoir. Cette tête, enctidrée de cheveux symétriquement ondulés, dorés et couverts en partie d'un voile, est ceinte des restes d'une couronne
tieuronnée aussi étroite et évidée que l'agrafe du manteau ; légèrement tournée à gauche et fléchie à l'inverse du corps assez déhanché, elle émerge d'un cou jeune et plein.
Les plis de la robe, qui s'épandent sur le socle, laissent deviner les pieds, et rappellent la direction verticale. La main gauche est élégante et longue ; la face , à la bouche souriante et rougie, aux traits menus, aux yeux foncés, est d'une largeur extrême qui accentue davantage la longueur flexible du cou, l'étroitesse des épaules, la gracilité de la poitrine, et contribue à donner à cette délicieuse petite figure son air de jeunesse et d'ingénuité.
Jésus, dont le visage est empreint d'une vieillesse que nous avons constatée dans de nombreuses œuvres flamandes et françaises, tient, par ses deux ailes ouvertes, un oiseau noir qui tourne la tête pour picoter un de ses doigts. Il est vêtu d'une robe montante et longue, dont les plis fins étudiés sur nature laissent voir une doublure couverte d'un ton rouge, que Ton croirait laqué, tant il est solide et brillant.
Les traits de la Vierge et sa main gauche seule existante, réalisés par grands plans sans détails avec un parti-pris de synthèse si vite disparu qu'il ne s'étend pas à l'exécution des vêtements, nous feraient supposer que cette statue remonte au treizième siècle, si la recherche moins