CHAPITRE IV
Musée de Yersaines. - LoaisXVlII et Tes alKè^. - MlnbléreLarocbefoucault. — Travaux exécutés par les soins de Louis Philippe. — Tableaux des grands appartements. — Salon des ba- Uilles. — Galeries historiques. ^ Salles des Andraax , des Maréchaux , des Militaires célèbres. — Salon de 1830.
Versailles est grdod parmi les grandes œurre», beau entre tout ce qui est beau. La ferme Tolonté de Louis XIV lai a imprimé un sceau ineffaçable. Mais ce n'était point encore assez de ces marbres qni revêtent les murs élevés, de ces' lambris si admirablement sculptée et dorés , de cette galerie où se promenaient si à Taise les courtisans brillamment empanachés, répée suspendue à de larges baudriers en perles; non , ce n'était pas assez de toute cette magnificence^» de oe luxe d'ornements et de souvenirs , une pensée ingénieuse avait rêvé pour Versailles un avenir encore plus glorieux* Un roi s*est dit qu'il pouvait relever , grâce au secours de l'art, ce qu'un autre roi avait élevé par les arts tributaires, esclaves de ses ordres. L'art remplace les princes dans le palais qu'ils ont déserté. Versailles est un musée. II était impossible de continuer d'une manière plus heureuse la pensée grandiose qui domine la construction du palais de Louis Xiy. Voici toute l'histoire de France se déroulant, le long de ces murs splendides , en tableaux chronologHiaes. Les illustres capitaines revivent là où ils ont passé tant de fois à la suite du fils tout-puissant de Louis XIII , et bien
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d'ftutrei encore, morts au seuil ou à'k dernière limite du diz'liuitieme siècle , et bien d'autres qui ont inscrit leurs noms aux premières époques de la monarchie. L'œil suit pendant une demi«iieue. de peinture nos fastes historiques , nos batailles, nos revers, nos triomphes. Il n'y a pas là un pouce de toile qui n'ait son sens , et ne rappelle une page , soit de Gommines , soit de Froîssard , soit de Mézeray.
C'est une grande et belle œuvre , en vérité ! La France doit à ce Musée le nom de Musée Louis-Philippe,
Voyez comme les arts et la littérature se sont emparés de cette pensée. De spirituels feuilletons de Jules Janin, de Louis Desessarts et autres, ont préparéja célébrité du Musée , en en publiant les merveilles au milieu d'une foule avide de nouvelles et surtout de belles choses. D'un autre côté , un grand nombre de grayeurs et d'artistes ont travaillé à reproduire les tableaux de la galerie. Nous-mêmes, nous avons cherché , autant du moins qu'a pu nous le permettre la forme modeste de ce petit ouvrage , à donner à nos lecteurs une idée du monument que Louis-Philippe vient d'élever à la nation française.
Ambitieuse tentative de notre part ! Gomment reproduire tous les triomphes , citer tous les noms , peindre tous les faits ! Et quand les murs eux-mêmes ne sont pas assez vastes pour recevoir Bonaparte avec ses vingt ans d'action , de bruit et de triomphes , où trouverions-nous une voix assez puissante pouk* les bien dire ? Dans l'impossibilité de tout nommer et de tout décrire, nous ferons un choix aussi judicieux qu'il dépendra de nous , et puis, dans tous les cas, nous nous mettons d'avance k couvert sous cette formule , par laquelle les anciens écrivains avaient coutume d'invoquer l'indulgence des lecteurs : « Le public et les artistes sont priés d'excuser les fautes de l'auteur. »
On l'a dit avec raison , Versailles a inspiré deux belles pensées : celle qui créa , celle qui redonne la vie. On a corn* pris enfin que cette royale résidence ne convenait plus aux
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ritants, «t, cerles, ils sont assez éclatants les morts qnon a eonviés à apporter leui* image dans ce glorieux séjour !
La critique s est souvent plaint du manque absolu d'une histoire de France , à la fois complète , profonde , éloqueute» ni trop brève , ni trop étendue. On demandait la solution d'un problème impossible ; car rien n'est comj^iqué de dates et d'événements comme les pages de notre pays. Puis il faudrait que le Tacite que l'on invoque changeât de phraséologie avec chaque époque : il lui faudrait être naïf et sombre , comme Grégoire de Tours dans les premiers siècles ; lugubre vers l'an mil; superstitieux, fervent, naïf, belliqueux au moyen âge proprement dit ; se faire phis diplomate , plus mesuré , plus poli avec le commencement de l'histoire moderne ; puis , à partir des deux derniers siècles jusqu'à nos jours, devenir un politique consommé, un tacticien habile, faire marcher et manœuvrer nos grandes armées , débrouil-* 1er nos traités obscurs, et, ce qui lui serait le plus difiScile , être assez impartial , assez modéré pour se faire lire de tous les partis.
Mais où trouver un historien qui réunisse tant de qualités diverses ? Ce qu'accomplirait si difficilement la plume , le pinceau et le ciseau l'accomplissent. Un tableau qui ne représente jamais qu'un fait peut être vrai dans toutes ses parties. 11 a les costumes , sorte de mise en scène qui appelle le regard : il met tout de suite les grands homme» en saillie : c'est un portrait animé par un entourage de soldats , d'épées, de traits , de cuirasses , de chevaux ; mais ee portrait veut dire un siècle !
La peinture en peut représenter beaucoup de ces siècles , et c'est ainsi qu'au pinceau est doimée la mission d'écrire fidè» lement l'histoire. Pourquoi donc ne lui avoir pas confié, depuis les plus lointaines monarchies, le soin d'immortar liser les fastes de la France? L'art, importé d'Italie par Louis XII et François 1^, régnait depuis longtemps parnn nous f et cependant , à partir de Louis le Grand jusqu'à Bor
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'napartei qui, on le sait, aimait et favorisait les arts, à peine voyons-nous la grande galerie nationale s'augmenter de quelques tableaux remarquables. Louis XY avait , il est vrai , peu d'événements à immortaliser ; d'ailleurs son règne est écrasé par la pompe de celui de Louis XIV.
Louis XVI , tout occupé de débats parlementaires, ne s'occupe d'encourager la peinture qu'en lui demandant des portraits de famille ; et Louis XVllI lui-même , malgré son coup d'œil si juste , malgré son goût pour les arts et la conviction de leur importance pour le bien d'un royaume, ne ;Se récrie que faiblement contre la spoliation du Musée de Paris! — Ce fait , peu connu , mérite d'être rapporté.
Les alliés agirent en cette occasion avec une mauvaise foi révoltante. On ne communiqua rien au gouvernement français de lacté de violence et d'injustice « que l'on se disposait à commettre. Aucune note ne fut échangée. On n'apprit au xchâteau cet attentat au droit des gens et à la propriété , que 'par les plaintes que le directeur du Musée vint y porter. Louis XVI II demeura un instant frappé de douleur, puis se mit aussitôt à écrire à l'empereur Alexandre , auquel il avait recours dans les circonstances difficiles. Ce prince vint luimême donner sa réponse. 11 se montra fort embarrassé , et après avoir écouté les plaintes du roi : « Sire , lui dit-il , puisque vous conservez les provinces que l'on voulait détacher de votre royaume , souffrez qu'on vous enlève quelques tableaux et quelques statues. Ils prétendent que ces objets d'art leur appartiennent , et je ne puis guère intervenir dans ce débat ; laissez-moi prendre soin de vos intérêts dans des choses plus importantes , où je ferai valoir les grands dédommagements qui vous seront dus pour le pillage de votre Musée. » Le roi comprit qu'Alexandre était trop barbare pour apprécier cet acte de ses alliés , et que , quoiqu'il eût souvent à la bouche les mots de littérature et de beaux-arts » il s'y intéressait fort peu au fond. Alexandre , au reste , n'était pas le seul k voir avec indifférence la perte de tant de
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chefs-d œuvre. Le doc de S.... disait, avec un sang-froid admirable : « Voilà, en vérité, beaucoup de bruit pour rien. Est-ce qu'il ne restera en France ni couleurs, ni toile, ni marbre? Eh bien! pour cent tableaux enlevés, qu'on en fasse faire deux cents, et qu'on ne nous rompe plus la tête jwur quelques vilaines figures , la plupart mutilées. »
Quand vint Charles X , on vit la peinture encouragée dans tout le royaume. Jamais , jusqu'alors , les artistes n'avaient eu autant de commandes; mais, il faut l'ayoner aussif jamais les tableaux n'avaient été , en général , plus mauvais. Un peintre , qui avait un tableau à vendre venait trouver M. de La Rochefoncault , alors ministre des beaux-arts , et le priait d'acheter le chef-d'œuvre en question. Lé ministre refusait 4 on insistait, on invoquait des considérations particulières, des amitiés, des coteries; puis venaient les grands mots d'encouragements, de protection dus par le ministre aux artistes firançais : bref le tableau était acheté , et allait se perdre obscurément dans les greniers du gai^emeuble.
Que devenaittit les musées pendant ce temps-là ? Un trèspetit nombre d'artistes seulement y soutenait notre ^eavé nationale , et la liste civile , qui payait fort cher de mauvais ouvrages qu'on ne destinait point à la publicité , accordait à peine six cents franet par an pour la restauration des chefsd'œuvre de Versailles! Encore ces six cents francs étaient-ils alloués , suivant les termes mêmes des comptes , pour réparer ou renouveler les cadres les phis endommagé». Ce» faits, qui paraissent incroyables, sont cependant de la pin» exacte vérité.
Louis-Philippe a donc fait à Versailles beaucoup pki» qu'on nerimaginerait au premier abord. II est certain, avant tout, que jamais les arts n*ont été plus encouragé» que maintenant. Ceci est une vérité indépendante de tout esprit de parti .Jamais aussi les peintres n'ont produit plus abondamiKîent. Cela ne veut pas dire que nos artistes actuels
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«oient supérieurs à ceax des règnes précédeuts ; oe n*aftt pas « BOBS qu'il appartiendrait de prononcer dans une matière «nssi délicate , et pour laqpielle nous déclinons toute compé" tence ; mais nous voulons arriver à établir ceci : que notre .«poque compte, d^une part, un plus grand nombre d*ar« lastes qnen aucun nutre temps, et que, d'un autre côté, irile présente, sinon plus de supériorités, au moins une plus grande majorité de talents dignes d'estime.
Ces préliminaires étaient nécessaires pour ce qui va suivre, c'est-à-dire pour prémunir d*avance le lecteur contre certaines opinions qu il a pu se former à propos du Musée de Versailles. Peut-être croit-il que ces galeries de peinture ne contiennent que des chefs-d'œuvre des meilleures écoles , et qu'on a soigneusement «carte tous les tableaux médiocres ? Cela serait une grande erreur. S'il avait été question seulement de créer un musée de fantaisie , le choix eut été possible, et le public n'eût été admirer à Versailles que les productions des meilleurs maîtres, soit d'autrefois, soit de nos jours. Mais il fallait se soumettre aux lois imposées par le projet : il fallait réunir tous les documents propres à com plét^ la série des tableaux historiques , et l'exactitude ainsi que la chronologie ont dû l'emporter alors sur le bon goût ^ sur la correction.
Mais qu'a-t-on fait pour compléter le programme des tableaux qui devaient composer la galerie de notre histoire ? On a recherché partout , dans les châteaux , dans les mufées, dans les greniers, dans ces gardes -meubles dont il «tait question tout à l'heure; on a essuyé la poussière qui couvrait toutes ces toiles , et quand on a vu une bataille de nos armées , un portrait de général ou d'homme célèbre , on les a mis précieusement de côté , sans trop s'inquiéter peutêtre du nom de l'artiste ou du mérite de l'œuvre , car il s'agissait avant tout d'écrire de l'histoire , et pour cela , de réunir toutes les pages du livre.
jHe croyez pas- cependant que ce premier travail ( qui a dû
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coûter bien des peines), une fois terminé , on en soit resté là. 11 y avait des disparates , des lacunes ; on les a comblées en commandant aux meilleurs artistes des tableaux appro-^ priés ; quelques toiles étaient trop mauvaises ou trop détériorées (celle , par exemple , de Tentrevue de Napoléon avec la reine de Prusse) ; on les a fait copier. On a pris la même peine pour avoir au musée de Versailles, le double des magnifîques tableaux de nos grands maîtres, dont on ne vou-* Jait pas cependant 6ter les originaux aux autres musées. ( Exemple : la peste de Jaflfa.)
Certes, nous n'avons aucune mission officielle pour préconiser les travaux du musée de Versailles. Au contraire , une publication oppufée par le gouvernement , publication qui nous fait l'honneur de nous mettre en parallèle avec elle , nous a autrefois adressé quelques attaques qui devraient nous disposer à une sorte de critique hostile ; mais la véritable grandeur , le mérite réel , ramènent à eux , en dépit de tout , et , dans notre jugement sur ce musée de Versailles , nous n'avons écouté qu'une seule voix , celle de la vérité.
Que dire encore ? Comment nommer les trois mille pièce9 qui composent cette vaste galerie ?
Et d'abord , pour procéder par ordre dans cette énumération des richesses de la peinture , souvenez-vous de ce que vous avez vu lors de votre excursion dans les grands appar* tementiE. Les allégories de Mignard , les tableaux de Vander-» Meulen, ceux de Le Brun, les ornements de Coypel, parmi lesquels je vous rappellerai le joli cartel représentant la clémence d'Alexandre ; des statues de Bernin , de Bosio , de Pradier ;.tels sont les objets qui ont principalement frappé vos yeux et votre mémoire. Ici bien d'autres noms mériteraient d'être cités ; noms honorables , distingués dana les arts , ceux de Houasse , de Jonvenet , d'Audran et de mille autres, qui ont concouru par le pinceau, par le ciseau à décorer le palais de Versailles, Mais des recueils plus com-
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pleU se chargeront de relever les lacunes que notre description rapide ne saurait manquer de laisser.
Le Musée, de création moderne, nous appelle : allons donc et voyons ; mais voyons vite , car dans cet immense édifice, la peinture se croise en tout sens : on a utilisé tous les passages , toutes les chambres , tous les corridors pour ainsi dire , et les souvenirs de notre gloire militaire poursuivent partout l'œil du spectateur.
Le roi a logé dans cette ville morte , toutes les gloires mortes, toutes les royautés mortes ; il a fait de Versailles une pyramide d'Egypte pleine de chambres , de salons et de couloirs, où sont rangés, suivant leur siècle, dans leur étui peint et doré, les Pharaons de la renommée, historiques momies aux bandelettes toutes chamoirées de dates : tout est là, depuis Clovis jusqu'à la révolution de juillet. Ce Musée, entrepris hier, est déjà si complet, que l'histoire vivante y a sa place en attendant qu'elle devienne du passé comme le reste.
Certes , c'est justice d'avoir créé un musée militaire dans le s^our du belliqueux Louis XIV. Vous le voyez dicter la paix à Nimègue , à Riswick, et s'appuyer fièrement sur les nations esclaves que sculpta La Feuillade. Ici le passage du Rhin (dans la salle de Mercure) ; le siège de Luxembourg, le mariage du roi (salle de Mars ) ; Valenciennes , Charleroy, Fribourg ( dans le salon de l'Abondance ) ; la reddition de Tonmay et de Douai (dans la salle du Trône); partout Louis XIV, partout le grand roi qui semble présider à toute cette noble histoire !
Et que de portraits , que de têtes gracieuses , de princesses , de mâles visages de guerriers mêlés à tout cela ! Ce sont les comparses du drame joué dans le siècle glorieux. Marie- Thérèse, Anne d'Autriche, Marie-Antoinette , la duchesse de Savoie, Henriette d'Angleterre, la duchesse de Bourgogne, madame de Montespan , mademoiselle de Lavallière , made.^ ^moiselle de Soubise ; puis les grands hommes après les belles
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femmes: le dnc d^ Berry, Philippe V, Latour d'Auvergne, • Tnremie, François de Vendôme, Louis de Bourbon , Henri d*Orlëans, Jules de Mazarin , le Grand Gondé !
La Toix s'ëpuise à nommer tous ces noms historiques ; Tœil se fatigue aussi à Toir tant de couleurs ; je vous mets au défi de visiter toutes ces galeries en huit jours.
Voici le sacre de Louis XV, éloquemment décrit par Saint* Simon ; plus loin apparaît encore TŒil-de-Bœuf. Là ont été placés les honmies qui marchent à la tête de Tintelligence du grand siècle: Voltaire, Diderot , d'Alembert , Jean* Jacques Rousseau , Racine , Despréauz , Molière » Gorneille, La Fontaine qui crayonnait aussi des vers comme le flatteur Boilean , pour la prise des villes fortes de la Hollande.
Il n*est pas jusqu'aux premiers siècles de la monarchie dont les souvenirs n'aient été évoqués par la peinture. Voici Gharlemagne dictant ses Gapitulaires , saint Louis rendant la justice sous un chêne , Duguesclin mort gagnant le château de Randan ; le connétable de Richemond reprenant Paris sur les Anglais.
Dans l'intervalle qui existe entre les salles qui contiennent ces divers tableaux , regardez ces longues galeries peuplées tout récemment d'une infinité de statues : cela est véritablement le musée des anciens héros , des nobles dames des douzième, treizième, quatorzième, quinzième et sei* zième siècles; les hommes sont couchés les mains jointes, tandis que les femmes ont à leurs pieds des chiens emblèmes de fidélité , ou bien sont agenouillées sur des prie^dieu. Vous dire d'où viennent tous ces barons endormis près de leurs armures , toutes ces hautes dames, belles encore et presque coquettes sous les plis droits de leur suaire, je ne pourrais : je croyais que tout cela avait été brisé dans la révolution, comme liberticide et abrutissant. 11 a fallu la toute puissante volonté du roi et son admirable patience, pour rassembler ces éléments ëpars.
' Ges galeries ne sont pas les seules que le roi destine auchâ-'
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VERSAILLES. êd
teau ; à mesure que le* monumanU de la fculpture abcmde*
ront en France , les meilleurs d'entre eux iront concourir à Tornement du musée de Versailles.
Nous arrivons aux salons historiques ; jusqu'en 1 793 , Tordre chronologique n'a été qu imparfaitement suivi. Les anciens tableaux manquaient ; les matériaux manquaient aussi pour en faire exécuter qui reproduisissent fidèlement les mœurs, les costumes et les événements surtout. Il a donc fallu se contenter de tirer le meilleur parti de ce que la pré-* voyauce de nos pères nous avait légué ; mais à partir de 1 79 i , les faits abondent , et sont dans la mémoire de chacun ; le drame court les rues , il inonde la France , et la gloire se nationalise pour toujours parmi nous. Alors la peinture suit pas à pas ces époques fécondes en brillants faits d'armes , en noms célèbres ; elle les reproduit de vingt manières différentes, car elle retrouve nos héros vainqueurs dans tous les pays de l'Europe et sur cent champs de bataille. Assistons aussi en spectateurs à ces diverses périodes des fastes imimmortalisés par les arts.
D'abord tous ces grands guerriers sont représentés à leur début : celui-ci était soldat (Marceau) , l'autre canonnier (R^ gnier), l'autre sous-lieutenant (Lefebvre) tel autre lieutenant (Napoléon). Passons rapidement devant 1793, c'est-à-dire devant Mayence, Namur, Ajivers, Breda, Toulon; devant 1794, ou Fleuras; devant 1795, ou Luxembourg, Loano, Bilbao ; devant 1 796, ou Arcole, Rivoli, Montelesimo, Milan^ Pavie ) Grétone, Lodi , Mondovi , Montenotte» Ca8tiglion,e ; devant 1797 , ou Rivoli, Mantoue , Ancône ; devant 1798 » l'année dans laquelle l'armée française entre à Rome ; devant 1798, révolte du Caire; bataille des pyramides qui éternise un mot sublime ; enfin 1 799, combat de Beirouth , puis Ja£Dft où l'on vit un petit homme au teint jaune, aux cheveux collés sur le fro^t , à la parole brève et impérieuse, venir visiter les malheureux pestiférés ; comme le Christ fit
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autrefois, il les toucha, il ne survécurent pas, mais ils furent consolés.
"Vous trouvez là tout le dictionnaire de Vogien mis en batailles : on voit toujours Murât avec ses panaches , ses aiguillettes, ses broderies, Murât cet idéal du tambour-major, ee grand bravache héroïque qui vaut bien Achille pour le moins, qui fait piaffer son beau cheval de guerre, et coupe en deux des hommes pour montrer le fil de son damas ; Napoléon qui est ordinairement la figure la plus marquée de tout le tableau , avec la redingote grise , le petit chapeau , le petit cheval blanc , et l'état-major flamboyant , étoile de décorations , les nuages de fumée et toute la poétique du genre.
Jusqu ici la gloire nous a pressés ; arrêtons-nous un peu. Assistons encore aux événements du Saint-Bernard (1800), et nous reviendrons à Paris , juger quels trophées la victoire et la fortune réservaient à celui que nous avons vu naguère simple lieutenant. |VoilÀ du reste, la glorieuse époque que le biirin de nos graveurs a tâché surtout de reproduire ( voir les planches ).
1802 , Bonaparte premier consul ; il entre à Anvers i8o3 ; la salle dite du sacre de FEmpereur représente le plus beau jour de l'empereur et de Joséphine. Cette salle, dont les allégories sont peintes par Gérard , repose Tesprit fatigué de tant de combats, de tant de succès, et attristé des revers qu'il pressent. Cependant , avant l'infortune , comptons encore des éclairs de triomphe.
1806 , Eylau , Berlin ; 1807 , entrevue de l'empereur et de Napoléon. Paix de Tilsitt; entrée à Dresde; 1808 , Madrid ; 1809 , Vienne , le passage du Danube , Wagram. — Viennent maintenant les déplorables dernières années du brillant météore de la révolution française, 18 10, 7812, années de catastrophes qui firent expier au dictateur la rapidité de sa toute puissance et la splendeur de ses conquêtes.
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Après Napoléon, la galerie d^ Versailles suit avec la iQeme rapidité, la même fidélité, ks principaux événements des règnes aniviints ; signalons ici la salle de i8^, et la galerie des iMutailles; «e sont les deux parties les plus saillantes du mu- «ëe Bouvesw. Toutes les de^ix sont sorties entièrement de la pensée du roi pour la plus grande gloire de la France. Toutes les deux ont été créées dans Tintérieur du château ; pour leur donner des dimensions convenables , on a abattu les nuirs de pkisiears salons , et dans la galerie des batailles , on fait percer -une galerie , vitrée à la partie supérieure , oQinme la belle galerie du Palais-R<^al. Cette construction dans rÎBlérieur du palais, surpasse Tiaiaginatioa. Louis XIV lui-juéime en bien des endroits , aurait de la peine à reconoiaîUre son cbâteau. Le nom des deux galeries de juillet et de i83o indiqifta asses quels sujets y ont éÉé placés.
Venons au salon appelé des Gouaches , recueil complet de monuments précieux pour celui qui voudra étudier avec soin les détails innombrables des guerresdela révolution et deFem* pire : passons ensuite aux salles des grands amiraux de France; dans celles des maréchaux , et enfin dans ceïles des guerriers célèbres. Vous voyez que rien ne manque ici ; la collection est complète , on vous avait annoncé un musée unique , et on a tenu parole. Il y a là profusion de visages à longues barbes , de noms sonores des vieux temps , de vêtements de tous les règnes et de toutes les armes. Vous pouvez sans sortir de ces lieux faire un cours complet de l'histoire et surtout de la gloire de la nation française.
Voici une bien longue énumération ; et cependant , que de choses nous avons oubliées ! que de beaux tableaux par centaines dont nous li'avons pas dit un seul mot ! que d'ar-^ tistes célèbres dont nous n avons pas cité les noms ! Ah ! nous l'avouons à notre honte , le roi est moins embarrassé que nous. 11 connaît sa galerie, les événements historiques
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dont eHe consacre le souyenir , et les artistes dont les chefsd'œuvre sont là sur tous les murs.
Lorsqu autrefois au milieu dé Versailles , un grand peintre plaçait sous les yeux de Louis XIV et de la cour , un beau tableau ou une copie d'un maître , le roi , prenant l'artiste à part , lui disait à voix basse : « Apprenez-moi quel est l'original ; vous sentez bien que je ne dois pas me tromper. » De nos jours le roi ne prend personne à part, et nul mieux que lui peut-être , ne connaît les bons vieux tableaux , les choses curieuses et antiques contenues dans l'attique du midi.
Tel est le musée , tel est l'esprit qui a présidé à sa création : cette galerie est si vaste qu'on ne peut en parcourir sans fatigue la cinquième partie et que les princesses , et que M. Thiers , M. d'Argout et bien d'autres , ma foi , se faisaient rouler dans de grands fauteuils , lorsqu'ils venaient visiter Versailles. En même temps , cette galerie est si bien entendue , que ce n'est plus le séjour égoïste et muet de. la magnificence d'un monarque . au tombeau : c'est l'asile ouvert à toutes les gloires plébéiennes et patriciennes , c'est notre véritable panthéon aujourd'hui , enfin , c*est Versailles, Versailles bâti par Louis XIV pour Louis XIV , et consacré par Louis-Philippe à Napoléon I
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