‹ Le Musée de Versailles, ses principaux tableaux et statues gravésChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le grand parc. — Le canal. — Dernière chasse de Charles X dans les tirés de Satory ; détails historiques. — Maisonnette dans les bois. — Une conspiration sous Louis XV.

L'uivB des sorties les plus fréquentées du parc pour aller à Trianon, est celle qui s ourre à droite du bassin d*Apollon » le long du grand canal. Une grille qui se prolonge jusqu'aa bord de l'eau sépare le parc , proprement dit , des bois qui s'étendent entre Versailles et Trianon. C'est encore une belle perspective que celle qui s'ofire k nos regards du point où nous sommes. Derrière nous , le tapis Tert , l'amphithéâtre du parterre d'eau et le corps central du château terminent la perspective. A gauche , un vaste encadrement de bois, au milieu desquels quelques jours indiquent les allées qui conduisent à la route de Saint-Cyr. A droite , la route de Trianon, et devant nous, à perte de vue, le miroir du canal, qui ▼ers le milieu de son étendue se partage, comme les bras d'une croix, en deux embranchements, dont l'un va baigner les muirs extérieurs du palais du Grand-Trianon , et l'autre aboutit à la route de Brest.

Dans ce paysage imposant, dont la nature seule fait les frais, on ne voit pas une seule maison. Les bois sont si densea

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sa VERSAILLES.

qu'ils dérobent aux yeux les habitations éparses sur ce vaste terrain. Avant i83o, des gondoles richement pavoisées , appartenant aux enfants de Charles X , égayaient les eaux du canal : on les a retirées. En d'autres temps , ces mêmes eaux avaient vu les barques de l'empereur et celle de cette comtesse de Montesquiou , dont s'égayait dans ses causeries intimes l'humeur enjouée de Joséphine. Un souffle a passé et les eaux n'ont pas plus conservé les traces de ces barques folâtres , que celles des gondoles royales de la restauration.

Un parfum tout royal est répandu dans ces murs spleudides , dans ce parc , dans ces bois. L'esprit se laisse aller à une noble rêverie , dans laquelle il évoque les souvenirs d'une époque écoulée. Il se reporte à ces chasses joyeuses qui ont signalé les loisirs du siècle dernier. 11 croit entendre résonner l'air des bruyantes fanfares des piqueurs , et voir ' passer dans des nuages de poussière les seigneurs à cheval , les dames en calèche et la foule empressée des serviteurs et des curieux.

La dernière chasse de Charles X eut lieu en 1829. Ce souvenir placé à côté de Tannée célèbre qui vit reparaître le drapeau tricolore sur les édifices de la France , acquiert une certaine importance historique , et présente je ne sais quel intérêt doux et triste. Tant de joie à côté de tant de douleurs ! Tant d'indifférence au moment d'une crise si terrible ! Une partie de chasse en présence des journées de juillet !

Le 8 janvier 1829 ,1e conservateur des forêts de Versailles, fut informe , que le 1 3 , le roi voulait faire une belle chasse dians le petit parc ; elle devait durer de quatre à cinq heures.

Il y eut ordre de faire des battues dès le lendemain.

Les terriers furent furetés et défoncés , les fiches destinées aux différentes tentes de nuit et de jour furent posées ; on iiégla le nombre des panneaux et celui des hommes préposés à leur garde ; tous les préparatifs matériels furent faits dans le délai fixé par les ordres supérieurs, et cela malgré le froid excessif. On était au cœur delTiiver de 1829 à i83o ,

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non moins remarqué par ses rigueurs que par la spletideur de ses bals historiques.

La chasse ne put avoir lieu le jour qui avait d'abord été indiqué , la neige étant survenue la veille. Il y eut contreordre, puis un second, puis un troisième ajournement. Enfin le ciel , sans se balayer entièrement de ses nuages bas et gris, cessa d*étre aussi âpre , et le i8 janvier, vers onze du matin , la chasse put avoir lieu.

Le modeste clocher de Guyancourt s eleve blanc comme un clocher de plâtre neuf, et pointillé du fond des massifs de bois dépouillés qui l'entourent. A la porte d'entrée du bois Robert , la petite maison du garde perdue sous la neige , étincelle au soleil de cette matinée de janvier. Tout à coup des flots de curieux se précipitent.

C'est le signal de l'arrivée du roi. Les chevaux ont fait halte. Charles X continue sa marche , un instant interrompue et va se placer.

Le dauphin et les autres tireurs imitent cet exemple. La voiture destinée à recevoir le gibier tué vient à la suite, puis la foule confuse des spectateurs.

Les tireurs sont rangés ; les batteurs des filets, commandés par M. de Saint- Paul, l'aile droite de la chasse conduite par le garde général Boutard , l'aile gauche par le garde général Valerant , et les batteurs volants dirigés par Villeroy.Tout le monde est à son poste et attend le signal. Il est donné, Charles X a dit : « Allons. »

Ce mot , c'est le début de la chasse ; la chasse n'existait pas tout à l'heure, et maintenant la voilà avec ses clameurs, sa vie , son mouvement, ses bruits de voix et d'armes. L'air se peuple , les faisans au vol lourd et pesant, les perdrix quelquefois séparées , plus souvent réunies en bandes nombreuses , se lèvent et partent avec le bruit de leurs ailes crépitantes ; elles cherchent une issue dans les airs, et lèvent qui spufïle sur leurs plumes mouchetées, les soulève en

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êyentail et les fait chatoyer au soleil , en confondant leurs reflets douteux et changeants.

« A la route , — à la route , crie-t-on à chaque nouveau coup de fusil. — A la route , car la pièce abattue est jetée dans le chemin derrière le roi. Un homme la ramasse et la place dans la voiture , cette gigantesque gibecière à quatre roues qui suit toujours les tireurs.

Arrivé au poteau d'arrêt , le roi s'arrêta et parut un instant oublier la chasse , à la vue du site qu'il découvrit de cette hauteur. C'était beau et triste, ce val dont la neige avait nivelé toutes les formes; on eût dit un vaste lac fermé par un cadre de collines que couronnait la forêt de Marly , et sur lesquelles se détachaient les villages de Bailly , de Saint-Nom , de Noisy et de la Bretéche. Ces villages posés en amphithéâtres ; d'autres sur la lisière du bois, ressemblaient presque , avec leurs toits blancs et inégaux , à des troupeaux disséminés dans la campagne : le château de Roquencourt , presque adossé à l'une de ces collines ; Saint-Gyr avec ses souvenirs de madame de Maintenon , et son vaste bâtiment de l'école militaire ; à droite , Trianon ; plus près, Versailles avec son palais , ses marbres et ses chapelles d'or.

Cependant la chasse s'avançait toujours ; déjà les ailes se développaient dans les plaines de la ménagerie , afin de rabattre sur le tiré. Elle marcha dans cet ordre jusqu'à la tête du canal , où elle s'arrêta pour laisser avancer l'aile gauche. Charles X dépasse le pavé de Saint-Cyr, il touche au tiré de communication ; c'est le lieu de la halte.

Quelques pauvres se sont approchés, l'un d'eux frappa l'attention du roi , c'était un petit homme, vieux et bossu. Parmi les personnes qui ont assisté aux tirés de Versailles ^ il n'en est aucune qui , en recueillant ses souvenirs , ne se rappelle ce mendiant. Le roi s'avance vers lui et veut lui faire l'aumône de sa main; pour ces sortes d'occasions, il portait dans son gousset une bourse de peau à coulants d'a-

cier ; avec bien de la peine il en tire de ses doigs engoardis, une pièce d'or et la remet au mendiant.

« Je suis bien sûr, dit le roi un moment après en se retour • nant vers le duc de Maillé , que vous ne devinez pas celui à qui Ta cette aumône ; demandez-le à M. le maire de Saint- Cyr , il vous dira que cet bomme est un ancien membre du comité révolutionnaire, qui expie son 9a toutes les fois que nous venons ici. »

Voici qu'on entend répéter ces mots qui éclatent sur toute la ligne de la chasse :

« Le chapeau du roi ! le chapeau du roi ! »

11 y avait dans la voiture destinée au gibier , un vieux chapeau gris qui faisait partie de l'équipage de Charles X , ^ etqu il avaitcoutume d'échanger contre le sien quand il allait pleuvoir ; or, le ciel venait de se fondre en une pluie soudaine et battante. Le roi ne redoutait point le mauvais temps ; jamais l'orage n'empêchait de continuer une chasse commencée.

Il y avait à cette voiture un auvent mobile et vaste en toile cirée , qui se déployait comme un toit , et sous lequel venait se ranger qui pouvait ; d'abord Etienne avec ses fusils, tandis que quelques privilégiés se trouvaient là à labri de la pluie. On voyait fuir au loin, comme des bandes en déroute, les volontaires de la chasse. Le roi , impatient du retour du beau temps, demandait à tout moment s'il y avait apparence d'amélioration , et si ea barrait. Ces derniers mots paraissaient être une des locutions favorites de Charles X.

Bientôt le mauyais temps cesse; le roi se remet eu ligne. On touche à la tête du canal. Le château de Versailles fait face avec ses quinconces symétriques , ses murs de marbre, ses statues et ses groupes de bronze.

Le roi et les autres tireurs s'arrêtent, et attendent le rabat d'usage qui a lieu pour la clôture.

« Coq au roi ! — Coq au roi ! — A Monseigneur I — Au duc ! — Au roi l — Au roi ! crie-t-on de toutes parts. »

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C'était un magnifique faisan panaché du Japon , au plumage d or et d'albâtre. Exotique habitant du parc de Versailles^ jeté là par le luxe prévoyant de la renerie pour embellir lâchasse, il s élevait d'un buisson où il sommeillait. 11 est parli. Le roi est un moment ému de sa magnificence. Cependant il épaule son arme, laisse filer, puis tire. L'oiseau, 'malgré la distance , est atteint mortellement. Le tiré est fini.

La voiture qui portait le gibier, vint se ranger dans le carrefour. Le roi se fit remettre les cartes piquées qui constataient le nombre des pièces qu'il avait tirées, et releva de mémoireles erreurs qu'on avait commises. Le porte-arquebuse , placé près de Charles X , écrivit les ordres pour les présents qu'il adressait aux autorités , aux gardes^iu-corps de service et aux habitants notables des environs.

Ces chasses , dont les plus brillants souvenirs ont été consignés dans le joli recueil de M. Eugène Chapns, se reproduisaient souvent à Versailles. Ces bois , au milieu desquels nous nous promenons en ce moment, sont si giboyeux I Rien de plus commun que d'apercevoir des biches, des chevreuils, s'enfuir légèrement à quelques pas à peine des sentiers. Cependant le nombre de ces gracieux animaux avait , il y a quelques années, diminué d'une manière notable. C'était après les journées de juillet , alors que dans l'attente d'une réorganisation complète, juges, magistrats, fonctionnaires de tout rang , de tout emploi , et jusqu'aux gardes champêtres, se tenaient momentanément à l'écart. Les environs de Versailles furent inondés d'une foule de chasseurs, qui détruisirent impitoyalement tout le gibier. On vendait pour 1 5 sous, à la porte de l'Orangerie «les plus beaux lièvres qu'aient jamais produits les terrains du parc. Mais bientôt l'ordre se rétabliit , et les bois de Versailles se repeuplèrent.

En poursuivant notre route vers Trianon , nous trouvons sur la gauche, à l'embranchement de trois routes, dont l'une se dirige vers Saint-Cyr, et les deux autres vers le canal ,

femplacemeat d'une maisonnette qui fut construite autrefois par ordre de Louis XV, pour récompenser le zèle d'un fidèle serviteur. Mais cela encore est une histoire, et chemin faisant je vais tous la conter.

Un jour de Tannée 1 758 , la veille de la fête de Saint- Louis, un pauvre ouvrier, un frotteur , arriva tout haletant à rhdtelde Bertin de Bellisle, alorslieutenant de police. 11 demandait à parler au magistrat; mais il était une heure après midi , c'était le moment du dîner alors , et les valets à qui s'adressait cet homme n'eussent osé déranger M. de Bellisle pour un ouvrier. 11 insista cependant avec énergie ; on loi rit au nez; il supplia, on l'engagea à se retirer; il se fâchaet tenta de forcer la consigne ; on le prit par les épaules et on allait le jeter à la porte , qmtnd il s'écria : « Ne me chassez pas ! il y va de la vie du roi !» A ces cris , les valets s'arrêtent , et un exempt , frappé de l'accent de candeur et de vérité de ce brave homme , force la consigne et instruit le lieutenant de police de l'insistance du frotteur, qui tout aussitôt est introduit dans le cabinet où le reçoit le magistrat d'un air inquisiteur et sévère.

En se livrant auic pénibles travaux de son état dans une des renommées maisons de plaisirs d'alors, cet homme avait entendu à travers la cloison mal jointe une conversation tenue à voix base entre deux personnes de la cour. Le nom du roi , fréquemment prononcé , avait altiré son attention ; il avait prêté l'oreille , et les détails qu'il avait surpris étaient de la plus terrible importance. Parmi les bouquets qui le soir même devaient être présentés au roi à l'occasion de sa fête, un devait se trouver préparé d'avance, dont les fleurs étaient imprégnées d'un poison tellement subtil, que le monarque, 8*il l'effleurait de son odorat devait tomber foudroyé. Maître de cet horrible secret , le frotteur avait laissé sa besogne inachevée, et, sans se donner le temps de quitter ses habits de travail, il était aceoiiru « l'hôtel du lieutenant de police pour dévoiler la trame de cet épouvantable forfait.

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Depnis les prétendus complots de Latude et de quelqnet» intrigants moins célèbres , la police était d'une grande in^ crédulité pour les réyélalions de cette espèce ; Témotionr profonde du frotteur , son air de vérité cependant /de conviction, firent passer la confiance chez Bertin de Bellisle. « Vous êtes sûr, bien sûr, dit-il à Touvrier, d'avoir entendu ce que vous venez de m'apprendre ? Réfléchissez-y bien ^ voyez bien : si vous n'étiez poussé que par 1» cupidité à inventer une si épouvantable fable, vous payeriez cher une démarche imprudente ; plus d'un , par cette voie , s'est ou* vert la porte de la Bastille... »

— « Vous me mettriez à la question , que je ne dirais pas autrement, reprit avec vivacité le frotteur ; j'ai entendu ce que je rapporte. Retenez-moi jusqu'à ce que vous en soyez^ certain ; j'offre ma vie de bon cœur en garantie de la vérité de mes paroles. » '

— « C'est assez , je vous. crois , et vous allez partir avec moi pour Versailles. »

Une heure après , M. de Bellisle 'arrivait à la résidence royale , et pénétrait dans les petits appartements par l'escalier dé l'OEil de Bœuf, pour ne pas éveiller par sa présence les soupçons de ceux dont il voulait surprendre l'odieux secret. - -

H eut un long entretien avec Louis XV. Vers huit heure», au moment seulement oiî le roi allait se rendre dans la salle des Traités pour recevoir les hommages de la cour et des ambassadeurs étrangers , il se retira dans une salle attenante, où déjà le frotteur se trouvait , placé sous la surveil-^ lance de deux gardes de la prév6té.

Louis XV s'assit d'un visage riant sur le siège d'apparat placé au fond de la salle : devant lui était la ma^ifique table ronde de mosaïque donnée jadis à Louis le Qrand par la république de Venise , et qui , ce jour-là , était consacrée à recevoir les brillants bouquets offerts par la famille royale les grands oflRciers de la maison et les membres du corps.

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^diplomatique. Louis ne paraissait nullement ému , il échaur ^eait même de temps en temps de gracieux regards avec madame de Porapadour , et flattait de la main son épagneul favori, qu'il avait fait placer sur un tabouret à ses pieds.

La cérémonie commença : le roi , comme chaque année , r«çutun à un les bouquetsqui lui étaient offerts. Sops prétexte de jouer avec l'épagneul , , dont les indiscrètes caresses paraissaient Tamuser, il approchait chaque faisceaux de fleurs du nez de l'animal , et le déposait ensuite sur la table de mosaïque.

Les membres du corps diplomatique avaient présenté leurs hommages à sa majesté : après eux venait la famille royale , qui leur avait courtoisement cédé le pas en cette occasion.

Au premier bouquet offert par elle, l'épagneul tomba mort .

Madame de Pompadour pâlit , un cri allait s'échapper de sa poitrine : «Ce n'est rien, dit Louis à voix base , contraignezvous , et cachez , du pli -de votre robe, la dépouille de ce pauvre animal : il meurt pour justifier le dicton , ajoutart- il entre ses dents : fils de roi , frère de roi, père de roi ; jamais roi . »

Ainsi s'acheva la cérémonie. Louis, de retour dans ses appartements, fit appeler le lieutenant de police. — Vous étiez bien instruit , monsieur de Bellisie , dit-il ; l'an passé le poignard de Damiens ; un bouquet cette fois , et le tout de ]a même source. Mais je ne puis ni ne dois punir. Je vous défends de.cfaercher à éclaircir ce mystère. Quant à l'homme qui m'a sauvé, je veux le voir, préseniez-le-moi ! . Car il faut remarquer ici que Berlin avait eu la probité de dire à Louis la source obscure de son salut , c'était un bel exemple donné aux magistrats. futurs, et dont ils ont bien peu profité. Mais d'ordinaire une roue de cuivre fait marchei: une aiguille d or, <et« seule visible , celle-ci excite l'hommage et l'admiration.

« ,^ « J'ai amené avec moi ce brave homme, répondit Berlin; il est là, sire, tout troublé., tout confus, el modes-:

tement couvert de la veste du pauvre ouvrier. » — « Tant mieux ; tant mieux ; Thabit de travail est l'habit de gloire du peuple; amenez votre frotteur, monsieur de Bellisle ; je^e re* cevrai mieux qu*un courtisan.. »

Le lieutenant de police sortit , et bientôt revint de la salle de gardes , tenant par la main son protégé tremblant et n'osant lever les yeux.

Louis XV avait du bon : une larme roula dan$ ses yeux ; et s^avançant vers Fouvrier : « Embrasse ton roi, brave homme , lui dit-il ; que là soit ta première récompense. »

— « Ah ! sire, répondit Thommo en cherchant à sejeter à ses pieds, suis-je digne de tant de bonté, de tant d'h<mneur, etc.»

Le roi le prit alors à bras le corps et le baisa au front.

C'eût été un sujet de tableau pour Creuse ; un roi de France, élégant et fastueux roi de Versailles et de Marly, pressant sur son cœur un pauvre ouvrier vêtu de bure : le roi pleurant de reconnaissance , l'ouvrier de surprise et d'at^ tendrissement. — « Que veux-tu ? » dit Louis XV, après ce preinier mouvement d'émotion. — «Rien, sire, rien; je suis heureux. »

— « Demande, j'accorderai ce que tu voudras. »

— « £h bien , sire , une petite maisonnette , ici près de vous , dans le parc. » — « Et c'est tout ? » — »Oui , c'est tout ; et si vous me permettez de vous voir quelquefois , je serai heureux pour toujours. » — «Va pour la maison , mon brave homme j dans quinze jours elle sera bâtie préside Trianon ,

et chaque matin tu m'apporteras un bouquet , cela me

rappellera ton dévoûment. M. de Bellisle , continua le roi , je garde cet homme, on le logera provisoirement à l'hôtel de la prévôté ; je lui accorde cent louis par mois sur ma cassette , et vous renouvelle l'injonction de me garder le secret.

Ce qui avait été promis par le roi s'effectua. Quinze jour» après , la maison était bâtie au milieu du parc , et le frotteur, qui ne survécut au roi que quelques mois^ rhabitait encore en 1770.

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